Où en est la zone euro ? – La Chronique Éco

Où en est la zone euro ?  – La Chronique Éco

Quelle stratégie économique pour la zone euro ? Une alternative à l’austérité est-elle possible avec les institutions actuelles ? Les réponses de l’économiste atterré Henri Sterdyniak.


 

Après la crise financière de 2008 et les politiques d’austérité imposées en 2011-2013, la zone euro a connu en 2014-2018 une croissance plus soutenue, à un rythme de 2% l’an. Les disparités demeures néanmoins : le taux de chômage reste supérieur à 10 % en Grèce, en Espagne et en Italie, alors qu’il est inférieur à 5% en Allemagne et aux Pays-Bas.

L’euro a creusé les écarts entre pays : ceux du Nord bénéficient d’une forte compétitivité tandis que ceux du Sud ne peuvent plus déprécier leur monnaie. Ces pays ont été contraints de mettre en œuvre des politiques d’austérité, de sorte que leur solde extérieur est maintenant équilibré, tandis que les pays du Nord accumulent les excédents (7,6% du PIB pour l’Allemagne, 11% pour les Pays-Bas). Au total, la zone euro a un excédent extérieur de 3,3% du PIB. Elle vit en dessous de ses moyens et contribue aux déséquilibres mondiaux.

La Commission européenne a imposé à tous les pays une stratégie économique à l’allemande : recherche de compétitivité par l’austérité salariale, réformes structurelles qui réduisent le droit du travail, dépenses publiques et sociales, croissance bâtie sur les gains à l’exportation. La financiarisation n’a pas été remise en cause. Une économie basée sur les exportations, l’austérité salariale et l’endettement est forcément fragile.

La croissance de la zone euro a fortement ralenti depuis la mi-2018. En un an, en glissement, elle n’a été que de 1,2 %, contre 2, 7% en 2017. Le ralentissement a été particulièrement violent pour l’Allemagne (à 0,4%). La France a la même croissance, 1,2%, que la zone euro, grâce aux 12 milliards de relance que Macron a dû concéder à la suite du mouvement des gilets jaunes. L’Italie, à croissance nulle, reste le pays malade de la zone.

La guerre commerciale lancée par Donald Trump fragilise le commerce mondial. La Chine avait déjà décidé de changer son modèle de croissance, de compter moins sur ses exportations, et davantage sur sa demande intérieure, mais aussi de monter en gamme, de produire ses biens d’équipement. Son ralentissement réduit encore plus fortement les débouchés de l’Allemagne.

Que fera l’Allemagne ?

Les pays de l’UE avaient un excédent de 85 milliards d’euros avec le Royaume-Uni ; le Brexit, mal négocié par le Royaume-Uni et l’Union Européenne, crée une grande incertitude. L’industrie automobile, particulièrement en Allemagne, souffre de la nécessité de s’adapter aux nouvelles normes anti-pollution. Certes, l’Europe continue à signer des accords commerciaux avec le Canada et le Mercosur, mais ils sont de plus en plus contestés, tant au nom de la lutte contre le changement climatique qu’au nom de la cohésion sociale. Dans les pays développés, la désindustrialisation, la hausse des inégalités et la mise en cause des services publics brisent la cohésion sociale et pèsent sur l’activité.

Les difficultés de l’Allemagne sont une chance pour l’Europe si l’Allemagne revient sur son dogme de l’équilibre budgétaire, augmente ses salaires, ses retraites et ses investissements publics. C’est un risque si l’Allemagne réagit, comme toujours, en voulant améliorer sa compétitivité, donc par l’austérité salariale.

Malgré le ralentissement économique, la Commission persiste à réclamer des restrictions budgétaires à l’Italie, à la France, à l’Espagne et à la Grèce au lieu de mettre en cause les politiques trop restrictives de l’Allemagne et des Pays-Bas.

Globalement, les politiques d’austérité salariale et budgétaire, le gonflement des profits, la stagnation de l’investissement et des dépenses publiques font que la demande est insuffisante dans les pays développés. La BCE maintient des taux d’intérêt nuls ; elle refinance massivement les banques et achète des titres publics et privés. Des taux nuls sont nécessaires pour soutenir l’activité, mais ils font naître des bulles financières et immobilières et incitent au surendettement des ménages et des entreprises, de sorte que le risque de krach financier augmente.

Contraindre l’Europe

Les banques continuent à prêter à des opérations financières spéculatives plutôt qu’à l’investissement créateur d’emploi ; ainsi, le bas niveau des taux d’intérêt ne relance pas l’activité. La BCE est impuissante tant qu’elle se refuse à financer les investissements publics et privés s’inscrivant dans la transition écologique que les États ou les banques ne financent pas.

Il faudrait une politique coordonnée en Europe. Aujourd’hui, cependant, une telle politique coordonnée par les instances européennes serait une politique libérale de compétitivité et d’austérité sociale. Les classes dirigeantes refusent de mettre en œuvre la politique nécessaire d’augmentation des salaires et de la protection sociale, de baisse de la part des profits, de limitation de la spéculation financière, de lutte contre l’évasion fiscale, de décroissance des activités polluantes et inutiles et de forte relance de l’investissement public pour la transition écologique.

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