Egypte, chape de plomb sur les médias

Egypte, chape de plomb sur les médias

Les Égyptiens ont été appelés à voter lundi 26 mars pour un scrutin présidentiel de trois jours. Le président sortant Abdel Fattah al-Sissi se présente pour un second mandat. Face à lui, un seul adversaire, ou plutôt un seul homme-lige, Moussa Mostafa Moussa. Un scrutin sans surprise, sinon celle de la participation. Cette élection intervient dans un climat délétère pour la liberté de la presse et le droit à l’information.

Les autorités égyptiennes ont annoncé qu’elles développaient une plateforme en ligne pour rivaliser avec le géant des médias sociaux, Facebook. Le but officiel ? « Combattre le terrorisme ». C’est le ministre égyptien des communications qui a annoncé le projet. « L’Egypte aura bientôt sa propre plate-forme de médias sociaux, qui sera un concurrent de Facebook », a déclaré Yasser al-Qadi lors d’une conférence au Caire. Ajoutant au passage, « Après la révolution du 25 janvier [La révolution égyptienne de 2011, qui renversa le dictateur Hosni Moubarak ndlr], les groupes extrémistes ont réussi à attirer les jeunes avec des troubles de la personnalité, en utilisant des moyens technologiques, nous devons donc contrôler ces plateformes » a ajouté le Ministre.

« Sissi-book »

Cette initiative a déclenché une vague de moquerie sur les réseaux sociaux qui ont vu fleurir des propositions de noms pour ce « facebook » égyptien, tels « spybooke (« le livre espion ») ou encore « we-will-arrest-you-book » (« le livre du nous vous arrêterons »). D’autres utilisateurs ont exprimé leurs inquiétudes sur le fait que les autorités utiliseront ce site pour recueillir des informations sur les utilisateurs afin d’aider les forces de sécurité dans leur répression de toute opposition au président d’Abdel Fattah al-Sisi.

Depuis l’arrivée de Sisi au pouvoir en 2013 suite à un coup d’Etat militaire contre l’ancien président Mohammed Morsi, l’Egypte a censuré des centaines de sites internet. Les autorités ont ainsi bloqué l’accès à des sites tels celui de Human Right Watch. Selon le dernier rapport de l’Association pour la liberté de pensée et d’expression (AFTE), l’Egypte a bloqué 429 sites sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou la cybercriminalité. Pourtant ces mesures violent l’article 57 qui garantit la liberté de l’information et celle du public à l’accès à l’information.

L’Egypte du Maréchal Sissi se méfie de façon évidente des médias sociaux. Ceux-ci ont en effet joué un rôle central, à travers les cyber-activistes et autres bloggeurs, lors de la révolution de 2011 qui avait évincé Hosni Moubarak. Depuis 2013 et l’arrivée au pouvoir du président Sissi, les autorités égyptiennes ont condamné des centaines de personnes à la peine de mort et arrêté des dizaines de milliers de personnes. Si les islamistes du mouvement des Frères musulmans -auquel appartient le président déchu et emprisonné Mohammed Morsi- ont été largement pris pour cible, des laïcs et des militants démocrates ont également été emprisonnés.

Loi anti-fake news à l’égyptienne

La création d’un facebook à l’égyptienne n’est pas le premier assaut contre la circulation libre de l’information dans le pays. Des lignes téléphoniques ont également été mises en place par les autorités publiques, hotline bientôt disponible par WhatsApp et que tout citoyen pourra utiliser pour rapporter des «informations mensongères» publiées par les médias ou sur les réseaux sociaux. Là encore c’est la sacro-sainte « sécurité de l’Etat qui est invoquée.

La justice égyptienne a également précisé qu’elle poursuivrait les médias en cas de diffusion de « fausses informations ». Le gouvernement avait été également vivement critiqué pour avoir bloqué un certain nombre de médias dont le New York Times, le Washington Post et CNN. Ceux-ci ont été inaccessibles aux utilisateurs mobiles en Egypte depuis le début de l’année.

Un projet de loi a été également déposé début mars qui vise à criminaliser les actes de diffamation à l’encontre des forces armées et de la police. Le président Abdel Fatah al-Sisi avait déclaré qu’il considérait toute insulte contre les forces de sécurité comme une « haute trahison ». « Si quelqu’un insulte l’armée ou la police, ils diffament tous les Egyptiens et ce n’est pas la liberté d’opinion » avait-il précisé. Les informations sur l’implication des forces armées ou de la police dans la répression qui s’abat sur le pays sera-t-elle dès lors jugée diffamatoire ? Oui si on en juge l’article 1 du projet de loi qui pose que ceux qui insultent publiquement, publient des choses pour diffamer les forces armées ou la police, ou incitent une autre personne à commettre un acte ou à dire quelque chose contre la police et les forces armées seront punis d’au moins trois ans de prison et 10.000 livres égyptiennes (LE) d’amende. La peine pourrait être doublée et le journal qui aura publié ces nouvelles pourrait être suspendu s’il continue ces « fausses nouvelles ». Le projet de loi ajoute que quiconque distribue et affiche des photos qui mènent à la diffamation des forces armées et de la police par quelque moyen que ce soit sera puni d’au moins cinq ans de prison et d’une amende de 5 000 LE.

Selon le classement mondial 2017 de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières, l’Egypte occupe la 161e place sur 180 pays. Selon RSF, la plupart des médias indépendants ont été étouffés, soit par le blocage des journaux en ligne, soit par leur mise sous tutelle. Le site de RSF est bloqué en Egypte depuis août 2017.

Crédits : US Department of State/Wikimedia Commons

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