Gilets jaunes : catalyseurs d’un mouvement mondial ?

Gilets jaunes : catalyseurs d’un mouvement mondial ?

Gilbert Mercier, rédacteur en chef du site News Junkie Post et auteur de l’ouvrage The Orwellian Empire (2015), analyse les l’impact que pourrait avoir les Gilets jaunes au niveau international.

La France amorce un tournant historique : une manifestation des plus ordinaires s’est transformée en une importante dissidence populaire, remettant en cause le système politique français. C’est une originalité tout à fait inédite, et comme nous vivons à l’ère du numérique où la communication est instantanée, non seulement le monde entier la suit avec attention, mais il s’en dégage un parfum de contagion, ce que le monde anglo-saxon appelle le « Yellow Vests Movement » (mouvement des Gilets jaunes). Grâce à ce qui pourrait être considéré comme une saine contagion de fièvre jaune sociale et dissidente, ce mouvement polymorphique s’est déjà répandu dans plus de 25 pays. Les voisins immédiats de la France, bien sûr, comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Espagne, mais aussi la Hongrie, la Bulgarie et la Serbie, même si le parallèle avec les Gilets jaunes n’est pas si clairement identifié. Le mouvement a également atteint le Moyen-Orient, avec notamment des activités en Israël et en Irak, et enfin le continent américain, où des mouvements se lancent aux États-Unis et au Canada, bien qu’ils peinent encore à se structurer. Cette explosion des dissidences n’est-elle qu’une pâle copie des mouvements français, ou est-elle la preuve d’un changement systémique en cours ? En d’autres termes, sommes-nous en train d’observer, en temps réel, le catalyseur d’un changement historique de paradigme ? La France reste, pour l’instant, le principal champ de bataille social du mouvement et son banc d’essai majeur.

Les Gilets jaunes font face à une répression policière brutale de la part de l’administration Macron. La « Macronie », comme l’appellent certains Gilets jaunes non sans humour, n’a pas réagi dans un but d’apaisement de la crise face aux actions de ceux désignés par les médias dominants français comme des « casseurs ». Bien au contraire, elle a décidé d’employer la force, ce qui a provoqué l’indignation d’Amnesty International, l’organisation de défense des droits de l’Homme. Onze Gilets jaunes ont déjà perdu la vie au cours de ce conflit, et plus de 250 personnes sont, à ce jour, grièvement blessées, souvent estropiées à vie à cause de l’utilisation excessive des balles en caoutchouc et des tirs de grenades lacrymogènes explosives. Nullement condamné par les médias dominants français, ce niveau inédit de brutalité policière est une véritable honte pour le pays qui a proclamé la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen en juin 1793, octroyant les mêmes droits à tous sans distinction de race, de religion et de sexe.

L’escalade de la violence policière, expressément ordonnée par l’État, a pourtant eu un effet contraire à celui recherché, et il a d’ores et déjà radicalisé certains des Gilets jaunes. Une question importante doit cependant être posée quant à la prochaine limite que l’administration française pourrait franchir : quel niveau de violence d’un État contre ses propres citoyens est acceptable avant que la démocratie ne se change en régime autoritaire ? En d’autres termes, à quel seuil critique la démocratie se mue-t-elle en dictature ? L’écrivain britannique visionnaire Aldous Huxley l’a sans doute expliqué mieux que quiconque dans son livre Brave New World (Le Meilleur des mondes) en 1931. « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

Une sale histoire que ce « Meilleur des mondes », en effet, sa mondialisation brutale des élites financières dirigeantes avec leurs serviteurs politiques et leurs lèche-bottes des médias respectifs, sans parler de leurs autres alliés et de leurs mercenaires. Ce capitalisme mondial et cannibale a déçu les populations du monde entier, et a plongé bon nombre de gens dans des conditions dignes d’un esclavage moderne. L’esclavagisme et la féodalité ont toujours été les structures sociales idéales des capitalistes, du moins avant l’avènement de la soi-disant révolution industrielle du milieu des années 1800. Source d’exploitation et d’industrialisation, elle l’a été, mais en revanche, elle n’était en rien révolutionnaire. En réalité, on peut même dire que l’exploitation systématique de la main-d’œuvre, y compris des enfants, dans les mines de charbon a été la pire régression de toute l’histoire de l’humanité. En substance, elle est tout à fait similaire à celle qui a vu les Africains livrés en Amérique par les Européens, au cours de cet abject crime contre l’humanité.

La perversité de ce système est tout bonnement ahurissante. Prenez les États-Unis, par exemple, pays qui se considère souvent comme le « chef du monde libre », ou pour le dire avec les mots de Ronald Reagan, une « cité brillante en haut de la colline ». Il a été bâti sur deux péchés capitaux, deux crimes atroces : le génocide de la population autochtone, qui est « célébré » à Thanksgiving, et bien sûr cette institution très étrange, mais très lucrative, qu’était l’esclavage. En ces temps où tout le monde parle des fausses nouvelles, il serait peut-être temps de parler de fausse histoire.

Il convient cependant de rester prudemment optimiste, car le match que se livrent l’appareil d’État français et certains de ses citoyens a beau être nul pour le moment, il est en constante évolution. Ceci étant dit, le mouvement des Gilets jaunes, qui n’en est encore qu’à ses balbutiements, a déjà fait naître l’espoir chez les pauvres et les opprimés du monde entier, ainsi que chez ceux qui ont été oubliés et même rejetés par les élites dirigeantes mondiales, les considérant comme des déchets humains insignifiants. L’espoir en un avenir meilleur dans notre monde extrêmement cruel, l’espoir en l’empathie contre un système construit sur l’égoïsme et l’avidité pure. Au fond, espérons que ce mouvement ne perdra pas son âme et que les Gilets jaunes resteront la cheville ouvrière de l’inclusion, redonnant à tous le goût de la communauté et de la fraternité, se battant contre la perversité d’un ordre mondial criminel qui, par le biais d’immenses souffrances, mène l’humanité au bord de l’extinction.

Remerciement à Sev pour la traduction de l’anglais

Légende de l’image de une : Gilets jaunes le 8 décembre

Crédits : Koja 

 

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