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Argentine : un accord Macri-FMI provoque une grève générale

Argentine : un accord Macri-FMI provoque une grève générale

Ce lundi 25 juin, l’Argentine était paralysée par une grève générale. Elle avait pour objet de contester la nouvelle aide de 50 milliards d’euros proposée par le FMI.

Il faut dire que le retour du FMI n’évoque pas que des bons souvenirs au peuple argentin, qui craint une nouvelle récession et une nouvelle crise sociale et économique. C’est la raison pour laquelle les principaux syndicats du pays ont appelé à la grève générale et à bloquer le pays ce lundi 25 juin. Les organisateurs protestent également contre la politique de rigueur mise en place par le gouvernement argentin.

Trains, taxis, bus, avions, tous les services étaient bloqués. Les écoles étaient fermées et la plupart des Argentins ne sont pas allés travailler. Le temps d’une journée, la capitale argentine prenait les airs d’une ville fantôme. Retour sur les motivations du mouvement.

Une politique économique contestable

Depuis l’accession au pouvoir du président libéral Mauricio Macri, l’économie argentine sombre. Les taux d’inflation avoisinent les 30%. La dévaluations du peso, quant à elle, est proche des 30% également. Malgré un plan d’austérité mis en place dès 2015, le pays « s’est endetté de 70 milliards d’euros et ne peut plus lever des fonds sur les marchés », déclare l’économiste Ramiro Castineira à nos confrères du Monde.

Pourtant, les Kirshner avaient œuvré pour recouvrir les dettes de l’État argentin, pour baisser le taux de pauvreté et le niveau des inégalités sociales. Le tout en coupant les ponts avec le FMI et en refusant de payer les fonds vautours. Les fonds vautours sont des entités qui spéculent sur les créances douteuses. Pour le dire rapidement, les fonds vautours sont du genre à réclamer un remboursement qui n’existe pas ou qui a déjà été effectué. Car les remboursements réclamés par ces mêmes fonds vautours avaient déjà été versés par l’État argentin. Soutenue par les Etats-Unis et le FMI, l’Argentine s’est de nouveau retrouvée en défaut et dans l’impossibilité d’emprunter sur les marchés.

Fort de cette conjoncture, la droite, par l’intermédiaire de Mauricio Macri, a repris le pouvoir en 2015. Et depuis son élection, elle a œuvré dans l’unique but de saper toutes les politiques mises en œuvre par les Kirshner (Nestor et Christina) entre 2003 et 2015. Suppression du contrôle des changes, instauration d’un mécanisme de taux de change flexibles, remboursement des fonds vautours (fonds spéculatifs réclamant des dettes illégitimes aux États), diminution des subventions aux services d’électricité, de gaz et d’eau. Les réformes néo-libérales et pro-FMI du président argentin peinent à démontrer leur efficacité. Évidemment, le but de tout cela était de réconcilier l’Argentine avec les investisseurs. Résultat, la bourse de Buenos Aires chute de 4,47 % lundi.

Après douze ans de rupture, Macri appelle le FMI au secours

C’est une première depuis 2006, période à laquelle Nestor Kirshner avait décidé de rompre avec le Fond. Le FMI revient dans la danse pour administrer son venin appelé “rigueur économique” ou “austérité”. Ainsi un accord a été trouvé entre le gouvernement de Mauricio Macri et le FMI pour un prêt de 50 milliards d’euro. Buenos Aires a déjà touché une première tranche estimée à 15 milliards.

L’objectif est, en premier lieu, d’obtenir des devises et de stabiliser le peso dont les taux de change sont trop volatiles. Ce prêt n’est évidemment pas accordé sans contre-partie. En échange de cet argent, le FMI demande à ce que l’Argentine opère à des coupes budgétaires.

Le souci réside dans la presse qu’a le FMI auprès du peuple argentin. Il est en effet tenu parmi les premiers responsables de la crise économique argentine de 2001. Cela avait provoqué manifestations et émeutes dans tous le pays. Intervenus une première fois en 1998, les plans d’aides s’était révélés de véritables catastrophes pour l’économie argentine. Des taux d’inflations et des dettes records. L’Argentine de 2001 était comparable à la Grèce aujourd’hui. Saignée à blanc.

L’Argentine de Carlos Menem était pourtant réputé pour être le « bon élève du FMI ». Celle-ci remplissait alors ses parts du contrats, consistant à retirer l’État de l’économie, d’ouvrir son économie et de mettre en œuvre des politiques de flexibilité. S’ajoutait à cela l’imposition d’une parité entre le dollar et le peso, une politique budgétaire rigoureuse et une politique concomitante de libéralisation des échanges et de dérégulation de l’économie. Ainsi, le FMI pouvait consentir à soutenir l’économie argentine

Pourtant les inégalités et la dette publique ont continué de se creuser. Aussi le FMI s’est engagé à aider le pays à restructurer sa dette par une succession de prêts en échange de politiques plus austères les unes que les autres. L’Argentine est en défaut de paiement, ne plus emprunter sur les marché et finit au bord de l’implosion. Des émeutes éclatent dans tout le pays. Buenos Aires déclare l’état de siège. Deux présidents successifs sont contraints à la démission, Fernando de la Rua d’abord puis Rodriguez Saa ensuite. Le péroniste Eduardo Duhalde, élu le 2 janvier 2002, ne parvient pas à redresser la situation et le pays s’enfonce dans la récession jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirshner.

Légende : marche contre le FMI à Buenos Aires le 25 mai 2018

Crédits : Gaston Cuello / Wikimedia Commons

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