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France-Iran : les ordres sont les ordres

France-Iran : les ordres sont les ordres

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est arrivé en France ce mardi 5 juin, après s’être rendu à Berlin et avant d’aller à Londres. A l’agenda de sa rencontre avec Emmanuel Macron : la saison culturelle et technique entre la France et Israël, à l’occasion des 70 ans de l’Etat hébreu. Mais ce sont des relations considérablement dégradées entre les deux Etats qui dominent cette visite : les tueries à Gaza et l’enterrement assumé de toute solution négociée avec les Palestiniens sont des motifs de discordes graves. Et puis on sait que Benyamin Netanyahou est un avocat ardent de la manière forte avec l’Iran, en accord avec l’administration Trump aux Etats-Unis… Alors dans ce contexte, on n’attend pas grand-chose des discussions entre la France et Israël, même si la France a déjà commencé à subir, ces derniers mois, les conséquences du diktat américano-israélien envers l’Iran… Analyse.

Les ordres du surveillant général américain tombent mal pour la France. Dans l’histoire récente de ses relations avec l’Iran, Paris s’était pourtant souvent montré plusieurs fois réfractaire à la soumission. Tradition française, on ne baisse pas systématiquement les yeux quand Washington l’ordonne.

Pensons par exemple aux efforts d’Hubert Védrine, alors ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin en 1998, qui malgré les réserves du président Chirac avait organisé la première visite du président réformateur Mohamed Khatami à Paris. Ce sont ces efforts qui avaient permis à l’Union européenne et aux Etats-Unis un aménagement des lois d’Amato-Kennedy,  sur les prétendus “Etats voyous”, qui formulait le “devoir” pour les Américains de punir les investissements de plus 20 millions de dollars par an en Iran et en Libye.

De Mahmoud Ahmadinejad à Hassan Rohani

En 2003, en pleine invasion de l’Irak, Dominique de Villepin avait refusé la logique de guerre américaine et tenté de monter une coalition diplomatique internationale pour régler la question du nucléaire iranien. C’était la frilosité des directeurs du quai d’Orsay, qui craignaient la colère de Washington, qui avait stérilisé finalement cette initiative. Mais enfin, pour l’Iran, la France portait une voix singulière. Changeante, mais singulière.

Et puis l’élection en Iran de l’extrémiste Mahmoud Ahmadinejad avait peu à peu repoussé la France dans les camps des radicaux. Un positionnement aggravé encore par la préférence de François Hollande pour l’Arabie saoudite… Ce n’est qu’avec l’élection de l’actuel président Hassan Rohani que le ton avait changé. Et les échanges avaient repris. Selon une note du Trésor public, les exportations françaises étaient reparties à la hausse en 2016, année marquée par la première visite d’un chef d’Etat iranien en France depuis 1998. On exportait en effet en Iran des produits pharmaceutiques, de l’équipement médical, des parfums et des produits cosmétiques. On y fabriquait des automobiles et on forait pour le gaz et le pétrole. Résultat : un million d’Iraniens travaillent aujourd’hui grâce aux industries françaises.

A cet égard, l’année 2017 avait été une bonne année. Total avait signé un accord de forage d’un immense site gazier, en coentreprise avec les compagnies publiques iranienne et chinoise, pour plusieurs milliards de dollars. De même pour Renault, qui avait créé deux coentreprises pour vendre, à terme, 300.000 automobiles en 2022. PSA pareil, avec 400.000 véhicules déjà vendus et un objectif d’un million d’unités en 2025.

Retour à la niche

Aujourd’hui ? Eh bien, au coup de sifflet de l’empereur Trump, les Français sont allés à la niche. Total s’est immédiatement retiré le mois dernier, de même que PSA, hier, qui n’a obtenu « aucune garantie » du gouvernement français pour son premier marché à l’étranger. Airbus, qui a des usines de pièces détachées aux Etats-Unis, pourrait suivre, malgré la centaine d’avions vendus aux Iraniens depuis 2015. Et puis le groupe Accor aussi, qui a ouvert un hôtel à Téhéran il y a trois ans, pourquoi pas ? Il faut dire que leur présence en Iran ne tenait qu’à un fil. Car, il faut le savoir : accord sur le nucléaire iranien ou non, pour faire des affaires en Iran, il faut obtenir au préalable le feu vert du très tatillon Office of Foreign Assets Control, un obscur bureau du Département du Trésor américain. Oui, vous avez bien lu, même quand l’Iran n’est pas frappé par des sanctions internationales, il faut l’autorisation de Washington pour y faire des affaires.

En réalité, les déculottées à répétition sont surtout révélatrices d’une chose : de l’impuissance de la France, et de l’absurde Union européenne d’ailleurs, à s’affranchir de l’hégémonie américaine. Mais comment la France pourrait-elle faire preuve d’indépendance, d’ailleurs ? Elle est un membre zélé d’une UE sous influence, mais surtout de l’OTAN, adaptant même ses équipements militaires aux normes d’outre-Atlantique, prête à suivre l’extrême droite américaine dans ses piétinements du cadre juridique de l’ONU pour ses coups de pub militaires, comme on l’a vu en Syrie. Et puis au fond, avec ses rêves de Maison blanche à la française, son navrant « discours sur l’état de l’union » de l’année dernière, ses bonnes grâces entretenues auprès de Netflix et du magazine Forbes, sa pâle imitation de Kennedy, notre jeune et beau président ne se fâcherait pour rien au monde avec “le maître des horloges”, le vrai.

Photo : Hassan Rohani

Crédits : Meghdad Madadi/ Wikimedia commons

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