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Pourquoi l’inquiétude actuelle sur les marchés financiers ?

Pourquoi l’inquiétude actuelle sur les marchés financiers ?

Malgré des bénéfices record (93,4 milliards d’euros en 2017 pour les entreprises du CAC40), le prix des actions ne reflète plus la valeur réelle des entreprises et les capitalistes s’inquiètent. En toute fraternité, nous avons décidé de sortir les kleenex, les calculettes et de nous pencher sur leur triste sort.

La finance est une matière connue de tous (il suffit de regarder le bandeau défilant de n’importe quelle chaîne-robinet d’infos) mais paraissant réservée à des initiés. Exemple : qui sait comment se détermine le prix d’une action ?
Dans « l’ancien monde », on le faisait à la valeur comptable. On prenait tous les équipements, les usines, les bureaux, les tables, chaises, ordinateurs, les comptes en banque, la valeur des créances, la valeur estimée de la marque, bref tout ce qui compose « l’actif », puis on en soustrayait les dettes, pour faire simple. Mais dans le « nouveau monde » (qui n’en déplaise à notre Grand Leader Jupitérien, n’est pas né en 2017 mais à la même époque que lui, il y a une quarantaine d’années), la valorisation des entreprises cotées en bourse ne repose plus du tout sur cette comptabilité. De nos jours, pour savoir combien vaut une boîte, on prend son bénéfice de l’année et on le multiplie par… un nombre. Sur longue période, ce nombre est estimé par le consensus capitaliste à 15 (mais il varie selon les secteurs, plus bas dans l’automobile, plus haut dans l’internet).

Or la valorisation actuelle de l’indice Dow Jones, celui qui donne le «la» à tous les autres, n’est pas de 15 mais de… 26 années de bénéfices ! La même distorsion avait été observée en 2007 (krach des subprimes), en 2001 (krach de la bulle internet)… Selon certains économistes particulièrement écoutés à Wall Street, ce « multiple de bénéfices » est en réalité largement au-dessus de 30, soit deux fois la norme de long terme. Pour parvenir à un tel écart, ils multiplient non pas le bénéfice de l’année, mais celui de la moyenne des 10 dernières (corrigeant ainsi les variations brusques, conjoncturelles, du cycle).

Tout est donc en place pour un nouvel effondrement

L’économie réelle produit des profits absolument gigantesques en délocalisant, en supprimant des centaines de milliers d’emplois, en obtenant des gouvernements toutes sortes de subventions (en France le Pacte de responsabilité coûte 41 milliards par an au contribuable) et de nouveaux moyens pour pressurer les salariés (Ordonnances « Travail »…), mais ce n’est pas assez ! C’est même très loin de suffire à justifier les prix stratosphériques observés actuellement à la Bourse.
Il règne donc une grande inquiétude sur la « planète finance » et le moindre mauvais signe peut provoquer une crise de panique. Les entreprises cotées s’emploient à tout faire pour « rassurer les investisseurs », notamment en servant de gros dividendes (leur montant, rapporté au PIB, a quadruplé depuis les années 1980-90) voire en rachetant leurs propres actions (1000 milliards de dollars en 2017).

Le dernier stress s’est produit fin janvier. Une seule statistique a réussi à faire perdre 10% à Wall Street en une seule semaine : celle de… l’augmentation des salaires. Nos seigneurs et maîtres ont failli s’évanouir en voyant celle-ci « déraper » à +2,9% en tendance annuelle aux Etats-Unis. Toutes les autres bourses ont suivi. A Paris, le CAC40 perdait 8% en quelques jours. Depuis lors, l’indice des salaires américains a été corrigé à +2,6% et comme l’écrit l’Agefi (9 mars 2018), « les signes de tensions sur les salaires se sont apaisés ». Ouf !

La chose très éclairante de cet évènement est bien sûr l’observation « en direct live », in vivo, de la contradiction fondamentale du capitalisme : dans un contexte technologique donné, celui-ci ne produit du profit qu’en détruisant du salaire (et vice-versa). Or la déconnexion entre la valeur réelle des entreprises et leur valeur boursière est telle, que pour ne pas s’effondrer, il est virtuellement impossible aux entreprises d’autoriser toute hausse de salaires excédant celle des prix. Le capitalisme marche sur un fil suspendu au-dessus d’un gouffre. N’enregistrant des profits que parce que les salariés (90% de la population active) voient leur niveau de vie baisser « et en même temps » leur achètent leurs marchandises, s’il s’écarte d’un millimètre de l’austérité salariale, alors la valeur boursière risque le grand plongeon.

Il faut réduire à tout prix ce fameux « multiple de bénéfices », faire en sorte qu’il passe de 25 à 20 par exemple ; et donc, à nouveau, augmenter les profits ! Mais comment écouler la marchandise ? En obligeant les ménages à s’endetter. En France, l’endettement des ménages représentait 75% du revenu disponible en 2000 ; 16 ans plus tard il était passé à 110%. Heureusement que tout ça sert à quelque chose. C’est si beau et surtout si désintéressé, de participer tous ensemble au bien-être des capitalistes ! Personnellement, la mine réjouie du présentateur de BFM-Business, ça me fait ma journée.

LM

4 Comments

  1. silkscalp

    Quel plaisir de lire lemedia format texte.
    Vous devriez augmenter considérablement votre couverture « papier » (mais dematerialisé), ne serait-ce que pour 2 raisons :
    – augmenter votre visibilité et qu’on commence à citer des liens vers lemedia
    – baser vos journaux du 20h sur un large panel d’informations originellement papier mais qui pourront être creusées aussi à l’oral lors du 20h.
    Continuez : on lache et on reprendra tout !!!!

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  2. Bragga (@Bragga244)

    Très intéressant, j’aimerais juste pouvoir changer la taille des écritures et pouvoir activer un mode contraste élevé ou un mode liseuse. J’aimerais aussi avec le nom de l’auteur du billet.

    Merci pour cet article.

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  3. thomasroulet

    Bonjour, merci pour cet article tres intéressant . Est-il possible de savoir qui a ecrit l’article ? Pourquoi cette signature anonyme ? Lorsque un journaliste ecrit des articles qui me plaisent, j’aime bien suivre ses autres articles éventuellement . Merci . Cordialement

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  4. valentini

    Sur la forme je dirai que : BIGRE ! BIGRE ! Il ne faut pas être miro pour lire l’article ci-dessus Merci de remettre une cartouche et de noircir la police Sur le fond maintenant il est certes de bonne guerre d’attaquer les spéculateurs sur leur terrain de jeux idéologiques favori, la morale, dans la mesure où leur bonne conscience pour exister ne manque jamais de vouloir nous apprendre à vivre Nous les « profiteurs » qui voulons profiter des fruits de notre travail et même en faire profiter les enfants les malades et tous les individus en situation de besoin ou de détresse dont nul n’est indemne par nature ou principe ! Excepté peut-être ceux qui se gavent s’engraissent s’empiffrent, les actionnaires et managers qui exigent toujours davantage d’austérité et de rigueur. Mais la spéculation est plus que le simple désir de s’enrichir toujours davantage Objectivement c’est une nécessité du point de vue capitaliste pour faire face à la concurrence interétatique des états et entreprises en guerre entre elles et s’accaparer toujours plus de marchés Se reporter à ce propos aux récriminations récurrentes des USA vis-à-vis de la Chine La conséquence de cette concurrence féroce entraîne à son tour le besoin de produire à moindre « coût », selon la terminologie idéologique en vogue, et donc pousse mécaniquement à la baisse des salaires C’est donc moins par une cupidité sans bornes doublée d’une égale stupidité, sur le plan de la consommation, que par une volonté politique de gagner la guerre économique et commerciale quitte à finir par la guerre tout court et généralisée au monde entier Si donc ces gens-là actionnaires et managers et leurs politiciens et idéologues sont bel et bien de sombres salauds, tous au service de cette saloperie vivante qu’est le mode de production capitaliste, c’est moins la dénonciation en paroles quand bien même morales et justes que la force matérielle qui pourra les mettre à genoux et en finir avec cette engeance la plus criminelle qu’est connue l’humanité.

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