Sécurité sociale : un mensonge d’État – La Chronique Éco

Sécurité sociale : un mensonge d’État – La Chronique Éco

« La Sécurité sociale est en réalité en excédent de 11 milliards. Elle ne souffre pas d’une hausse des dépenses, mais d’une baisse de ses recettes ». L’économiste atterré Henri Sterdyniak décrypte une fausse nouvelle gouvernementale.


 

Le déficit de la Sécurité sociale est un mensonge d’État. Fin septembre, le gouvernement a présenté la loi de financement de la Sécurité sociale.  Selon ce document, elle présenterait un déficit de 5 milliards pour 2019, ce qui a permis à la grande presse de titrer par les mots suivants : “le trou de la Sécurité sociale est revenu”. Ce déficit proviendrait des cadeaux aux Gilets Jaunes et de l’explosion des dépenses de maladie et de retraite, dépenses qu’il s’agirait de réduire au plus vite.

Il s’agit d’une “fake news”, d’un mensonge d’État. La Sécurité sociale est en réalité en excédent de 11 milliards. Elle ne souffre pas d’une hausse des dépenses, mais d’une baisse de ses recettes. Pour comprendre la manipulation, il faut regarder les comptes des finances publiques publiés en même temps. On y voit que la Sécurité sociale a, en 2019, un excédent de 11 milliards.

Pourquoi cette différence ? C’est que le gouvernement impose à la Sécurité sociale de rembourser la dette accumulée pendant la crise financière. Donc, en 2019, la CADES, la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale, a remboursé 16 milliards, grâce aux recettes de la CRDS et de la CSG : globalement, la Sécurité sociale, au sens large, y compris la Caisse d’amortissement, s’est bien désendettée de 11 milliards en 2019.

La Sécurité sociale est d’ailleurs en excédent depuis 2014. C’est une bonne nouvelle, car, en 2025, quand toute la dette sociale aura été remboursée, ces 16 milliards seront disponibles, pour financer la retraite ou pour améliorer les conditions de vie et de travail dans les EHPAD – ce que l’on pourrait d’ailleurs faire plus rapidement en réduisant le rythme de remboursement.

Ces 11 milliards d’excédent sont enregistrés alors même qu’il manque 2,4% d’emplois pour retrouver le taux de chômage d’avant la crise. 2,4% d’emplois, c’est 9 milliards de cotisations en moins et 9 milliards de prestations chômage en plus.  De 2012 à 2020, la dette de la Sécurité sociale va baisser de 10% à 7,6% du PIB, tandis que celle de l’État va augmenter de 72% à 83% du PIB. L’État fait peser un effort de désendettement sur la Sécurité sociale, mais il oublie de compter cet effort lorsqu’il évalue le solde de la Sécurité sociale.

En 2019, par rapport à 2018, les dépenses de Sécurité sociale ont augmenté de 2,2%, soit nettement moins que le PIB – 2,7% – ou que la masse salariale, 3,3%. Il n’y a pas eu d’explosion des dépenses sociales. Le problème vient des ressources. Revenant sur sa parole, l’État a décidé de ne plus compenser à la Sécurité sociale les exonérations de cotisations sociales. Ainsi, les exonérations sur les heures supplémentaires coûtent 1,9 milliards à la Sécurité sociale ; les exonérations sur la prime de Noël, 1,2 milliards ; la baisse de la CSG sur les retraités à faible pension, 1,5 milliards ; les baisses de forfait social, 0,6 milliard. Soit au total environ 5 milliards, cause essentielle du déficit affiché.

L’État fait le généreux avec l’argent de la Sécurité sociale. Il lui impose en contrepartie de baisser les prestations. La Sécurité sociale n’est plus autonome. Chaque année, en automne, les cabinets du ministre des Finances et du ministre des Affaires sociales organisent les transferts entre les différents régimes pour éviter qu’un régime ne présente trop d’excédent, ce qui justifierait d’augmenter les prestations. Ainsi, les excédents de la branche famille sont périodiquement transférés à la branche retraite.

Les prestations familiales  ne suivent jamais l’évolution des salaires et pas toujours celle des prix. En 3 ans, les prestations familiales, les allocations logement, les retraites inférieures à 2000 euros par mois et celles supérieures à 2000 euros mensuels ont respectivement perdu 2%, 3%, 2,3% et 5% de pouvoir d’achat. Le discours sur le déficit de la Sécurité sociale sert ainsi à justifier l’érosion des prestations.

Le gouvernement présente aussi des prévisions allant jusqu’à 2023. À cette date, les régimes de retraite présenteraient un déficit de 6,7 milliards. Des cris d’orfraie se sont fait entendre : il faudrait d’urgence reculer l’âge de départ à la retraite. En fait, en 2023, l’ensemble de la Sécurité sociale sera excédentaire d’environ 23 milliards, compte-tenu de l’excédent des branches famille, de l’Unedic et de la caisse d’amortissement.

De 2017 à 2023, les dépenses de retraites n’augmenteraient que de 13%, soit nettement moins que la masse salariale. Elle n’augmenterait que de 10%, en raison de l’hypothèse du gouvernement d’une forte baisse du nombre de fonctionnaires et de la non-compensation des exonérations de cotisations sociales. Le gouvernement prépare ainsi le terrain pour annoncer qu’en 2025, le système de retraite sera en déficit et qu’il faudra donc réduire les pensions de retraite plus encore que le rapport Delevoye ne l’annonce.

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