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Le non-discours d’Emmanuel Macron – La Chronique Éco

Le non-discours d’Emmanuel Macron – La Chronique Éco

Quelles réponses pour l’urgence sociale ? Dans ce nouvel épisode de la Chronique Éco, l’économiste atterré Henri Sterdyniak décrypte la « farce » des solutions présidentielles, décidées dans le secret de l’Elysée et sans concertation.


 

Le grand débat devait se terminer par une farce : le discours d’Emmanuel Macron, qu’il n’a pas prononcé le 15 avril, mais qu’il a fait distribuer.

Une farce, puisqu’après que le mouvement des Gilets Jaunes ait réclamé plus de démocratie participative, c’est dans le secret de l’Élysée, entouré de ses seuls conseillers énarques, sans concertation avec les parlementaires ou les syndicats, que le président a décidé des mesures annoncées.

Mis en place par les classes dirigeantes pour imposer un tournant néolibéral – moins d’impôts sur les plus riches, plus de liberté pour les chefs d’entreprises – Macron ne pouvait se déjuger. Il ne pouvait prendre le tournant que réclame le mouvement populaire. Ce discours ne pouvait annoncer que des mesures de pacotille.

Macron annonce une nouvelle baisse de l’impôt sur le revenu, l’impôt le plus juste, le plus progressif, le plus redistributif, déjà très faible en France. Cette baisse ne profitera pas aux 55% des ménages qui ne paient pas d’impôt sur le revenu ; elle bénéficiera peu aux classes moyennes qui en paient peu ; le risque est qu’elle bénéficie surtout aux classes supérieures. Macron annonce sans autre précision que des niches fiscales seront réduites. Nous pouvons lui suggérer des pistes : rétablir la progressivité de la taxation des revenus du capital ; supprimer les privilèges de l’assurance-vie, des PEA, de l’immobilier locatif ; supprimer l’évasion fiscale des plus riches permise par la non-taxation des plus-values latentes.

Au contraire, Macron crée une nouvelle niche fiscale et réduit encore les ressources de la Sécurité sociale en autorisant les entreprises à distribuer, chaque année, une prime non soumise à cotisations sociales et à impôt.

Les mesures prises par le gouvernement [et qui ont en partie déclenché la fronde sociale, NDLR] devaient réduire de 6 % le pouvoir d’achat des retraités. Macron n’y renonce que pour les retraités aux plus faibles revenus. Mais la retraite est un droit social acquis par les cotisations, un droit qui doit être garanti. Il n’est pas légitime de réduire les retraites pour augmenter les salaires sans coût pour les entreprises ou pour satisfaire les critères de Maastricht.

Macron prétend aider les mères isolées. C’est pourtant son gouvernement qui désindexe les prestations familiales, qui veut réaliser des économies sur « un pognon de dingue » en réduisant les allocations logement et les aides sociales. Aucune mesure n’est prise pour lutter contre l’emploi précaire dont les femmes sont les premières victimes.

Macron prétend maintenir les écoles et les hôpitaux qu’il envisageait de fermer. Il prétend limiter le nombre d’élèves par classes. Il lui reste encore un effort à faire pour reconnaître que cela n’est pas compatible avec l’objectif proclamé de réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires.

Pour évaluer le coût de l’évasion fiscale, le président va demander un nouveau rapport à la Cour des Comptes. On aurait préféré que des mesures fortes soient annoncées : l’interdiction pour les entreprises et les institutions financières opérant en France de localiser des profits dans les paradis fiscaux ou des mesures de rétorsion contre les pays européens (l’Irlande, les Pays-Bas) dont les législations favorisent l’optimisation fiscale.

Macron et son gouvernement ont découvert une solution miracle : les Français n’ont qu’à travailler plus. Les idées foisonnent : faire travailler 39 heures (payées 35), retarder à 65 ans l’âge de la retraite, supprimer des jours fériés. Pourtant, il y a en France 4 millions de chômeurs et 1,8 millions de salariés à temps partiel subi qui ne demandent qu’à travailler plus.

Macron annonce un projet productif et écologique, sans en préciser le contenu. Certes, il faut organiser et financer des investissements massifs pour la transition écologique. Il faut surtout réfléchir aux finalités de la production. Cela passe par une planification écologique, et non par des cadeaux fiscaux aux plus riches en espérant qu’ils veuillent bien en investir une partie, sans aucune garantie sur l’orientation de ces investissements, la rentabilité financière ou l’emploi.

Qui peut penser que la réduction du nombre de parlementaires et même une pincée de proportionnelle suffiront à satisfaire le besoin de démocratisation qui s’est exprimé avec force ? Tous les services publics, toutes les grandes entreprises devraient se doter d’un conseil où les actionnaires, les salariés, l’État, les collectivités locales, les clients ou usagers décideraient des grandes orientations.

1 Comment

  1. Geof'

    il manque quant même l’essentiel, le fait que macron se moque éperdument du peuple français…

    pas dans le sens « il est risible », mais dans le sens « que m’importe ». Tjrs cette pudeur de lâche à ne pas définir un psychopathe narcissique quant on en rencontre un…

    Geof’Rey, neo-communiste belge

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