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 Bernie Sanders force Amazon à augmenter massivement le salaire de ses employés

 Bernie Sanders force Amazon à augmenter massivement le salaire de ses employés

La campagne du démocrate « socialiste » contre Jeff Bezos vient de porter ses fruits. 350 000 employés d’Amazon vont bénéficier d’un salaire minimum de 15 dollars de l’heure, le double du plancher légal aux États-Unis. Une victoire historique pour ces travailleurs mobilisés.

Avec une fortune estimée à plus de 158 milliards de dollars, Jeff Bezos est l’homme le plus riche du monde. Le fondateur d’Amazon gagne l’équivalent du salaire moyen de ses employés toutes les neuf secondes, soit 260 millions par jour. Cette richesse provient exclusivement d’Amazon, géant de la vente en ligne bénéficiant d’une situation de quasi-monopole. Si la multinationale dégage autant de profit, c’est avant tout grâce à ses employés sous-payés qui travaillent à la manutention de millions de produits dans des conditions déplorables. Pour se faire une idée de l’ampleur de cet esclavage moderne, on pourra lire l’enquête de Jean-Baptiste Malet, ou regarder le numéro de Cash investigation « Travail, ton univers impitoyable ».

Aux États-Unis, l’ouvrier d’Amazon est payé entre 8 et 12 dollars de l’heure, en fonction du minimum légal dans la juridiction où il se trouve. Souvent à temps partiel et flexibilisé à outrance, ces travailleurs pauvres dépendent pour beaucoup des « bons alimentaires » distribués par l’État fédéral. Une situation intolérable dont Bernie Sanders a fait son cheval de bataille afin de promouvoir une hausse du salaire minimum.

Le socialiste contre le milliardaire

Parmi les propositions phares de sa campagne présidentielle de 2016, le sénateur socialiste du Vermont proposait l’établissement d’un salaire minimum national à 15 dollars de l’heure (13 euros/h, ou 2080 euros/mois). Une réforme jugée irréaliste par Hillary Clinton. Pourtant, elle s’impose de plus en plus dans l’opinion et le débat public, comme les trois autres réformes phares défendues par Bernie Sanders (assurance maladie intégrale, éducation supérieure gratuite, garantie universelle à l’emploi). Plusieurs villes américaines et deux états ont voté la hausse du salaire minimum, passant de 8 à 11, 12 voire 15 dollars de l’heure, mais sur trois ans. Bernie Sanders ne s’est pas contenté d’applaudir ces timides progrès. Il s’est lancé dans une campagne de dénonciation ciblée, que de nombreux experts et éditorialistes ont considéré comme démagogique, populiste et inefficace. Sanders a tenu des meetings avec les employés de Disney World et publiquement fustigé les salaires de misère versés aux ouvriers des parcs d’attractions, appuyant les mouvements de contestation des travailleurs jusqu’à ce que Disney cède. 38 000 salariés ont ainsi gagné le droit à une paye de 15 dollars par heure, une hausse de près de 50 %.

Encouragé, Bernie Sanders a poursuivi les efforts en s’en prenant personnellement à Jeff Bezos. Il dénonce la cupidité du milliardaire dans tous les médias :  « Vous voulez savoir pourquoi l’homme le plus riche du monde est aussi le premier bénéficiaire des aides sociales américaines ? C’est simple, Jeff Bezos réalise des profits monstrueux en payant ses employés des salaires si bas que ces derniers dépendent des aides sociales pour survivre. Aujourd’hui, des milliers d’employés d’Amazon ont besoin de l’assurance sociale, des logements sociaux et des bons alimentaires. Pendant ce temps, Jeff Bezos pèse 158 milliards de dollars et sa fortune augmente de 260 millions par jour, c’est absurde ! » Sur Twitter et les chaines d’information, Sanders interpelle continuellement son adversaire. À propos de ses projets d’investissement dans les vols spatiaux, il dit : « J’ai une suggestion pour Jeff Bezos, au lieu de faire joujou avec des fusées, pourquoi ne payerait-il pas ses employés un salaire décent ? »

Les abonnés à sa newsletter recevaient des messages appelant à signer une pétition pour demander à Bezos de payer ses salariés correctement. Le dernier en date : un compte à rebours de 10 à 1, qui se terminait par des mots éloquents : « Pendant que vous lisiez ce courriel, Jeff Bezos a gagné cent mille dollars, mais il refuse de payer ses employés un salaire décent. » Sanders a également organisé un débat sur le thème des conditions de travail, intitulé « Travailleurs contre PDG ». Il avait invité cinq milliardaires (dont Bezos, le PDG de Walmart, American Airlines, Mac Donalds et Disney) pour faire face à un panel de leurs employés. Aucun patron n’accepta l’invitation, ce qui permit à Bernie Sanders de recueillir les témoignages des ouvriers face à des chaises vides avec le nom des patrons scotché dessus. L’émission fut diffusée en direct sur les médias indépendants et YouTube.

Sanders est allé jusqu’à lancer un appel aux témoignages des salariés d’Amazon, mettant en place une plateforme internet pour recueillir les récits. Amazon a fini par répondre aux injonctions quotidiennes du socialiste par un démenti officiel, argumentant que ses employés n’étaient pas aussi mal lotis que ce que prétendait le sénateur et que ce dernier déformait les faits. Cela ne l’empêcha pas de redoubler ses efforts. Son coup de maître : l’introduction d’une proposition de loi au Sénat intitulé « Stop Bad Employers by Zeroing Out Subsidies » (arrêter les mauvais employeurs en annulant les subventions) abrégée en « STOP BEZOS » par Sanders (et toute la presse). Le texte prévoyait d’imposer une taxe exceptionnelle aux entreprises de plus de 500 employés dont les travailleurs dépendaient des aides sociales pour survivre, afin de compenser les pertes pour les finances publiques. Le but n’était pas de faire voter la loi, qui n’avait aucune chance de passer, mais de pointer du doigt Jeff Bezos en accolant son nom à une réforme. Ce dernier vient de capituler. Non seulement il accorde à ses employés le salaire minimum exigé par Sanders et affirme: « Nous avons entendu les critiques. » Mais il promet de faire campagne pour que ce salaire minimum soit imposé à tout le pays, et invite ses compétiteurs à lui emboîter le pas. Beau joueur, Bernie Sanders a félicité son adversaire, qui l’a remercié en retour.

Ce que la victoire de Bernie Sanders représente

La portée de cette victoire dépasse les 350 000 employés d’Amazon qui vont bénéficier de cette spectaculaire hausse de salaire. Elle revêt une dimension symbolique. L’homme le plus riche du monde, caricature du capitaliste bâtissant sa fortune sur le dos des ouvriers, vient de promouvoir une proposition phare de la gauche américaine, confirmant sa viabilité. C’est un peu comme si Bernard Arnault ou Xavier Niel établissaient le SMIC à 1500 euros dans leurs entreprises en France, tout en faisant pression sur le gouvernement pour imposer cette norme à tout le pays.

Jeff Bezos serait-il devenu philanthrope ? Absolument pas. La campagne de Sanders a eu deux effets importants. D’abord, elle dégradait l’image d’une entreprise qui dépend énormément du bon vouloir du gouvernement et de la perception du public pour croître et réaliser des profits. Ensuite, elle a permis de motiver les employés à poursuivre leurs efforts et revendications. Cette victoire valide l’approche « lutte des classes » de Bernie Sanders. Ce n’est pas en demandant gentiment qu’on obtient des choses, c’est en établissant un rapport de force.

Bernie Sanders a été le premier à souligner que se sont avant tout les mobilisations des employés d’Amazon qui ont permis d’arracher cette victoire. Et c’est une leçon pour nous tous. La lutte collective et la pression politique payent, à condition de persévérer.

Désormais, c’est MacDonald et Walmart qui figurent dans le viseur de Bernie Sanders.

Politicoboy, socio et blogueur politique vivant aux États-Unis

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Légende : Bernie Sanders, le 27 septembre 2015

Crédits : Phil Roeder / Wikimedia commons

 

6 Comments

  1. Jeanne

    Eh oh le Média, « le double du plancher légal » soit le double du SMIC en France, ça ne fait pas 1500€ mais 2000€/mois !

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    • Politicoboy

      Il s’agit du double du plancher légal américain, soit 15 dollars de l’heure au lieu de 7,8. Ce qui, ramené à un salaire mensuel donne environ 2000 euros par mois. 😉

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    • Politicoboy

      Les 1500 euros font références à la proposition défendue par LFI et PCF d’une hausse du smic à 1500 euros.

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  2. Pierrot de Pont

    Vraiment merci à Politicoboy et à son relais Le Media pour cette information qui, allez savoir pourquoi, n’a, pour l’instant, pas eu beaucoup d’échos en France. Les salariés d’Amazon France et d’Euro Disney, et leurs syndicats, en ont-ils eu bien connaissance ?
    Vivement que J.L Mélenchon rencontre Bernie Sanders pour d’utiles échanges inspirants.

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  3. BERNARD MICHAUD

    Ce qui est sûr c’est qu’il faudrait beaucoup de Bernie SANDERS aux USA et dans le monde, nous à part le PCF et la FI sur le plan politique et la CGT sur le plan syndical ?

    Pour obtenir un tel résultat, je ne suis malheureusement pas sûr qu’une grève de TOUS les employés d’Amazon aurait suffit et SURTOUT pendant combien de temps il aurait fallu….Je suppose que les 350 000 salariés bénéficiaires sont tous « américains » travaillant sur le sol américains. Qu’en est il des salariés d’Amazon en France par exemple ?

    Rappelons qu’aux USA le salaire horaire minimum brut fixé au niveau fédéral est de 7,25 $ soit 6,5 €,soit pour 151 h mensuel, 1094,75 on est TRÈS TRÈS loin du SMIC français qui est de 9,87 € l’heure soit par mois x 151,67 h = 1497, 47 € brut et 1153 € net.

    Le chômage est nous dit on très bas aux USA mais combien y a-t-il de salariés américains payés à 7,25 $ brut de l’heure ?

    Il y plus de 37 millions d’américains vivant sous le seuil de pauvreté. En France c’est ….7 millions et c’est déjà beaucoup beaucoup trop

    Cherchez l’erreur

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