Retraites : menaces sur un pilier du modèle social – La Chronique Éco

Retraites : menaces sur un pilier du modèle social  – La Chronique Éco

La future réforme pourrait-elle faire des retraites une variable d’ajustement des finances publiques et ouvrir la voie à la capitalisation ? Les explications de l’économiste atterré Henri Sterdyniak.


 

Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, a rendu en juillet son rapport sur la réforme des retraites. Dans la droite ligne des instructions d’Emmanuel Macron, il préconise la mise en place d’un système universel de retraite, à points, selon le principe suivant : « un euro cotisé doit donner les mêmes droits ».

En fait, l’objectif premier de la réforme est de stabiliser – voire même de réduire – la part des retraites publiques dans le PIB. Il s’agit de passer d’un système fournissant certaines garanties aux salariés – en termes de taux de remplacement et d’âge de départ à la retraite, notamment – à un système flexible, entièrement contrôlé par le gouvernement, permettant de baisser progressivement le niveau des retraites et d’imposer le report de l’âge du départ.

D’ici 2050, le ratio entre le nombre de retraités et celui des actifs va augmenter de 25%. Ne pas augmenter l’assiette totale, comme le rapport le préconise, entraînerait une baisse de 25% du niveau des retraites par rapport à celui des salaires. Les retraités qui ont actuellement le même niveau de vie que les personnes d’âge actif seraient plus pauvres de 25% en 2050.

Une variable d’ajustement des finances publiques

L’âge ouvrant le droit à la retraite resterait à 62 ans. Mais l’âge du taux plein passerait à 64 ans : dès lors, le fait de partir à 62 ans conduirait à une baisse de 14,3% du niveau de la retraite. Cet âge du taux plein sera progressivement augmenté. Ce dispositif ne tiendra pas compte de la situation de l’emploi, ni de la capacité du salarié de se maintenir en emploi ou des spécificités de sa carrière. Il existe pourtant une différence d’espérance de vie de 6,5 ans entre un cadre et un ouvrier. Un système qui n’en tiendrait pas compte serait foncièrement injuste.

Dans le système préconisé, chaque salarié accumulera des points durant sa carrière. Ces points seront transformés en droit à pension, par l’intermédiaire d’une valeur de service du point, qui sera fixée en 2024 « selon les hypothèses macroéconomiques du moment ».  Il est déjà prévu que la valeur du point baissera avec l’augmentation de l’espérance de vie.

Mais le gouvernement pourra faire baisser encore plus rapidement la valeur de service du point. Le niveau des retraites sera une variable d’ajustement des finances publiques. Les salariés n’auront aucune garantie sur leur taux de remplacement (le rapport entre leur retraite et leur dernier salaire).  Les retraites déjà liquidées seront, au mieux, indexées sur les prix, et non pas sur les salaires.

Un système moins redistributif

Ce nouveau système serait plus contributif, « plus juste », nous dit-on : chacun touchera comme retraite ce qu’il a versé comme cotisation. C’est oublier que la retraite publique est une assurance sociale. Elle ne doit pas singer la retraite par capitalisation, elle doit s’écarter des salaires déterminés par les rapports de force, elle doit fournir un niveau de retraite satisfaisant à tous les actifs et permettre d’effacer les accidents de carrière. Elle doit être redistributive et assurer des taux de remplacement plus élevés aux salaires les plus faibles.

En fait, le nouveau système sera moins redistributif, les périodes de chômage davantage pénalisées, le taux de remplacement de la masse des salariés diminué, celui des cadres maintenu. Seul point favorable, le minimum de retraite (85% du SMIC) serait versé plus largement, ce qui pourrait bénéficier à certains agriculteurs et à des personnes aux carrières incomplètes. Mais le minimum de retraite, une fois liquidé, serait également indexé sur les prix et pas sur le SMIC. Après 15 ans de retraite, la pension ne serait que de 72% du SMIC.

La porte ouverte à la capitalisation

Actuellement, les fonctionnaires ont droit à une retraite correspondant à 75% de leur dernier traitement indiciaire. Un fonctionnaire de catégorie A peut bénéficier de primes atteignant 40 % de ce traitement ; la réforme, qui donnera des droits à retraite sur l’ensemble de son salaire, ne l’affectera pas. A contrario, un enseignant à très faible prime verra son taux de remplacement passer de 72% à 53%, soit une perte de 26 %.

Le rapport annonce que « les employeurs et les salariés qui le souhaitent pourront compléter le niveau de retraite par la mise en place de dispositifs collectifs d’épargne retraite ». C’est reconnaître que les retraites publiques baisseront, qu’elles deviendront insuffisantes : c’est ouvrir la porte à la capitalisation.

Une vraie réforme des retraites devrait permettre à chacun de partir à la retraite à un âge satisfaisant, en tenant compte de sa carrière et de sa capacité à rester en emploi ; elle devrait garantir des taux de remplacement d’autant plus forts que le salaire est bas. Il faudrait pour cela envisager une augmentation progressive et modérée des taux de cotisation, de l’ordre de 0,2 point par an.

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