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Ahed Tamimi : « J’ai choisi d’être avec les gens qui résistent dans la rue »

Ahed Tamimi : « J’ai choisi d’être avec les gens qui résistent dans la rue »

A seulement 17 ans, elle est devenue une icône pour la cause palestinienne. Ahed Tamimi, petite blonde aux yeux clairs s’est faite connaitre dans le monde entier à travers une vidéo ou elle gifle un soldat israélien. Tout juste sortie de 8 mois de prisons et de passage en France, elle a accordé une interview au Média.

Le Média : Bonjour Ahed Tamimi, et bienvenue en France, nous sommes ravis de vous avoir parmi nous mais ce n’était pas simple pour vous de venir. Est-ce que vous pouvez nous raconter pourquoi ?

Ahed Tamimi : Il est interdit pour nous, Palestiniens, de voyager via les aéroports israéliens. On est donc obligé de se rendre en Jordanie. Et entre la Palestine et la Jordanie, il y a beaucoup de check points entre les différentes villes. D’abord le check point palestinien et ensuite le check point israélien. Dans ce dernier, la plupart des Palestiniens galèrent pour passer. Beaucoup, reviennent car on leur interdit le passage. Et quand vous passez le check point israélien, il y a encore le check point jordanien. Avant que je vienne en France, on m’a interdit de voyager. Au départ, j’étais censée aller en Belgique, avant de venir en France, mais je n’ai pas pu avec cette interdiction de voyager. Malgré cela nous n’avons pas lâché jusqu’à obtenir une autorisation.

Et pourquoi êtes-vous venue en France ?

Je suis venue pour faire entendre la voix de mon peuple au monde entier. Pour que la France ait conscience de la souffrance de mon peuple. Pour faire entendre la vérité.

Ce qui vous a fait connaitre aux yeux du monde, c’est cette fameuse vidéo ou vous giflez un soldat israélien. On parle beaucoup du geste, mais très peu de ce qui vous a poussé à le commettre. Est-ce que vous pouvez nous raconter ?

Le soldat était devant chez moi, il tirait sur des enfants qui jouaient dans la rue. Ce soldat a tiré sur mon cousin quelques minutes avant la gifle. Il a failli mourir et sa blessure était très grave. J’ai donc dit au soldat de sortir de ma maison, il n’écoutait pas donc je suis descendue le frapper pour qu’il parte.

A la suite de cela, vous êtes arrêtées pas les autorités israéliennes. Vous êtes condamnée à 8 mois de prison ferme et 3 ans de sursis par le tribunal militaire israélien. Je rappelle que vous n’avez que 17 ans. Ça fait quoi quand on a 17 ans de se retrouver en prison, on pense à quoi et on le vit comment ?

La prison était très dure, j’ai rencontré beaucoup de difficultés lors des interrogatoires. Les enquêteurs m’empêchaient de dormir, ils menaçaient mes parents. Je n’avais ni famille, ni avocat pour m’aider. J’avais surtout peur de ne pas pouvoir continuer mes études et perdre ma dernière année de lycée. J’étais également éloignée de ma famille. J’étais tout le temps enfermée dans une petite pièce, très peu aérée et sans espace pour bouger. Et il faisait froid dans la cellule. Quand je revenais des interrogatoires ou du procès, je tombais malade à cause du changement de température. Il y avait aussi les transferts dans le véhicule que l’on nomme « bosta », cette voiture qui chauffe en été et qui est très froide en hiver. En été ils mettent le chauffage et en hiver ils mettent l’air conditionné.

Et après ces 8 mois de prison comment vous vous sentez psychologiquement ?

Je suis très contente d’être sortie de prison et d’être en liberté. Mais je suis aussi très triste pour les filles avec qui j’ai passé 8 mois de ma vie et qui sont toujours emprisonnées. Je pense aussi à mon frère, lui aussi, encore en prison. Ainsi que les 15 membres de ma famille et toutes les personnes enfermées car je sais ce qu’ils ont vécu.

On a l’impression qu’il y a quand même un avant Ahed Tamimi et un après…

En prison, j’ai pris conscience de beaucoup de choses dont je n’avais pas connaissance. Lorsque l’on vit une telle expérience, cela change beaucoup de choses en nous. Quand on vit cette épreuve et qu’on écoute celle des autres détenus, cela nous rend plus conscient. Ils nous mettent en prison pour nous affaiblir, mais on en ressort plus fort. Le sursis ne m’empêchera de résister et de défendre mon pays. Je continuerai mon chemin.

Votre combat vous le menez à travers l’image, grâce à des vidéos ou vous filmez face aux soldats israéliens. Mais on vous accuse de vous mettre en scène, vous répondez quoi à ça ?

Je ne pense pas que des gens sacrifient leur vie et perdent 8 mois de leur vie pour la célébrité. Ou que des personnes seraient prêtes à mourir afin d’être célèbre. Aujourd’hui il est très facile de se faire connaitre en publiant des vidéos sur les réseaux sociaux. Mais personne ne risque la mort pour devenir célèbre.

Vous ne vous êtes jamais dit que votre vie aurait pu être différente ? Que vous auriez pu avoir la vie des jeunes de votre âge ?

En tant que Palestinienne vivant sous l’occupation, vivre normalement est impossible. Que l’on fasse quelque chose ou non, on risque d’être emprisonné, blessé ou tué. Résister et ne pas se taire c’est mieux que de mourir sans avoir rien fait. C’est mieux que de rester silencieux et laisser les générations futures subir le même sort.

Lors de votre sortie de prison vous vous êtes rendue sur la tombe de Yasser Arafat et vous avez rencontré le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Du coup, on a envie de vous demander est-ce qu’on peut, un jour, vous imaginer en femme politique palestinienne ?

J’ai choisi d’être avec les gens qui résistent dans la rue. Qu’ils résistent en lançant des pierres, avec leur voix, le dessin, le chant, tout ce qui permet de défendre sa terre. Je continuerai dans cette voie. J’ai la forte conviction que c’est le peuple qui changera la situation, pas les gouvernants.

Vous êtes aujourd’hui une icône pour les palestiniens, qu’est-ce que ce rôle implique pour vous ?

C’est une grande responsabilité, surtout que j’ai du sursis et que je viens de prison. La moindre action ou parole publique peut m’y renvoyer. Je porte le message d’un peuple sous occupation. Ce n’est pas un peuple normal. Autant d’éléments qui font peser sur moi cette lourde responsabilité.

Les combats entre soldats israéliens et palestiniens ont lieu quotidiennement. Est-ce que vous pouvez nous raconter comment ça se passe quand on est sur place ?

Il y a beaucoup d’intrusions militaires, dans les villes et villages. Cela conduit à ce que des jeunes en colère aillent se confronter à l’armée. Ils refusent de se taire face à une armée qui procède à des arrestations de nuit et s’introduit illégalement dans les maisons. Et puis, lorsqu’il y a des événements comme la décision de Donald Trump de transférer l’ambassade américaine, de Tel Aviv à Jérusalem, c’est normal que les jeunes descendent dans la rue pour s’opposer à cette décision.

Est-ce que vous avez espoir en l’avenir ? Est-ce que vous pensez qu’un jour ce conflit s’arrêtera ?

Oui j’ai espoir que l’occupation cesse. Surtout, qu’aucun pays n’est resté sous occupation indéfiniment. Après chaque occupation, il y a la liberté.

Retrouvez l’entretien vidéo sur notre chaîne YouTube

Légendes : Ahed Tamimi

Crédits : Capture d’écran 

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