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Un référendum pour dire non à Emmanuel Macron – La Chronique Éco

Un référendum pour dire non à Emmanuel Macron – La Chronique Éco

Un référendum d’initiative partagée sur la privatisation d’Aéroports de Paris ? Sur le principe, le Conseil Constitutionnel a approuvé sa tenue si cette proposition recueille la signature de 10% des électeurs. Dans ce nouvel épisode de la Chronique Éco, l’économiste atterré Henri Sterdyniak souligne toute l’absurdité d’un tel projet de privatisation et rappelle que « l’État doit rester le garant du bien commun ».


 

Le Conseil constitutionnel l’a confirmé, le 9 mai dernier : à la suite d’une proposition émanant de 248 parlementaires, il y aura un référendum sur la privatisation de l’entreprise Aéroports de Paris, du moins si cette proposition recueille les signatures de 10% des électeurs inscrits, soit de 4,7 millions de personnes.

Les Sages ont rappelé que le préambule de la Constitution de 1946 fait partie des lois fondamentales de la République. Son article 9 dispose : « Toute entreprise, qui a les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité ». Rappel utile, qu’il faudrait appliquer aujourd’hui à toutes les sociétés d’autoroutes, mais aussi à Google et à Facebook. Il est dangereux qu’une entreprise privée exploite une situation de quasi-monopole pour obtenir d’importants profits, pour accroître encore ses pouvoirs grâce à ses réseaux dans l’administration, la presse, les milieux dirigeants et les forces politiques.

En ce qui concerne ADP, comme d’ailleurs la Française des jeux, leurs privatisations sont totalement injustifiables. ADP dispose d’un quasi-monopole sur l’accès aérien à la région parisienne. Elle pourra donc imposer ses tarifs et ses conditions aux compagnies d’aviation, en particulier à Air France. Certes, l’État aura théoriquement un droit de regard, mais l’utilisera-t-il ?

La gestion des transports pour accéder aux aéroports parisiens, le contrôle des passagers et des marchandises incombent aux pouvoirs publics. Faut-il que l’État prenne à sa charge les dépenses et qu’une société privée capte les recettes ? ADP possède d’importantes réserves foncières autour de Paris. Est-il acceptable que l’entreprise décide de bétonner ses terrains, ce qui irait à l’encontre des nécessites de la transition écologique ?

Peut-on privatiser la Française des Jeux en oubliant que celle-ci ne doit pas avoir pour objectif de développer son activité mais doit au contraire éviter d’introduire des jeux trop attractifs, lutter contre l’addiction des joueurs, en particulier des plus jeunes, et doit également lutter contre le blanchiment d’argent sale, ce qui est contradictoire avec la démarche de maximisation des profits ?

De point de vue financier, il s’agit d’une opération absurde. Les 3 privatisations (ADP, la Française des Jeux, Engie) rapporteraient 15 milliards à l’État ; il en utiliserait 5 milliards pour se désendetter et 10 milliards seraient placés sur un fonds, ce qui rapporterait 250 millions par an, utilisés pour financer des innovations de rupture. Mais ces 3 sociétés rapportent environ annuellement 1 milliard de bénéfices à l’État, soit une rentabilité de plus de 6 %. Pourquoi les vendre pour placer à 2,5% ? Par ailleurs, l’État ou la BPI peuvent aujourd’hui s’endetter sur 10 ans à 0,3% pour financer de grands programmes industriels. Nul besoin de vendre des bijoux de famille…

L’État doit rester le garant du bien commun

L‘aéroport de Toulouse aurait du servir de leçon ; fallait-il confier une infrastructure vitale pour une région à une entreprise chinoise pirate, soucieuse avant tout d’en tirer un maximum de cash ? De même, les sociétés d’autoroute ont réussi à obtenir de l’État des contrats déséquilibrés, en jouant sur le peu de motivation de certains jeunes haut-fonctionnaires, qui ne faisaient pas le poids face aux cadres aguerris des entreprises du BTP, que ces jeunes aspiraient à rejoindre, et aux faibles marges de manœuvres financières de l’État par rapport à celles des sociétés du BTP.

Comment expliquer de telles opérations? De grandes entreprises comme Bouygues, Effage, Vinci, LVMH, Kering ou Orange sont devenues des États dans l’État. Elles disposent de profits abondants, de capacités d’emprunts quasi-illimitées, alors que l’État s’est appauvri en diminuant les cotisations sociales et les impôts sur les grandes entreprises. L’État leur sous-loue maintenant la politique d’aménagement du territoire, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, ou encore la culture ou le sport par le biais de l’appel au mécénat. En somme, l’État se retire pour laisser un champ d’action aux grandes entreprises privées.

Certaines grandes entreprises peuvent encore avoir une stratégie de long terme. Ce n’est plus le cas de l’État, qui a renoncé à une politique industrielle forte, protégeant l’emploi en France, organisant la transition écologique. Chacune de ces privatisations (Engie, ADP, la Française des Jeux) marque à sa manière un renoncement de l’État. Voilà pourquoi nous devrons nous mobiliser pour obtenir les 4,7 millions de signatures et réaffirmer que l’État doit rester le garant du bien commun.

 

4 Comments

  1. Jean-Paul B.

    Le 26 mai nous avons le devoir de dire NON à Macron.
    Pour cela il faut tout faire pour empêcher SA liste Loiseau (la buse?) d’arriver en tête.
    Il n’y a pas 36 façons de faire:
    – soit on vote pour ses idées et on s’éparpille à la plus grande joie de Macron,
    – soit on décide que le plus important est de le stopper et on choisit la liste qui a le plus de chances d’arriver devant la liste Loiseau-Macron.
    J’entends déjà les cris d’effroi des « anti-fascistes » de canapés!
    Mais je leur conseille de bien réfléchir avant d’entrer dans le bureau de vote:
    – si on veut vraiment stopper Macron,Il faut le battre pour éviter qu’il se prévale d’une légitimité renouvelée même en cas de forte abstention,c’est la seule priorité, sinon il considérera que le Peuple lui a donné le feu vert pour continuer sa casse sociale XXL (retraites,Fonction Publique,indemnisation des chômeurs,privatisations,etc.).
    Cette élection est sans importance puisque le « Parlement » européen n’a aucun pouvoir,on ne prend donc aucun risque car notre vote exceptionnel et de circonstance ne donnera absolument pas le pouvoir (même symboliquement!) à Le Pen,par contre il affaiblira Macron et ses projets anti-sociaux pour le Bien de la majorité de notre Peuple.
    Ça vaut le coup,Non?

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    • Monique A.

      Votre raisonnement est bancal. En effet, cette élection se fait à la proportionnelle, et en un seul tour. Donc il faut privilégier la liste de ceux qui portent un projet qui vous convient, et non essayer de jouer au poker menteur .De plus, c’est dangereux de renforcer un parti qui a déjà le plus grand nombre d’élus français.

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      • Jean-Paul B.

        Vous ne semblez pas comprendre que ces élections au niveau nationale,les dernières avant 2022,sont un moment particulier et si Macron s’en tire en arrivant en tête le 26 mai, il va ressortir « légitimé » par les électeurs et effacera d’un trait la courageuse mobilisation des Gilets Jaunes en proclamant que les français le soutiennent (l’abstention sera vite oubliée!).
        Dans cette sombre hypothèse,attendons-nous alors à une accélération de la casse sociale.
        Dommage que cet aspect de mon raisonnement vous échappe car vous comprendriez alors que ceux qui portent « vos » idées,n’obtenant que 5 à 9%, n’ont aucune chance de devancer Macron et que tous ces votes dispersés feront objectivement (= à l’insu de leur plein gré!) le jeu de Macron.
        Mais est-ce que LFI et le reste de la Gôche veulent vraiment affaiblir Macron ou bien est-on dans un jeu de rôle qui in fine, se fait au détriment des classes populaires?

  2. valentini

    le référendum anti-macron n’avait pas la base sociale, qui aurait fait de lui, une arme politique Il a donc fonctionné comme un piège qui s’est retourné contre ses promoteurs et a favorisé la stratégie de polarisation de la vie politique initiée par macron Son but étant de verrouiller la vie politique Ce qu’il a réussi à faire malgré sa défaite aux élections L’alternance, dans le cadre du régime présidentiel, c’est fini ! Mais la lutte pour une alternative au capitalisme reste plus que jamais d’actualité et est à rechercher dans une dépersonnalisation de l’action politique La mise hors-jeu de macron s’impose Il n’est qu’une image mouvante qui plaît aux médias En suivre les métamorphoses est une perte de temps L’état et son gouvernement, voilà l’ennemi ! ce sont eux qu’il faut soumettre aux feux de la critique Et si la gauche insoumise veut revenir au premier plan, elle doit en appeler à un font unique des travailleurs et salariés contre la vie chère, le racisme et l’Europe prédatrice Les Européennes l’ont montré : les fins de la V° république, sont but constant, c’est de faire peser tout le poids du développement économique sur la masse et donc réduire la consommation ouvrière et populaire, en vue de vaincre dans le cadre de la guerre économique Améliorer les fins de mois aujourd’hui oblige plus que jamais à en finir avec la V° république !

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