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Mario Draghi, « l’euro envers et contre tout »

Mario Draghi, « l’euro envers et contre tout »

Le blogueur Mathieu I analyse la manière dont la monnaie unique est devenu le totem des néo-libéraux européens.

Décidément la conférence annuelle du FMI à Bali est passionnante pour les adversaires de l’économie néo-classique. Après les déclarations du chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld, qui avait attaqué le protectionnisme, coupable selon lui de briser la belle harmonie du libre-échange présenté comme une « coopération pour promouvoir la croissance du commerce des biens et services », Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, vient à son tour d’effectuer une sortie remarquée.

Une crispation sur la question de l’euro

Le président de l’institution monétaire basée à Francfort-sur-le-Main a en effet déclaré à propos de l’Italie qu’ « une politique budgétaire expansionniste dans un pays lourdement endetté peut devenir beaucoup plus compliquée à mettre en œuvre… si les gens commencent à remettre en cause l’euro ». L’élément clé dans cette déclaration de Mario Draghi est cette crispation à propos de l’euro qui ressemble fortement à celle du FMI à propos du protectionnisme.

On peut se demander pourquoi une remise en cause de l’euro pourrait compliquer les desseins d’un pays souhaitant mettre en place une politique budgétaire expansionniste c’est-à-dire une politique visant à augmenter les dépenses publiques, ce qui permettrait au passage d’offrir plus d’argent pour financer aides sociales ou les services publiques tels que la santé et l’éducation.

Mario Draghi raisonne par rapport aux marchés. Une sortie de l’euro de l’Italie pourrait inquiéter les marchés sur la capacité de l’Italie à rembourser sa dette ce qui pourrait se traduire par une forte hausse de son taux d’emprunt et mécaniquement renchérir sa dette.

La jurisprudence SYRIZA

L’homme connait très bien ce mécanisme puisque c’est grâce à lui qu’il était parvenu à faire revenir à la « raison » le gouvernement grec d’Aléxis Tsípras. A l’époque, la BCE et l’UE avaient profité des incohérences de SYRIZA, qui voulait à la fois remettre en cause l’austérité et rester dans l’euro.

Il avait donc suffi à Mario Draghi de ne pas intervenir et de laisser les taux de la dette souveraine grecque s’envoler pour mettre Aléxis Tsípras et Yánis Varoufákis au pied du mur c’est-à-dire face à l’impossibilité de rembourser leurs dettes. N’ayant pas osé aller au bout de leurs idées le gouvernement grec avait capitulé et Yánis Varoufákis avait démissionné. Depuis que le gouvernement SYRIZA mène une politique néo-classique, leur sort n’intéresse plus personne sauf lorsque l’ancien ministre des Finances, Yánis Varoufákis, met en garde la France sur la volonté de l’Allemagne et de l’UE de détruire son Etat-providence.

Le cas de l’Italie

En ajoutant le samedi 13 octobre à propos de la politique d’expansion budgétaire italienne que « le résultat est que les ménages et les entreprises payent des taux d’intérêt plus élevés sur leurs prêts », Mario Draghi semble sûr de son fait. En effet, la politique d’expansion budgétaire italienne conjuguée à une absence de soutien de la politique monétaire de la BCE, font peser un risque supplémentaire de défaut sur la dette pour les investisseurs qui se traduit par une hausse des taux de la dette souveraine italienne.

Mais contrairement à ce que semble affirmer Mario Draghi, le risque pour l’économie italienne est plus de rester dans l’euro que d’en sortir.

La monnaie unique outil de la politique économique néo-classique

En restant, dans l’euro les pays membres doivent accepter la politique de la BCE, qui est une politique néo-classique visant avant tout à lutter contre l’inflation c’est à maintenir la stabilité des prix. Pour y parvenir, elle encourage les pays membres à « maîtriser » leurs dépenses budgétaires tout en menant une politique monétaire restrictive. Cette politique restrictive est certes actuellement compensée par la faiblesse des taux actuels qui permet aux pays membres de se refinancer à moindre coût sur les marchés même si des différences importantes persistent.

Mais surtout le problème essentiel, notamment pour les pays du sud de l’union monétaire, est que la politique monétaire de l’UE est adaptée à l’Allemagne et à ses satellites. Si la politique monétaire de l’UE était harmonieuse et visait à un développement global de ses pays membres, la monnaie serait commune et non pas unique.

Une monnaie commune pour sortir de l’impasse pour mettre fin à la course vers le bas

En effet dans un système harmonieux, les monnaies des pays doivent pouvoir évoluer en fonction des performances économiques de ses pays membres afin que chacun d’eux puissent s’approcher le plus possible de l’équilibre. Un pays ayant subi un déficit budgétaire vis-à-vis des autres membres de l’euro verrait ainsi sa monnaie se déprécier, ce qui rendrait ses exportations plus compétitives pour l’année suivante. A l’inverse un pays ayant réalisé des excédents budgétaires vis-à-vis des autres membres de l’euro verrait sa monnaie s’apprécier, ce qui pénaliserait ainsi ses exportations pour l’année suivante.

Avec un tel système, on éviterait les phénomènes de course vers le bas, où chaque pays met en place des politiques de dumping social, fiscal ou environnemental. L’ajustement compétitif s’effectuerait sur la monnaie et non plus sur les impôts, le code du travail, les aides sociales ou la réduction des services publics, ce qui est beaucoup plus facile à gérer pour les populations.

L’autre avantage serait d’éviter que l’industrie dominante de la zone ne prenne le pas sur toutes les autres. L’économiste Erik Reinert a montré dans son livre Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres qu’aucun pays n’était devenu riche sans mesures protectionnistes. Or la politique monétaire est une des principales mesures protectionnistes. Privée de cette option, les industries les plus fragiles de la zone euro, sont contraintes d’effectuer des sacrifices sociaux pour continuer à exister et maintenir un minimum de compétitivité.

On voit bien que l’élément clé dans l’esprit de Mario Draghi est de maintenir coûte que coûte la politique néo-classique de l’Union européenne et non pas de chercher les solutions permettant aux habitants de l’Union Européenne de voir leurs conditions de vie s’améliorer. Le fait de maintenir une politique monétaire restrictive, avec le seul but de maintenir l’inflation à un faible niveau, permet de faire pression sur les politiques budgétaires des pays membres afin de les maintenir dans le sacro-saint pacte de stabilité.

En conséquence les pays membres de l’union monétaire se trouvent privés de l’essentiel de leurs outils de politiques économiques et ne peuvent donc jouer que sur des politiques sociales ou fiscales pour gagner en compétitivité au détriment de l’intérêt de leurs populations, qui se retrouvent prises dans un engrenage. Le pire étant que même sur le choix des politiques sociales et fiscales à mettre en place des recommandations sont faites à chaque Etat membre au travers des grandes orientations de politique économique.

La prise de conscience est difficile mais il s’agit d’un pas essentiel. Balzac ne disait-il pas que « notre conscience est un juge infaillible quand nous ne l’avons pas encore assassinée ».

Légende : Mario Draghi, 25 janvier 2013

Crédits : World Economic Forum / Flickr / Wikimedia Commons

 

1 Comment

  1. Jean François DRON

    C’est bien joli mais c’est faux. Laisser fultuer la monnaie entre les différents pays européens ne ferait que revenir à la situation d’avant l’Euro et donc remettre un étage de plus à la spéculation monétaire qui n’a strictement rien à voir avec la bonne ou mauvaise santé économique des états. IL n’Y A AUCUN CONTROLE DES MARCHES FINANCIERS le panier de crabe règne en maître.

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