Surprise : la suppression de l’ISF a profité aux ultra-riches – La Chronique Éco

Surprise : la suppression de l’ISF a profité aux ultra-riches – La Chronique Éco

« Selon la propagande gouvernementale, les bénéficiaires des baisses d’impôt allaient investir cet argent dans des entreprises. Il n’existe cependant aucune preuve, aucun exemple qui pourrait démontrer qu’effectivement l’argent redonné aux plus riches est allé financer l’investissement direct dans des entreprises ».

L’économiste atterré Henri Sterdyniak revient sur les conséquences de la suppression de l’ISF.


 

Le Comité constitué par le gouvernement pour évaluer l’impact de la suppression de l’ISF (l’impôt sur les grandes fortunes) et de la mise en place du PFU (le prélèvement forfaitaire unique, la flat-tax à 30%) sur les revenus du capital vient de rendre son premier rapport. En résumé, ce rapport nous dit qu’il est trop tôt, qu’on ne peut évaluer l’impact de ces mesures sur l’activité, l’investissement ou l’emploi.

Une fois de plus, la composition de ce comité pose problème : des économistes libéraux, des syndicalistes complaisants, le patronat, une députée de la majorité, des fonctionnaires.

Deux points sont pourtant évidents. D’abord, ces mesures n’ont pas relancé l’activité : en 2017, avant leur application, la croissance a été de 2,7% ; depuis, son rythme est passé à 1,2% par an. Nulle trace du coup de fouet que ces mesures auraient donné à l’économie française.

D’autre part, selon la propagande gouvernementale, les bénéficiaires des baisses d’impôt allaient investir cet argent dans des entreprises. Il n’existe cependant aucune preuve, aucun exemple qui pourrait démontrer qu’effectivement l’argent redonné aux plus riches est allé financer l’investissement direct dans des entreprises.

Parmi les plus riches, certains ont utilisé cet argent tombé du ciel pour consommer plus, se payer des biens de luxe ou des voyages à l’étranger. D’autres l’ont utilisé pour effectuer des placements en Bourse, mais les placements en Bourse font monter les cours, nourrissent la spéculation et l’instabilité financière et ne profitent que pour 2% à l’investissement productif.

Vers une augmentation des inégalités de revenu

Le rapport confirme deux points. D’une part, l’ISF, tel qu’il existait, ne frappait pas les plus riches parmi les riches puisque le capital des chefs d’entreprise et de leurs familles était exonéré, parce que le plafonnement de l’ISF profitait aux ultra-riches qui payaient des conseillers fiscaux pour mettre en place d’habiles montages qui leur permettaient de déclarer peu de revenus, et d’échapper ainsi à l’ISF comme à l’impôt sur le revenu. Il fallait revenir sur ces dispositifs, et non pas supprimer l’ISF.

Enfin, la mesure a coûté 5,5 milliards aux finances publiques, d’autant que certains dirigeants d’entreprise ont profité du PFU pour se rémunérer en dividendes et non pas en salaire. Sans cotisations sociales, donc, et avec un taux d’impôt sur le revenu de 12,8 % au lieu de 40 %. Les 350 000 ménages les plus riches ont reçu un cadeau fiscal de 7500 euros en moyenne ; un somme qui monte à 75 000 euros pour les 7000 ultra-riches. Les auteurs du rapport le reconnaissent : la suppression de l’IFI, la création du PFU et la baisse – demain – du taux de l’impôt sur les sociétés vont augmenter les inégalités de revenu en France.

Les plus riches ont dont payé 5,5 milliards d’impôts en moins. On aurait pu penser qu’ils en consacreraient une partie à la solidarité. Eh bien non ! Comme ils ne pouvaient plus déduire leur don de leur ISF, ils ont donné 150 millions de moins.

Ni l’emploi, ni l’investissement n’ont augmenté. Par contre, nous disent les auteurs, l’image de la France s’est améliorée dans les milieux d’affaires internationaux, ceux-là même qui mettent en concurrence les peuples et les États, qui entraînent le monde dans les crises financières, économiques, sociales et écologiques. Les départs à l’étranger des personnes payant l’ISF sont certes passés de 600 à 400 personnes par an, 200 personnes de moins ; soit, sur 1000 personnes payant l’ISF, 1 départ au lieu d’1,5.

Au détriment du tournant écologique

Pour être honnête, il faut reconnaître que la suppression de l’ISF a contribué à faire prendre conscience aux Gilets Jaunes de l’injustice des réformes que Macron et les classes dirigeantes veulent mettre en œuvre. Favorisant la consommation ostentatoire des plus riches, cette réforme a permis de démontrer que Macron ne met pas le tournant écologique au cœur de ses priorités.

Trois principes doivent être rappelés : tous les revenus des ménages doivent être soumis à l’impôt progressif, et il n’y a aucune raison légitime pour que les revenus du capital y échappent ; les personnes à patrimoine élevé bénéficient plus que les autres de l’organisation de la société ; les inégalités de patrimoine sont de plus en plus fortes, l’impôt sur le patrimoine est donc nécessaire et la France doit se battre pour qu’il soit généralisé en Europe.

Enfin, le tournant écologique rend nécessaire une société plus sobre, plus égalitaire, plus solidaire. Au lieu d’offrir ces 5,5 milliards aux plus riches en espérant que ceux-ci voudront bien un jour en investir une partie, il aurait fallu les consacrer au financement direct des investissements publics s’inscrivant dans la transition écologique.

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