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Insécurité : erreur de diagnostic !

Insécurité :  erreur de diagnostic !

Par Serge Garde
Grand Reporter

La France serait un pays sain, essentiellement menacé par des criminalités venues de l’extérieur (les immigrés, les pègres étrangères…) et des marges sociales (les pauvres, les jeunes non conformes, les assistés, les malades mentaux, etc.)

C’est à partir de ce diagnostic, contestable mais jamais contesté, que s’organisent depuis le début de la Vème République, les débats sur et autour de l’insécurité et la Justice. Faute d’avoir sérieusement travaillé la question, les forces de Gauche (toutes !) se sont retrouvées illico sur la défensive. D’où leur tendance à éviter d’aborder le sujet, voire de contourner le piège en devenant plus répressifs que leurs adversaires politiques. Le socialiste Gérard Collomb devenu le ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron illustre cette dérive.

La Droite, elle, joue sur du velours sur le terrain qu’elle a balisé. En prônant toujours plus de sévérité voire une prétendue tolérance zéro, elle donne l’impression d’être le meilleur rempart contre le crime. Son crédo ? Toujours plus de répression : plus de prisons, de peines lourdes, plancher, automatiques ou incompressibles. La Droite croit ou feint de croire à l’exemplarité de la peine. Cette surenchère sécuritaire lui permet de présenter la restriction des libertés individuelles et collectives, comme une contrepartie indispensable pour garantir la sécurité de chacun-e.

Avec cette problématique sécuritaire, la Droite s’est dotée d’une arme afin d’obtenir des citoyens/nes qu’ils acceptent une restriction de leurs libertés. Une arme d’autant plus redoutable que la Gauche déserte ce terrain de bataille

La lutte contre le terrorisme pousse au paroxysme cette logique liberticide. Face à cette cohérence redoutable, qu’entend-on à Gauche, quand elle s’exprime ? Qu’il faut privilégier l’éducation et l’accompagnement social des personnes qui transgressent les règles. Que l’insécurité n’est qu’un sentiment déconnecté du réel. Que la Droite instrumentalise certains faits divers pour imposer des lois scélérates. Et qu’il faut changer la société et la rendre moins injuste…

Piégée ! Plus la Gauche conteste le tout répressif de la Droite, plus elle semble laxiste, naïve, voire complice des délinquants et des criminels qui empoisonnent et menacent la vie des braves gens. Quand on peine à trouver une réponse, n’est-ce pas parce que la question a été mal posée ?

En l’occurrence, le diagnostic d’une France saine menacée sur ses marges, est contredit par les faits ! Au moment où l’ancien Président de la République est mis en examen pour, entre autre, corruption…

Avec la multiplication des scandales politico-financiers, on découvre à quel point le proverbe chinois « le poisson pourrit toujours par la tête » s’applique à la France. Non la France n’est pas un village gaulois de la vertu assiégé par le vice et la pourriture. La réalité objective c’est que le système politique français est source de corruption. Fraude fiscale ruineuse qui prive la Nation de précieuses ressources. Système bancaire criminogène.

Dans ce diagnostic, il ne s’agit pas de nier les délinquances d’inadaptations sociales. Comment pourraient-elles régresser dans un système qui exclut massivement ? D’autant que ces transgressions (incivilités, vols ou incendies de voitures, vandalisme, agressions physiques…) sont visibles, contrairement aux criminalités économiques.

Mais ce qui ruine le pays, ce sont ces non-délinquances qui contournent les lois et qui transforment, par exemple, la fraude illégale en optimisation fiscale. Et lorsque certains scandales éclatent, la Droite et les ultra-libéraux argumentent sur le fait que, certes ce n’est pas moral, mais ça n’est pas illégal !

La Droite, au service du patronat, dépénalise des pratiques économiques autrefois pénalisées. Le MEDEF, au nom de la modernité, plaide faire supprimer du Code pénal le délit d’abus de biens sociaux. Et bien sûr, moins on s’attaque aux prédateurs qui ruinent le pays, plus on stigmatise les exclus sociaux, les chômeurs ; et plus on pourchasse les petits délinquants.

Si la France n’est pas aussi saine que la Droite l’affirme, si les criminalités les plus ruineuses sont générées par le système, si le code pénal est toujours plus un outil au service des puissances financières, la question de la répression ne se résume pas au nombre de prisons à construire, aux peines-planchers, etc ,c’est tout le Code pénal qui est à refonder. La hiérarchisation des peines est à revoir. Ne faut-il pas de rendre illégal ce qui est immoral économiquement ?

C’est un immense chantier à ouvrir dans la perspective d’une 6ème République. Finalement, Droite et Gauche se vautrent dans la même illusion : celle de l’éradication du crime. A Droite on laisse entendre qu’on supprimera crimes et délits par l’exemplarité et la dureté des peines. A Gauche, on estime que la criminalité est un sous-produit du capitalisme. Et comme, à Gauche on fait de la Politique (avec une majuscule, s’il vous plait !), pourquoi perdre son temps à discutailler des questions secondaires… Changeons la société et le crime disparaîtra.

Quelle erreur ! Cette logique a été poussée jusqu’à l’absurde en Union soviétique. Estimant que l’URSS entrait dans sa phase de construction du communisme, et donc qu’il n’y avait plus de criminalité, les dirigeants soviétiques ont édulcoré leur code pénal. En 1990, j’ai discuté avec des magistrats à Moscou qui me disaient leur désespoir de ne plus pouvoir s’attaquer au crime organisé et à la corruption, vu qu’il ne restait dans leur code pénal que des incriminations aussi vagues que le hooliganisme !

D’ailleurs, on n’en trouvait pas trace de faits divers criminels dans les médias. C’était juste avant l’implosion de l’Union soviétique ! Friedrich Engels rappelait volontiers que « la preuve du pouding, c’est qu’on le mange ! » Il faudrait ajouter que lorsqu’on nie le pouding, on finit par le recevoir en plein visage. Éradiquer les crimes et les délits est une aberration intellectuelle. Ce n’est pas une utopie, mais une illusion pernicieuse. Le crime n’existe que par la transgression d’une règle. Ce sont les lois qui définissent le crime. Une « faiseuse d’anges » a été guillotinée à Paris en 1943. Trois décennies plus tard, l’avortement est légal et remboursé par la Sécurité sociale ! Ce n’est pas l’acte qui est, en lui-même, criminel ou pas. C’est le regard de la société qui le définit.

La seule éradication possible d’un crime ou d’un délit, serait de supprimer son incrimination. C’est ce que tente de faire le pouvoir actuel avec la fraude fiscale. Comme nous l’écrivions Jean de Maillard et moi dans « Les Beaux Jours du Crime » (Plon, 1992) « une société sans crime ne serait pas une société sans malheur, mais une société sans valeurs. »

On ouvre le débat ?

3 Comments

  1. Enfin des analyses qui abordent les sujets de fond sur la société 🙂

    Perso, après toutes ces réflexions commencées dans les années 90 suite au fait que j’ai été témoin d’un crime raciste d’un représentant de l’ordre relaxé par un juge FN, cela m’a porter sur une réflexion transverse du droit à toute la société.
    Le droit existe pour arbitrer sur les possessions. Celles de l’argent, des biens et des matériels, de la force de travail, des pouvoirs de gouvernances des individus sur le collectif et vice versa, des croyances idéologiques et théologiques, etc.
    Ces arbitrages, les règles de tout système juridique, sont établis suivant :
    – L’individu, ses besoins vitaux et sociaux.
    – Le parasitisme social, la volonté des individus d’utiliser les ressources des autres pour leur propre survie individuelle et son statut social.
    – Le «symbiotisme» social, c’est à dire le mutualisme de collaboration collective pour utiliser l’environnement et partager ces ressources produites pour notre propre survie individuelle et notre statut social.

    Cela se retrouve schématisé dans l’organisation des entreprises par exemple :
    Généralement les salariés se retrouvent au sein d’une entreprise par assurer leurs besoins individuels et sociaux de survie dans notre structure de société financiarisée suivant les possessions de subordinations à la force de travail.
    Les salariés se répartissent suivant deux stratégies sociales du travail :
    – Celles de l’employabilité, où le salarié recherche une progression de domination des autres et de croissance financière personnelle. C’est l’approche parasitaire aux organisations entrepreneuriales (mise en collectifs) du travail.
    – Celles de la professionnalisation, où le salarié recherche un partage et un approfondissement de ses capacités de travail pour construire avec les autres un collectif de production des ressources de biens et de services de survies individuelles et sociales. C’est le mutualisme du travail et la raison d’être de l’entreprise entrepreneuriale.

    Donc d’un coté des hommes et des femmes qui recherche plus des utilisations des autres dans une approche égocentrique de leur survie, de l’autre des humains qui cherchent à construire une collaboration sociale de survie dans le partage.

    Quizz de ceux qui engendrent le malheur social à l’encontre de ce que vous appelez les valeurs ?
    Quizz de la survie dans la durée des grands prédateurs et des organisations sociales comme celles des termites ?
    Et de tout cela doit-on parler de castes dans un ordre hiérarchique, ou de spécialisations dans un ordre organique ?

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