Terra Nova refait des siennes en proposant une nouvelle taxation de l’héritage

Terra Nova refait des siennes en proposant une nouvelle taxation de l’héritage

Le blogueur économique Mathieu I, nous explique pourquoi la nouvelle taxation de l’héritage proposée par Terra Nova est problématique.

Terra Nova, le think tank progressiste indépendant ayant pour but de produire et diffuser des solutions politiques innovantes en France et en Europe, s’était rendu tristement célèbre par son rapport « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? », où il encourageait le Parti socialiste à abandonner définitivement sa stratégie de conquête des classes ouvrières pour se tourner vers une France de « demain » plus jeune, plus diverse et plus féminisée. En un mot, il s’agissait de remplacer les politiques de conquêtes sociales vers des politiques de conquêtes sociétales.

Cette stratégie était basée sur deux mouvements : le rétrécissement démographique de la classe ouvrière et le fait que les ouvriers votent de moins en moins à gauche. Ces deux arguments avaient eu des difficultés à montrer leur solidité.

Pour le premier, Christophe Guilluy avait montré dans son livre Fractures française, qu’une France populaire, socialement fragile, avait été chassée des centres-villes vers des zones périurbaines en raison de la forte augmentation des prix de l’immobilier. Cette France représentait à l’époque environ 60 % de la population française. A l’époque, Christophe Guilluy la disait invisible. On la reconnaîtrait aujourd’hui sans mal comme la France des « Gilets jaunes ». Dans l’esprit, nous nous situons très loin du chiffre de 23 % d’ouvriers dans la population active sur lequel Terra Nova semblait vouloir se concentrer uniquement.

Au regard de la faiblesse de ce premier argument, on pouvait alors se dire que l’argument majeur était le deuxième : les ouvriers votent de moins en moins à gauche. La surprise réside totalement sur ce point. Au lieu de se demander pourquoi les ouvriers votent de moins en moins à gauche et comment faire en sorte de corriger ce vote en forme de désaveu, ce qui aurait alors amené le Parti socialiste à revenir sur le terrain social et donc à étudier des questions clés telles que la remise en cause de l’UE, qui prive la France de souveraineté en matière de politique monétaire et budgétaire, ou la mise en place de politiques protectionnistes pour lutter contre les délocalisations, Terra Nova avait pris le parti d’abandonner purement et simplement la classe ouvrière, qui symbolise pourtant si bien le peuple.

Terra Nova assume sans coup férir cet abandon des luttes sociales vers les luttes sociétales en faisant mine de mettre sur un pied d’égalité des politiques favorables au pouvoir d’achat, au salaire minimum, aux congés payés, à la sécurité sociale, à la nationalisation des grandes entreprises avec des politiques en faveur du libéralisme culturel, telles que la liberté sexuelle, la contraception, l’avortement, la remise en cause de la famille traditionnelle, l’ouverture aux différences, une attitude favorable aux immigrés, à l’islam, à l’homosexualité.

L’idée n’est pas de dire que les luttes sociétales ne sont pas importantes. Elles le sont bien évidemment mais elles ne doivent en aucun cas servir de cache-misère à une gauche qui ne veut pas assumer sa conversion à l’économie néo-classique. Et le fer de lance du combat de l’économique néo-classique reste les luttes sociales, qui bénéficient à toutes les personnes dans le besoin sans distinction.

L’erreur de la réforme sur les successions

Une gauche qui parle au peuple doit l’embrasser dans son ensemble et ne pas se concentrer uniquement sur les diplômés, les jeunes, les minorités, les quartiers populaires et les femmes, car cela signifie qu’il exclut de facto les non diplômés, les personnes âgées, les territoires ruraux et périurbains et les hommes. Ce qui revient à de la ségrégation.

En ce début d’année 2019, Terra Nova frappe encore avec son rapport intitulé « Réformer l’impôt sur les successions ». Au premier abord, on peut avoir l’impression que cette proposition va dans le bon sens en s’efforçant de réformer l’impôt sur les successions et de lutter notamment contre le risque dénoncé par Thomas Piketty, dans son livre Le Capital au 21ème siècle, de perpétuer les classes de grands héritiers de génération en génération. Son élève de thèse, Nicolas Frémeaux disait notamment que : « Thomas Piketty avait montré que tout en haut de l’échelle sociale, pour le 0,1 % des plus riches, les revenus du patrimoine, loyers, intérêts, et dividendes, constituent le gros des revenus. » Ce qui posait inévitablement la question de l’héritage.

Certes dans son rapport Terra Nova propose d’abaisser le taux de taxation des patrimoines dans la tranche se situant entre 0 à 20 000 € à 5 % contre 8 à 20 % actuellement, ce qui sera favorable aux plus démunis.

Le problème est que le taux de taxation des patrimoines dans la tranche la plus haute ne bouge pas puisqu’il reste à 45 %. Drôle de façon de lutter contre la reproduction des héritiers, qui rappelons le concerne les plus riches.

En y regardant de plus près, on s’aperçoit que ce rapport de Terra Nova propose essentiellement une hausse du taux de taxation des patrimoines de la classe moyenne. En effet la deuxième tranche entre 20 000 et 50 000 € voit son taux monter à 20 % contre 15 à 20 % aujourd’hui. Ensuite la tranche de 50 000 à 80 000 € passe à 30 % contre 20 % actuellement. La tranche de 80 000 à 175 000 € s’élèverait à 35 % contre 20 % à l’heure actuelle. La tranche de 175 000 € à 350 000 € à 40 % contre 20 % en ce moment. Celle de 350 000 € à 900 000 € à 42,5 % toujours contre 20 %. Au-delà de 900 000 € on passerait à 45 % contre 40 ou 45 % aujourd’hui.

La stratégie de Terra Nova apparaît trouble dans la mesure, où les classes les plus aisées ne semblent pas être ciblées par ce rapport alors que l’objectif initial était de lutter contre le risque de voir se développer dans notre pays une société d’héritiers. Encore une fois, Terra Nova fait semblant de vouloir s’attaquer à un problème pour mieux se concentrer sur un objectif moins avouable. En effet, si les mesures d’un tel rapport étaient adoptées, les classes moyennes en seraient les premières affectées au contraire des classes les plus aisées.

Encore une fois l’abandon des politiques sociales au profit des politiques sociétales montre tous les avantages que peuvent en tirer les classes dominantes.

Légende : Rapport Terra Nova

Crédits : Capture d’écran / Site Terra Nova

1 Comment

  1. Jean-Paul B.

    Terra Nova, un « réservoir d’idées » au service du capital et proche du PS (tendance DSK),passé ,comme de nombreux PS tendance Sofitel, avec armes et bagages chez Macron,le sampleur de la politique économique de Hollande et « en même temps » de Fillon.

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