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Brexit : à qui profite le chaos ? – La Chronique Europe

Brexit : à qui profite le chaos ? – La Chronique Europe

Après des mois de chaos et une crise politique qui a ouvert des plaies béantes dans les partis britanniques, la saga du Brexit n’a toujours pas trouvé d’issue. A ce jour, l’option « Union douanière » a la faveur d’un grand nombre de députés, ce qui ouvrirait la voie à un départ de l’UE, le 22 mai prochain. Mais le gouvernement britannique y est hostile. Le décryptage de l’économiste atterré Cédric Durand, dans ce nouvel épisode de la Chronique Europe.


Le référendum de 2016 a posé la question suivante :  le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union européenne ou la quitter ? C’est le Leave, le désir de quitter l’Union, qui l’a emporté, par 51,9% des voix. Un résultat serré mais surtout difficile à interpréter. Qu’est-ce que quitter l’Union européenne ? C’est ce problème que les Britanniques sont en train de résoudre dans la douleur.

La saga du Brexit est une intrigue des plus sophistiquées. Elle entremêle de multiples logiques dont voici les trois principaux paramètres :

  • Premièrement, les deux partis sont profondément divisés sur la question du Brexit et leurs leaders jouent contre leur conviction. Theresa May était en faveur du Remain, mais elle doit faire face à un parti conservateur chauffé à blanc en faveur du Brexit. Côté Labour, Corbyn est lui hostile à l’UE, mais il doit composer avec un parti qui est majoritairement en faveur du Remain et d’un électorat très partagé. La question du Brexit est donc, à gauche comme à droite, une affaire de subtils équilibres politiques et d’agilité tactique.
  • Deuxièmement, le débat est hystérisé par les nationalistes anglais, ce qui suscite en réaction un européisme passionné. Ce sont pourtant les questions économiques et sociales qui ont d’abord guidé le choix des électeurs du leave ; Les motivations xénophobes, bien présentes, n’intervenant qu’en second lieu. Le Brexit est une victoire électorale des perdants du néolibéralisme et de l’austérité hardcore imposée par les Tories.
  • Troisièmement, la Grande-Bretagne partage une frontière terrestre avec l’Union Européenne du fait de l’enclave britannique en Irlande du nord. Pendant des décennies, l’Armée Républicaine Irlandaise a mené une lutte de libération contre l’occupation. Ce conflit colonial, aujourd’hui larvé, pourrait s’embraser à nouveau si le Brexit devait conduire au rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et le reste de l’île.

 

Avec ces éléments en tête, et sans entrer dans les exquises complexités des coutumes parlementaires britanniques, on comprend qu’il y a là de la ressource pour de nombreuses péripéties. À ce jour, toutes les options sont encore sur la table : un départ sans accord dès le 12 avril prochain, une forme plus soft de Brexit, ou même un report sine die du Brexit.

Parmi ces possibilités, l’option de l’Union douanière est celle qui a la faveur du Parlement britannique. Au désespoir du député conservateur qui l’a soumise au vote, cette motion a manqué la majorité de seulement trois voix le lundi 1er avril. S’ajoutant à l’accord négocié par Theresa May avec Bruxelles, elle clarifie deux choses :

  • En temps normal, la liberté de circulation des personnes entre la Grande-Bretagne et l’UE continuerait à s’appliquer.
  • La Grande-Bretagne conserverait les mêmes conditions d’échange commercial aussi bien avec l’UE qu’avec le reste du monde. Elle resterait donc à l’intérieur du bloc commercial européen.

 

Un tel accord a plusieurs avantages. D’abord, il évite au pays de se lancer dans un processus hasardeux de négociation commerciale tous azimuts. Ensuite, il règle le problème de l’Irlande du Nord, puisqu’il n’y aurait pas besoin de rétablir une frontière physique. Enfin, on peut considérer qu’un tel accord respecte l’essentiel du mandat du Brexit. La Grande-Bretagne sortirait bel et bien de l’Union. En particulier, elle échapperait à la juridiction de l’UE en matière de concurrence et de réglementation. Avec un tel Brexit, si le parti de Jeremy Corbyn venait à gagner des élections, il aurait davantage les coudées franches pour mener une politique de gauche.

Sur quoi bloque-t-on ? C’est la question commerciale. Pour les partisans d’un Brexit dur du côté de la droite, l’objectif est d’aller encore plus loin que l’UE en matière de libre-échange. Et sur ce thème, le parti conservateur britannique est en guerre ouverte avec lui-même, complètement paralysé. Si la situation ne se dénoue pas dans les prochains jours, l’option par défaut reste un départ de l’UE sans accord. L’autre possibilité est la convocation d’élections anticipées.

 

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