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Le Venezuela envers et contre tous

Le Venezuela envers et contre tous

L’élection présidentielle qui devait initialement avoir lieu le 22 avril se déroulera finalement ce dimanche 20 mai. Le président chaviste Nicolas Maduro brigue un deuxième mandat.

A peu de temps des élections générales au Venezuela, les sondages publiés par l’agence Hinterenlaces prédisent une victoire de Nicolas Maduro, avec 52% des intentions de votes, contre 22% pour Henry Falcon et 13% pour le pasteur évangélique Javier Bertucci, candidat indépendant. Une élection attendue dans un pays où la pénurie laisse les classes moyennes, principales touchées, à la merci des spéculateurs. Car si Maduro a dû affronter la chute du prix de pétrole et le boycott des États-Unis soutenus par l’UE, il a également été obligé de faire face au déclassement des couches moyennes, qui en a résulté. Dans le même temps, les classes populaires ascendantes se sont converties, par manque d’outils idéologiques solides, à la doxa néolibérale, tout en se détournant parfois de sa révolution. Elles se sont peu à peu laissées séduire par le discours démagogique de l’opposition, qui n’hésite pas à montrer du doigt les erreurs commises par le gouvernement.

« Laissez-nous commettre nos erreurs »

L’opposition, rassemblée en grande partie derrière la MUD (Mesa de unidad democrática), a refusé de se présenter aux élections, affirmant que rien ne garantissait la transparence de l’élection. C’est le même argument que lors des élections du 2012, où elle avait eu la même stratégie, écartelé entre deux visions de société radicalement opposées. Malgré cela, Henri Falcón (56 ans), militaire et avocat de profession, ex-gouverneur de l’Etat de Lara et ex-chaviste passé dans l’opposition, assume le leadership avec une image plus modérée que celle de son prédécesseur, Henrique Capriles. Ce dernier était un promoteur des multiples manifestations violentes (accusé de malversation des fonds lors de sa gestion comme gouverneur, celui-ci n’a pu se présenter), tout comme Leopoldo López, qui ont donné l’ordre de ne pas voter pour Falcón en le considérant un traître. Malgré cela le taux d’abstention au sein de l’opposition recule considérablement, selon les sondages, de 80% à 40% ces derniers jours, sous la consigne : « nous pouvons gagner ».

De son côté, le projet bolivarien promet de maintenir la “paix sociale” sans trop s’éloigner des principes de la révolution. Le parti insiste sur un changement de valeurs, autant en matière économique (sortir du capitalisme financier), qu’en matière de gouvernance (démocratie participative et non-représentative) et de géopolitique (l’Unasur, la Celac et l’Alba, visent à défendre une fraternité latino-américaine), où la paix est l’enjeu majeur. Selon les experts de la Celag (Centro estratégico latinoamericano), les formes de démocratie participative se nourrissent de l’identité citoyenne. Elles permettent non seulement de donner une reconnaissance politique aux personnes, mais aussi à leur garantir des droits fondamentaux citoyens à travers les “missions” qui assurent une nouvelle forme de  redistribution de la richesse provenant du pétrole nationalisé.

Problèmes économiques graves

Un des problèmes les plus graves est la fuite des capitaux (qui s’ajoute au blocage économique des États-Unis et l’UE). Elle a deux causes. La première est que les Vénézuéliens placent leur argent à l’étranger. La seconde, et la plus importante, le blanchiment d’argent sale colombien (narcotrafic), combiné à la contrebande des produits vénézuéliens subventionnés. Le gouvernement de Maduro s’est montré impuissant face à cette plaie qui est devenue structurelle. Impossible à gérer aussi, le dollar today (cotation parallèle du taux de change qui commande le marché noir), contre lequel a été créé une crypto-monnaie, le Petro.  Les Bolivariens essayaient par tous les moyens d’amortir l’impact de cette “guerre économique” avec les CLAP (comités locaux d’approvisionnement), qui est destiné à une grande partie de la population (5 millions de personnes), la plus pauvre. Ils restent tout de même impuissants devant le blocage international et la rapidité avec laquelle agit le néolibéralisme.

Difficile donc de prévoir comment tourneront ces élections qui sont d’ores et déjà délégitimées par le Grupo de Lima (Pérou, Honduras, Chili, Brésil et Argentine, entre autres pays), qui regroupe des gouvernements hostiles et l’OEA par la voix de son Secrétaire Général, Luis Almagro, ennemi juré du gouvernement vénézuélien. Certes, les affaires de corruption – qui n’ont pas été sérieusement combattues par le gouvernement – ont affaibli la confiance dans le processus électoral. Mais, elles ne sont pas les seules. Ajoutons que le taux de criminalité augmente, le cynisme s’installe dans les rangs chavistes, particulièrement atteints par la propagande et les attaques de la  droite internationale.

Sans doute y a-t-il au centre de cette dispute une lutte des classes non reconnue par la communauté internationale. Celle-ci semble illisible au sein de ce processus révolutionnaire, car elle incarne, par son langage populaire et ses valeurs collectives, un renversement des catégories individualistes, entre tradition et modernité, qui se détournerait de cette domination de la raison qui déni l’émotionnelle. Elle représente une équation entre passé et présent orienté vers le sud.

Par Patricia de Souza, écrivaine péruvienne

Photo : Nicolas Maduro, 20 septembre 2015

Crédits : Agencia de Noticias ANDESFlickr

 

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