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A la place du franc CFA, une monnaie commune d’Afrique de l’Ouest ?

A la place du franc CFA, une monnaie commune d’Afrique de l’Ouest ?

Alors que la contestation monte au sein des jeunesses africaines contre le franc CFA, monnaie héritée de la période coloniale et toujours reliée au Trésor public français, une fenêtre d’opportunité semble s’ouvrir. Un vieux projet longtemps reporté refait surface : la monnaie unique de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a la particularité de regrouper des pays de « traditions coloniales » différentes, dont certains disposent depuis plus d’un demi-siècle de leur indépendance monétaire.

Longtemps remis aux calendes grecques, le lancement de « l’éco » devrait se faire en 2020. Et naturellement, la zone CFA d’Afrique de l’Ouest se dissoudrait dans un espace plus vaste qui ne serait plus cogéré par Paris. A priori, les chefs d’Etat d’Afrique francophone sont partants pour cette nouvelle aventure, y compris les plus grands défenseurs du franc CFA – comme on a pu s’en rendre compte lors d’un sommet des chefs d’Etat le 21 février à Accra. Mais c’est le Nigeria, pays africain le plus peuplé et première puissance régionale, qui émet des réserves. Les premières sont politiques : le président nigérian Muhammadu Buhari a demandé aux pays de la zone franc CFA de présenter une feuille de route claire sur leur déconnexion d’avec le Trésor français. Par ailleurs, les Nigérians estiment qu’un certain nombre de questions techniques, notamment sur les « critères de convergence » (niveau de l’inflation et des déficits par exemple) doivent être traitées plus rigoureusement, et que des mécanismes contraignants doivent être mis en place à l’encontre des dirigeants qui ne respecteraient pas les normes, protocoles juridiques et critères de convergence retenus. Il faut également, estiment-ils, que les instruments juridiques, les protocoles connexes, les politiques fiscales et monétaires, ainsi que les systèmes statistiques soient rigoureusement harmonisés. Bref, la complexité des enjeux est telle que l’échéance de 2020 pourrait très probablement ne pas être respectée.

L’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, que nous avons récemment reçu dans un entretien (lien plus bas) se montre pour sa part très sceptique à l’idée de cette monnaie unique ouest-africaine. « D’un point de vue économique, la monnaie unique CEDEAO est une très mauvaise idée. Pourquoi ? Tout d’abord, il faut voir que le Nigéria pèse plus de 70% du PIB de la CEDEAO et plus de 50% de sa population. Il est difficile d’imaginer que la conduite de la politique monétaire se fasse au détriment du Nigeria. Ensuite, partant de là, il faut tenir compte également du fait que le Nigéria est un pays pétrolier alors qu’une dizaine de pays en Afrique de l’Ouest est importatrice nette de pétrole et de produits alimentaires. Ce qui veut dire que les cycles économiques entre le Nigéria et ces pays risquent de n’être pas synchrones, et donc que ces pays ne doivent pas tous avoir la même politique monétaire. Enfin, une union monétaire pour être viable et performante requiert préalablement le fédéralisme politique, notamment le fédéralisme budgétaire (un seul budget, un seul déficit, un titre de dette commun) », écrit-il dans une tribune. Il préconise la création d’une devise régionale ou panafricaine qui dynamiserait les échanges entre les divers pays, mais cohabiterait avec les monnaies existantes auxquelles elle serait liée par une parité fixe mais révisable.

Revoir l’entretien avec l’économiste Ndongo Samba Sylla

Crédit photo (cc) kaysha/flickr

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