Cette Europe malade du néolibéralisme – La Chronique Europe

Cette Europe malade du néolibéralisme – La Chronique Europe

L’association Attac et la fondation Copernic viennent de publier un livre intitulé « Cette Europe malade du néolibéralisme ». Ce titre reflète l’état de décomposition avancé du projet européen. Mais les contributeurs n’en restent pas là : en explicitant « l’urgence de désobéir », ils définissent une stratégie internationaliste pour sortir la gauche de l’impasse eurobéate. Éléments d’analyse avec l’économiste atterré Cédric Durand, dans ce nouvel épisode de la Chronique Europe.

« L’avenir appartient à la gauche » : c’est ce qu’annonçait le mois dernier le Financial Times. L’affirmation a de quoi surprendre : la situation politique n’est pas brillante et les institutions de l’Union sont une forteresse néolibérale à laquelle se raccrochent les partis centristes. Autour, les forces fascisantes prospèrent et concoctent la pire formule qui soit : celle du nationalisme autoritaire et de l’injustice économique. Alors pourquoi espérer de la gauche ? Tout simplement parce que ni les néolibéraux, ni les fascistes n’ont de propositions à la hauteur des défis de notre époque. Réduction des inégalités, transition écologique, internationalisme : ces thématiques appartiennent à la gauche. Elles sont au cœur du livre que l’association altermondialiste Attac et la fondation Copernic viennent de consacrer à l’Europe.

« Cette Europe malade du néolibéralisme » est un ouvrage extrêmement bienvenu. En moins de 200 pages, il réalise un tour de force : donner les clés historiques et économiques pour comprendre l’échec européen, rendre visible les résistances et mettre sur la table une stratégie crédible pour le camp de l’émancipation.

La première qualité du livre est de prendre la question européenne dans sa globalité. Dans la logique du néolibéralisme, tout s’emboîte : démantèlement des protections sociales, destruction environnementale, entailles contre la démocratie, xénophobie, précarité du travail, inégalités de genre.. Tous ces fléaux ne sont pas des phénomènes isolés. Ils sont le produit de ce que les auteurs du livre appellent un « fédéralisme autoritaire ». Un agencement politique qu’ils décrivent de la manière suivante : « Les politiques économiques et sociales, réduites à l’application des normes disciplinaires, sont exclues du débat public et de la décision démocratique ». En somme, le fédéralisme autoritaire, c’est l’économie contre la démocratie.

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La seconde qualité du livre est de proposer une stratégie claire. Les auteurs la résument d’une formule impeccable : « Rompre avec l’UE en désobéissant aux traités, dans une perspective de refondation d’un nouveau projet européen ». En quoi cela consiste t-il concrètement ? Principalement en trois choses :

 

 

  • Premièrement, s’appuyer sur les mouvements populaires. En finir avec le néolibéralisme européen n’est pas une mince affaire. Sans l’énergie vitale des mouvements sociaux, c’est une bataille perdue d’avance. Susciter et renforcer les mobilisations est donc une nécessité absolue.
  • Deuxièmement, désobéir. Pour les auteurs du livre, « la rupture au niveau national est un levier indispensable ». Un gouvernement déterminé à rompre avec le néolibéralisme devra refuser le carcan des traités pour mener à bien son projet. Cela signifie notamment refuser l’austérité et rétablir les contrôles de capitaux. Mais les auteurs n’en restent pas là. Conscients du pouvoir considérable de la Banque Centrale Européenne, ils font une remarque décisive : « la sortie de l’Euro devra être utilisée comme une menace ». C’est la première fois que l’association altermondialiste assume la perspective d’une sortie de l’Euro et cela change tout ! Il ne s’agit pas de souhaiter la sortie de l’Euro, mais d’être prêt à cette éventualité. La possibilité de sortie de la monnaie unique est la pierre angulaire qui donne sa cohérence et sa crédibilité à cette stratégie contre le néolibéralisme européen.
  • Le troisième ingrédient est tout aussi essentiel. Pour les auteurs du livre, toute rupture nationale doit être simultanément une offre de solidarité : l’affrontement contre l’Europe néolibérale est l’exact contraire d’un repli nationaliste. C’est une invitation à se coordonner pour renforcer les droits sociaux et planifier la transition écologique. Face au pourrissement de l’Europe néolibérale, Attac et la fondation Copernic, ont trouvé l’antidote : constituer un bloc social sous la bannière de la justice sociale et environnementale.

 

2 Comments

  1. Méc-créant

    On devine encore un certain « européisme », certes pas en forme de soutien mais tout de même: « cette Europe malade du néolibéralisme »? Cette Europe n’a « attrapé » aucune maladie, elle ne fait que poursuivre sa marche néolibérale originelle. L’UE n’est que l’accomplissement du projet fondamental: imposer le droit des actionnaires à disposer des peuples. Et donc, en effet, si les peuples veulent espérer pouvoir un jour avoir quelque droit de regard et pouvoir d’action sur la construction de leur société, cela passe inévitablement par la reconquête des souverainetés populaire et nationale, l’indépendance et la liberté,… avec un peu de démocratie. Quant à envisager la sortie de l’euro comme une menace à brandir est une option bien pusillanime. L’euro comme monnaie unique est une des armes essentielles de la soumission à l’immondialisation, gérée en nos colonies par l’UE. S’ils n’acceptent plus de se soumettre, les peuples y sont contraints: d’abord, reconquérir leurs souverainetés en sortant de l’UE et de l’euro (et de l’OTAN pour une vraie indépendance). Ensuite, en fonction des forces sociales et transformatrices existant dans les différents pays, il sera possible d’étudier les coopérations et collaborations profitables pour les populations. Mais rien n’oblige de devoir constituer une autre forme d’Europe et de n’envisager ces coopérations qu’avec les pays voisins: on peut ne pas apprécier ses voisins et avoir des amis à l’autre bout de la ville…
    Méc-créant.
    (Blog: « Immondialisation: peuples en solde! »)

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  2. Vevil

    Par la critique du nationalisme, Attac et la fondation Copernic visent probablement l’idée de souveraineté nationale. Parce que défendre cette souveraineté reviendrait à soutenir Jean-Luc Mélenchon, alors qu’en 2017, ils ont contribué à saborder sa candidature à la présidence de la République, en ne lui offrant jamais leur soutien. Indifférents au fait que le pays allait subir une politique de droite ou d’extrême droite pendant cinq ans. Le pire ennemi du peuple n’est pas forcément où on l’imagine.

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