L’enfumage éco : La dette française ?

L’enfumage éco : La dette française ?

Franck Dedieu, professeur d’économie et de culture générale à l’IPAG Business School et délégué général de République moderne, est également chroniqueur pour Le Média.

Vous l’avez sûrement entendu sur le mode de l’angoisse, de l’effarement : la dette française va franchir la barre des 100% du PIB suite à l’opération de reprise de la dette de la SNCF. On imagine une ardoise longue comme le bras. On compte les richesses produites par chacun des français pendant un an et cela représente la dette de la France. Les libéraux poussent des cris de détresse. Certains se demandent si le FMI ne va pas nous mettre sous tutelle. Le spectre de la Grèce plane au-dessus de nos têtes.

EN FAIT, la photographie de la dette ne veut pas dire grand-chose. Son montant brut de décoffrage ne suffit pas à bien comprendre l’enjeu. Il faut regarder trois notions périphériques autour de ce fameux ratio des 100%. Et c’est à l’aune de ces éléments que l’on pourra juger de sa dangerosité. Et vous verrez que les cris d’horreur ne sont pas justifiés sous certaines conditions.

Première notion : Elle est patrimoniale. Le passif on le connaît : 2 300 milliards, mais l’actif en face ? Selon la cour des comptes, il faut compter environ 1 000 milliards, sans compter les monuments inestimables. C’est déjà ça, mais les gouvernements successifs ont beaucoup privatisé et ce trésor s’amenuise. Comme l’illustrent les exemples récents de la Grèce et du Portugal, une dette qui augmente trop vite oblige à céder des actifs.

Deuxième notion : Cette fois financière. Il ne faut pas regarder la dette actuelle mais les conditions dans lesquelles on contracte les dettes futures. C’est compliqué ? Non c’est simple, cela s’appelle le taux d’intérêt. Quel est le prix à payer pour nos dettes futures. Ce taux est le reflet de la signature de l’Etat selon les marchés financiers : c’est aujourd’hui de 0,67%. (le taux est même négatif à horizon 5 ans). C’est tout de même assez cocasse de voir les libéraux se plaindre de la dette alors que les marchés – auxquels ils croient – prêtent sans sourciller à la France.

Troisième notion : s’endetter, on peut mais pourquoi faire ? Et là on va voir que des taux aussi bas représentent une opportunité.
Que fait un banquier d’affaires ? Il regarde le coût de sa dette (par exemple 3%) et le rendement espéré de l’actif qu’il compte acheter (par exemple 7%). Avec le rendement il va rembourser sa dette, investir et valoriser son actif. Appliquons ce raisonnement à l’Etat : on peut s’endetter à 1% environ et donc les actifs avec un rendement économique et social supérieur ne manquent pas : s’endetter à 1% pour financer les rénovations thermiques des bâtiments, les énergies propres c’est rentable économiquement.

Et que fait le gouvernement ? Il veut faire le contraire. L’exemple de la privatisation d’Aéroports de Paris est à cet égard édifiant. Il veut vendre un actif qui rapporte via des dividendes 2,1% à l’Etat pour rembourser une dette qui nous coûte 1%. Vendre un actif qui rapporte 2% pour éviter une dette qui coûte 1% est de mauvaise gestion tant d’un point de vue économique que social.

Légende : Générique de la chronique

Crédits : Capture d’écran / YouTube / Le Média

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