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Appel à fondation, le manifeste du mouvement « Aufstehen »

Appel à fondation, le manifeste du mouvement « Aufstehen »

Lancé ce 4 septembre, le mouvement de gauche radicale Aufstehen de Sahra Wagenknecht fait polémique et est caricaturé en « mouvement anti-migrant ». Nous avons décidé, afin d’élever le débat, de publier une traduction inédite de leur manifeste.

Nous n’avons pas de programme tout fait. L’appel à fondation est l’esprit du mouvement.
Nous élaborerons le programme avec nos sympathisants.

Ensemble pour un pays juste et pacifique

Le jeu est truqué. Dans notre pays, en Europe et sur le théâtre de la politique mondiale. Le profit triomphe sur l’intérêt commun, la force sur le droit des peuples, l’argent sur la démocratie, la surexploitation sur l’économie raisonnée. Là où seules comptent les valeurs cotées en bourse, l’humanité est laissée de côté. Nous nous y opposons : pour la justice et la cohésion sociale, pour le maintien de notre milieu naturel de de vie.

Nous vivons dans un pays plein de contradictions. Nous construisons des voitures et des machines réputées internationalement, mais nous envoyons nos enfants dans des écoles misérables dans lesquelles l’absentéismes des enseignants est en constante hausse. Le gouvernement subventionne des banques et des consortiums mais nous ne protégeons pas nos aînés de la pauvreté. Les promesses de croissance de l’économie libérale sociale, selon laquelle chacun, pour peu qu’il y mette du sien, accède à un niveau de vie confortable, ne valent plus rien en cet âge des bas salaires et du travail précaire. Il y a de plus en plus d’emplois dont on ne peut vivre et encore moins nourrir une famille. La classe moyenne s’étiole. Dans presque aucun autre pays l’écart de revenu entre les femmes et les hommes n’est aussi grand. Justement ceux qui sont employés pour s’occuper des autres sont souvent misérablement rémunérés. Bien plus que l’activité c’est l’origine qui détermine les chances d’une bonne vie. Les inégalités de capital sont au niveau du temps de l’empereur Guillaume (Wilhelm).

Ce sont surtout les grandes entreprises et les propriétaires qui profitent de la globalisation. Du libre-échange, des privatisations et du marché européen intérieur. Pour les nantis, la promesse de l’Europe a été tenue. Les personnes qualifiées et mobiles peuvent utiliser les nouvelles libertés. Par contre près de la moitié de la population dispose d’un revenu inférieur aux années 90. Pour beaucoup la libre circulation et l’immigration se traduit par une concurrence accrue sur le marché du travail et des emplois moins rémunérés. Également pour les employés de l’est dans les abattoirs et dans la santé en Allemagne l’exploitation s’est accrue. Et pendant que les konzernes déversent de hauts dividendes, les pauvres se battent à table pour des aliments périmés.

Depuis que l’État social ne donne plus une sécurité suffisante, la plupart doivent se battre seuls. Malheur à ceux qui perdent leur travail ou tombent trop longtemps malades. Hartz IV (réformes sociales de Schröder) retire les aides vitales sans tenir compte du temps d’activité et de contribution aux caisses. Les services publics sont atrophiés et privatisés. Les hôpitaux, maisons de soins, l’eau, les chemins de fer, les piscines… on fait du profit avec tout. Particulièrement dramatiques sont les changements sur le marché de l’immobilier depuis que ce ne sont plus les communes et les villes qui donnent le LA mais des investisseurs tournés vers les gains. Dans les grandes villes les personnes seules au revenu normal ou en famille avec enfants ne peuvent plus se permettre un appartement .

Les pauvres trinquent

La destruction de la cohésion sociale, la montée des aigreurs et le sentiment d’impuissance crée un terreau pour la haine et l’intolérance. Bien que la raison principale de la peur du lendemain soit la crise de l’État social et une instabilité globale la crise migratoire a conduit aussi à de l’insécurité. Les exactions sur des personnes en raison de leur apparence ou de leur religion s’accumulent. Nous refusons le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. C’est pourquoi nous jugeons irresponsable la méthode Merkel de traitement de l’immigration. Les villes, les communes, les bénévoles sont laissés seuls. Beaucoup de problèmes déjà existants comme le manque de logements, les écoles surchargées, places en maternelle manquantes se sont aggravés. Au bout du compte, ce sont de toutes façons les plus pauvres qui trinquent.

Les dangers globaux augmentent. Dans les relations internationales c’est le poing sur la table du plus fort militairement qui remplace les négociations et la diplomatie. On mène des guerres sans aucune honte pour les matières premières ou pour étendre des zones d’influence. Les états unis sont en première ligne. Ces guerres ont dévasté des régions entières, renforcé les bandes islamistes et sont la cause des déplacements de réfugiés. Le concept de sécurité commune en Europe et de rééquilibrage entre l’Est et l’Ouest est abandonné. La course aux armements détruit tous les acquis des années 90. Avec la Russie c’est un nouvel âge de glace. Et le gouvernement allemand s’en fait souvent le complice par des guerres, des exportations d’armes dans les régions de crises et le non-respect des droits des peuples. Le danger d’un conflit atomique entre grandes puissance a augmenté.

Nous sommes toujours aussi éloignés d’une économie respectueuse de la nature et qui épargne le climat. Bien au contraire, au lieu de l’exigence d’une production recyclable et durable nous produisons exprès des objets à obsolescence programmée qui se réparent mal ou pas du tout. Le résultat est une montagne de déchets. L’empoisonnement des sols, des nappes phréatiques et des mers atteint un niveau menaçant, Ce sont les pauvres les premiers menacés. Ils habitent des rues bruyantes à l’air vicié, sont professionnellement en contact avec des substances nocives et doivent faire attention au prix des aliments qu’ils achètent. Que les pauvres vivent en Allemagne dix ans de moins que les riches a aussi à voir avec cela.

Il y a une alternative !

Nous n’acceptons plus. Nous ne voulons plus vivre dans une société fragmentée. Nous pensons que le gouvernement allemand est dans l’erreur quand il se soumet à une politique aveugle et conflictuelle calquée sur les USA au lieu d’assumer l’héritage de Willy Brandt, Egon Bahrs et du mouvement pour la paix à l’est comme à l’ouest. Au lieu du BIO pour les hauts salaires nous exigeons un environnement sain et une nourriture saine pour tous. Nous attendons de l’Allemagne et de l’Europe qu’elles prennent leurs responsabilités concernant les réfugiés et les migrants et qu’on prennent enfin des décisions pour en combattre les causes.

C’est un mensonge que de raconter que la politique actuelle à l’époque de la globalisation et du numérique n’aurait pas d’alternative. L’inégalité croissante n’est pas naturelle. Que le capitalisme financier déresponsabilise les Konzerne et les actionnaires de leurs devoirs sociaux n’est pas un effet technologique mais politique. Le numérique peut nous apporter plus de libertés et enrichir notre vie si nous n’en laissons pas son développement aux mains des géants du net mus pas leur appât du gain.
Nous approuvons un commerce international équitable. Mais la globalisation permet aux sociétés financières transnationales de contourner les règles démocratiques et de rechercher sur toute la planète les salaires les plus bas et les standards les moins-disant : nous le refusons. Les actifs ne sont pas la ba-balle des chercheurs de profits. Les humains ne sont pas un facteur de coût. Ils ne sont pas au service de l’économie mais l’économie est à leur service. La Constitution allemande l’exprime sans ambiguïté : La propriété doit servir l’intérêt général.
Les marges de manœuvre dans chaque pays sont plus grandes que ce que l’on nous raconte. Une politique raisonnable peut rétablir l’état social et et la solidarité. Elle peut protéger les citoyens du capital financier et du dumping concurrentiel. Elle peut et doit investir pour l’avenir.

Nous ne voulons pas d’une démocratie formatée pour le marché et d’une politique qui devient étrangère aux citoyens. Beaucoup aujourd’hui s’en éloigne parce qu’ils se sentent abandonnés. Parce qu’ils ont l’expérience que leurs intérêts sont ignorés par les politiques au profit de lobbies financiers puissants.

Lire aussi : Bruno Amable : « Aufstehen défend l’accueil des migrants dans les meilleures conditions possibles »

Nous voulons rendre la politique aux citoyens. Et les gens à la politique. Nous en sommes persuadés: alors seulement la démocratie aura un avenir.

Il y a dans la population une majorité pour une nouvelle politique: pour le désarmement et la paix, pour de meilleurs salaires, de meilleures retraites, une fiscalité plus juste et plus de sécurité. Pour plus d’investissement publiques dans la formation et les infrastructures. Mais il n’y a pas de coalition partisane pour une telle politique. Dans d’autres pays européens, des mouvements sont nés sur les cendres des partis établis et ils ont changé la politique.

Nous appartenons à différents partis ou pas du tout. Beaucoup des initiateurs de « Aufstehen » (Debout) ne sont pas des politiciens. Aufstehen n’est pas un nouveau parti, mais un mouvement de rassemblement au dessus des partis, pour lequel chacun peut s’engager et soutenir cet appel. Le programme détaillé se construira dans un processus transparent et par la discussion. Chaque voix chez nous est importante. Nous investissons dans la proximité et la communication directe. C’est pourquoi nous utiliserons dans l’esprit du mouvement « Occupy-Wall-Street » et comme pionnier en Allemagne la plate-forme numérique Debatten-Tool Pol.is. Organisons des discussions et déployons-en le résultat dans la société. Nous donnerons vie aux idées intéressantes et aux pensées innovantes une tribune. Mais avant tout, nous porterons les demandes qui motivent la plupart dans la rue et dans la politique.

Voici nos buts :

  • Une nouvelle politique pour la paix : L’Allemagne et l’Europe doivent être indépendantes des USA. Désarmement, détente, équilibre pacifique des intérêts, prévention des guerres civiles au lieu de l’engagement de soldats dans des guerres meurtrières pour les matières premières et la puissance. Intégrer l’armée fédérale comme armée de défense dans un système européen de sécurité comprenant l’est et l’ouest.
  • Des emplois sûrs, de bons salaires, une fiscalité juste et un nouvel État social dans une économie innovante : Combattre l’intérim, l’abus des contrats d’entreprise et le travail indépendant fictif! L’informatique doit conduire à une autre répartition du travail: moins de stress pour tous au lieu de chômage pour les uns et le surmenage dans des emplois précaires de plus en plus nombreux pour les autres. Des retraites correctes au lieu de l’arnaque Riester, une véritable assurance chômage soutenant les capacités humaines au lieu de la descente dans Hartz IV. Diminuer la charge fiscale des petits et moyens revenus et appeler à plus forte contribution le grand capital et les grandes entreprises, lutter contre l’optimisation fiscale par une fiscalité punitive sur la fuite dans les paradis fiscaux.
  • Une économie environnementale soutenable, épargner les ressources et protéger les plantes et les animaux : afin de laisser une nature intacte et un climat vivable à nos enfants. Air sain et eau propre, diversité des espèces et terres saines sont les bases de la qualité de vie.
  • Arrêter les privatisations et ré-nationaliser, l’intérêt général est plus important que les profits. Pour des logements abordables, des hôpitaux bien équipés et des maisons de soin. Pour une infrastructure digitale démocratique au lieu de l’intrusion de Facebook, Google & co. dans la sphère privée.
  • Une formation de haut niveau pour tous : enseignement pour la petite enfance, plus d’enseignants pour plus de chances dans la vie. Le succès scolaire ne doit pas être lié aux origines.
  • Sauver la démocratie : nous ne voulons pas être dirigés par les Konzernes et les banques. Favoriser la démocratie directe. Démasquer les lobbies et interdire le financement des partis par des entreprises.
  • La sécurité dans la vie quotidienne : plus de personnel et un meilleur équipement pour la police, la justice et le travail social; un code pénal pour les entreprises au lieu de la capitulation de l’état de droit.
  • Une Allemagne européenne dans une Europe unie de démocraties souveraines. L’union européenne doit être un espace de protection et libre circulation et non le catalyseur d’une globalisation radicale du marché et d’évacuation de la démocratie. La politique européenne a besoin d’une légitimation démocratique.
  • Aide à la détresse : assurer le droit d’asile pour les réfugiés. Stopper l’exportation d’armes dans les régions de tension et cesser le commerce déloyale. Aider les réfugiés de guerre et climatiques. Lutter sur place contre la pauvreté, la faim et les maladies de la misère et ouvrir des perspectives dans les pays de naissance. Égaliser les chances de vie pour tous les peuples à un haut niveau en accord avec les ressources.

Comme les problèmes ne peuvent être résolus sur les voies empruntées jusqu’ici nous avons besoin d’un nouveau départ. Nous donnerons une voix aux sans-voix et une tribune aux invisibles. Nous encouragerons la participation et la contribution de chacun et pas seulement pour les personnes aisées. La démocratie politique doit être notre colonne dorsale et nous imposerons la confrontation avec les puissants groupes d’intérêts, c’est à dire la finance ou les super-riches.Nous réaliserons par nos propres forces, notre tolérance et l’écho publique ce que les grands groupes font par leurs médias, leur argent et leurs lobbies. Quand le grand nombre se rassemble et met fin à l’isolement alors il est plus fort que quelques privilégiés. Alors on peut imposer nos intérêts et changer la politique dans notre pays. Alors l’humanité, la paix, la sécurité et la solidarité sont placés en premier sur l’agenda.


Ensemble pour un pays juste dans une Europe juste! Tous ensemble pour un monde meilleur!
Debout !

Traduction Didier et Papajobo, relecture Francesco

Légende : Sahra Wagenknecht en 2013

Crédits : Flickr

 

3 Comments

  1. Anne sophie LIGNIERT

    Merci pour cette traduction éclairante qui permet de mieux comprendre les grandes lignes de ce mouvement.

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  2. Jean-Paul B.

    Bonjour,
    en lien un long mais ô combien utile article de fond signé par Denis Collin et publié par l’excellent site La Sociale.
    Je le partage dans le but d’aiguiser notre réflexion sur des sujets dits « sensibles » comme l’immigration (Oulala j’ai conscience qu’il s’agit d’un terrain et d’un mot « minés » par l’Extrême Droite!).
    Bonne lecture et bonne réflexion quand même.
    JPB.
    http://la-sociale.viabloga.com/news/l-internationale-des-mechants

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