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L’industrie française se porte mal – La Chronique Éco

L’industrie française se porte mal – La Chronique Éco

Dans ce nouvel épisode de la Chronique Éco, l’économiste atterré Henri Sterdyniak dissèque les maux de l’industrie française et les insuffisances de notre politique industrielle.


 

L’industrie manufacturière ne représente plus que 10% du PIB en France contre 21% en Allemagne. L’emploi industriel a baissé de 5,4 millions en 1974 à 3,1 millions en 2018. En 2018, la production industrielle est au même niveau qu’en 1998, alors qu’elle a progressé de 20 % dans l’UE et de 42% en Allemagne.

L’industrie française souffre de trois maux. La mondialisation commerciale permet aux pays émergents et aux pays d’Europe de l’Est de concurrencer victorieusement les pays industriels traditionnels.

La monnaie unique empêche les ajustements de parité nécessaires. Elle incite à des stratégies non-coopératives de recherche de compétitivité, dont l’Allemagne offre les pires exemples. Les institutions européennes interdisent les politiques industrielles. Le marché unique aboutit à la concentration de l’industrie en Europe du Nord au détriment des pays du Sud, de l’Italie, de l’Espagne mais aussi de la France.

Après la période du capitalisme d’État, durant laquelle celui-ci contrôlait les grandes entreprises et lançait de grands projets, la France n’a pas été capable de mettre en place un modèle industriel. Les entreprises sont fragilisées par leur sous-capitalisation ; les banques préfèrent les charmes des marchés financiers au soutien à l’industrie ; les grandes entreprises délocalisent leurs productions. La condition ouvrière est dévalorisée. Les professions industrielles sont délaissées par les jeunes. Les classes dirigeantes et la technocratie se sont engouffrées dans le mythe de la France sans usines.

Les entreprises françaises sont victimes de prise de contrôle par des entreprises prédatrices étrangères, qui les restructurent, qui s’emparent de leurs compétences et de leurs parts de marchés, qui déplacent progressivement hors de France les activités de recherche et de production. Que sont devenus Péchiney, Arcelor, Lafargue, la CGE, Technip ? L’État n’a plus la volonté et la capacité de soutenir l’industrie française ; les dirigeants et les actionnaires n’hésitent pas à vendre des entreprises industrielles pour réaliser des opérations financières fructueuses sans se soucier de la pérennité de la production et de l’emploi en France. La faiblesse des entreprises françaises en fonds propres, le manque de soutien de l’État et des banques en font des proies faciles.

Fusion Fiat-Renault, une incohérence industrielle

La proposition de Fiat-Chrysler de fusionner avec Renault s’inscrit dans cette triste lignée. Fiat voulait profiter de la faiblesse de Renault, dont le cours a baissé de 30 %, à la suite de l’affaire Carlos Ghosn et des difficultés avec Nissan, pour s’en emparer à bas prix. C’était une opération montée par des banques d’affaires, grassement rémunérées, sans souci de la cohérence industrielle, sans respect des accords de coopération technique et industrielle passés avec Nissan. Fiat a peu investi en recherche dans les années passées ; il lorgne les avancées technologiques de Renault, en particulier en matière de voiture électrique. Il est illusoire de croire que cette usine à gaz, un groupe éclaté entre les États-Unis, l’Italie, la France, la Roumanie et le Japon, pourra développer des coopérations industrielles efficaces. La fusion est censé permettre 5 milliards d’économies de synergie. Le risque est grand que ces économies frappent les centres de recherche et de production en France, où Renault emploie encore 50 000 personnes.

Les actionnaires de Fiat et de Renault recevraient des soultes [une somme d’argent qui compense une inégalité, NDLR] exceptionnelles, de l’argent perdu pour l’investissement productif. Surtout, le groupe serait dominé par la famille Agnelli, qui serait l’actionnaire de référence. L’État français perdrait une grande partie de son influence, d’autant qu’il pourrait en profiter pour se dégager totalement. Au niveau des hommes, John Elkann, le président de Fiat Chrysler, s’imposerait aux dépens de la direction actuelle de Renault temporaire et affaiblie. Le groupe multinational ainsi constitué poursuivrait les objectifs de rentabilité financière de la famille Agnelli et non les objectifs de recherche de sobriété qui s’imposent en matière de transports, compte tenu de la transition écologique.

La ficelle était trop grosse. Fiat a été trop gourmand et trop brutal en réclamant une décision immédiate et en refusant de discuter les modalités financières. Bruno Le Maire s’y est heureusement opposé, ainsi que Nissan. La France doit dire définitivement non à un tel projet, comme à tout projet similaire, tel celui de l’absorption d’Alstom par Siemens. Ce non ne suffit pas : il faut assurer l’avenir de l’industrie en France, à la fois pour l’emploi et pour la transition écologique.

 

Pour aller plus loin :

Italie, anatomie d’une crise (3/5) – À Pomigliano, Cinq Étoiles pour la classe ouvrière

 

 

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