Select Page

La hausse injustifiable des tarifs EDF – La Chronique Éco

La hausse injustifiable des tarifs EDF – La Chronique Éco

Les tarifs d’EDF augmentent pour sauver une concurrence artificielle, au mépris des consommateurs. Dans ce nouvel épisode de la Chronique Éco, l’économiste atterré Henri Sterdyniak plaide pour un tarif unique de l’électricité.


 

Le 1er juin, les tarifs réglementés d’EDF ont augmenté de 5,9%. Cette forte hausse a des causes bien spécifiques. Contrairement à ce que prétend le ministre de l’Écologie, elle ne provient pas des coûts d’EDF, en particulier pas des avantages de ses salariés. 40 % de la hausse vient d’un objectif bien particulier : obliger EDF à ne pas être trop compétitif.

C’est une conséquence directe de l’idéologie libérale de la Commission Européenne. Celle-ci impose aux États membres d’appliquer partout la concurrence libre et non faussée, en particulier au secteur de l’énergie. Elle refuse de tenir compte des spécificités de ce domaine, en particulier des nécessités du service public et de celles de la planification de long terme. La Commission impose qu’EDF soit mise en concurrence. Et les gouvernements français successifs ont accepté que la Commission ait son mot à dire sur l’organisation du secteur énergétique français.

Historiquement, EDF a en France un monopole pour la production d’électricité hydraulique ou nucléaire, pour son transport et sa distribution aux ménages. Aussi, la Commission impose à la France d’organiser artificiellement la concurrence du marché de l’électricité. C’est ainsi que sont apparus artificiellement des fournisseurs alternatifs d’électricité, comme Engie, Total Direct énergie ou Cdiscount.

En 2010, la loi Nouvelle Organisation des Marchés de l’Électricité impose à EDF de vendre à ses concurrents 25% de la production d’énergie nucléaire, soit 100 térawattheures (c’est l’accès régulé à l’énergie nucléaire historique) à un prix imposé (42 euros le mégawattheure). Cela a trois conséquences scandaleuses. EDF est contrainte de fournir à ses concurrents de l’électricité à des prix faibles qui leur permettent de proposer des tarifs plus bas que les siens. C’est un énorme gaspillage de ressources puisque ces distributeurs font des dépenses de publicité et de promotion pour arracher des clients à EDF, souvent avec des arguments mensongers aux dépens d’usagers fragiles. Une partie des gains de l’investissement français en énergie hydraulique ou nucléaire ne sert qu’à augmenter le profit de sociétés parasitaires au lieu de profiter aux usagers ou de financer les économies d’énergie et le tournant vers les économies renouvelables.

Il faut mettre fin aux pseudo-fournisseurs alternatifs

Selon les prix, les fournisseurs alternatifs choisissent d’acheter leur électricité sur les marchés de gros ou de profiter de l’énergie nucléaire à prix stable et bas.

A la mi-2018, la situation se tend, puisque les fournisseurs alternatifs, victimes de leurs succès, saturent les quantités d’électricité que doit leur vendre EDF et doivent se fournir sur les marchés mondiaux à des prix nettement plus élevés que ceux pratiqués par l’entreprise publique ; elles perdent de l’argent et ne peuvent plus tenir la promesse faite à leurs clients, celle d’une électricité moins chère.

Le Conseil de régulation de l’énergie a alors décidé d’imposer à EDF d’augmenter ses tarifs pour être plus chère que ces concurrents. C’est un prodigieux retournement de situation : la concurrence ne se fait pas en introduisant des producteurs moins chers que l’opérateur historique, mais en imposant à EDF d’augmenter ses tarifs de sorte que les concurrents soient moins chers. En apparence, on pourrait croire que les concurrents contribuent à la baisse des prix ; en réalité, ils les font monter. La politique de la CRE aboutit donc à étrangler EDF, contrainte à pratiquer des prix plus élevés que ses concurrents.

Cette hausse injustifiable, qui va coûter plus de 600 millions d’euros aux consommateurs, a été vivement critiquée par l’Autorité de la concurrence. Celle-ci rappelle que l’objectif des tarifs régulés d’EDF est de faire profiter les usagers du bas prix de l’énergie produite en France et de les protéger des fluctuations du prix de l’énergie sur les marchés mondiaux. Ceci n’est pas compatible avec la hausse de juin 2019.

La solution n’est pas que chacun, individuellement, cherche le fournisseur le moins cher ; elle n’est pas non plus, comme le propose malheureusement « Que choisir », de se regrouper pour négocier les tarifs auprès d’un fournisseur alternatif. Il faut mettre fin aux pseudo-fournisseurs alternatifs. Il faut exiger collectivement un tarif unique de l’électricité, socialement décidé. Par ailleurs, le niveau de ce tarif n’est pas évident ; il faut inciter aux économies d’énergie ; favoriser les énergies renouvelables plutôt que l’énergie fossile, donc l’électricité ; passer en douceur du nucléaire aux énergies renouvelables.

5 Comments

  1. bernardcornut

    C’est seulement le prix de 42EUR/MWh de l’électricité nucléaire en gros d’EDF qui n’est pas assez cher… n’intégrant pas assez des coûts de provision pour démantèlement, traitement des déchets. L’augmentation des tarifs aux clients finaux est là aussi pour tenir compte de cela. En France les tarifs finaux restent parmi les plus bas d’Europe. D’accord aussi pour clarifier et faire vérifier les garanties de production renouvelable. Un peu de concurrence est nécessaire, EDF ayant abusé longtemps de son monopole: hauts salaires, beaucoup de cadres surnuméraires peu occupés, privilèges pour les tarifs, les retraites, les indemnisés et leurs veuves….

    Réponse Signaler un abus
  2. Jean-Paul B.

    Bonjour,
    rien à voir avec cet article mais je n’ai pas d’autre endroit pour demander pourquoi nous n’avons rien lu sur les remous internes qui agitent LFI et qui pourraient mettre en péril l’existence même de ce mouvement.
    Nous sommes obligés de chercher l’information dans la presse MSN sans être sûrs d’être complètement et bien informés sur le sujet.
    Nous allons finir par nous demander à quoi sert Le Média?
    Merci de nous informer.
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/06/06/une-note-interne-a-la-france-insoumise-denonce-un-fonctionnement-dangereux-pour-l-avenir-du-mouvement_5472180_823448.html

    Réponse Signaler un abus
    • bernardcornut

      Ce vendredi matin aux infos, France Culture a donné assez longuement la parole à M Bompard de la direction LFI: il a expliqué que le débat est normal après les élections, et qu’en interne des propositions sont sollicitées régulièrement lors des conventions LFI. Que Le Monde veuille agiter le chiffon rouge c’est habituel…

      Réponse Signaler un abus
      • Jean-Paul B.

        J’ai bien entendu Manuel Bompard dans le même numéro de langue de bois que jouent tous les responsables de tous les partis quand ils sont dans le déni.
        J’attends du Média qu’il donne la parole aux parties en présence: par exemple Charlotte Girard pour ceux qui alertent sur le manque de démocratie à LFI et Manuel Bompard pour la direction.
        Les sympathisants pourraient comprendre le fond de l’affaire et se faire une opinion argumentée.
        Malheureusement pour le moment Le Média semble avoir choisi d’ignorer ce type d’information sur la vie interne de ce mouvement politique qui vient de chuter lourdement lors des élections européennes (quasiment le même score que le PS!!!) et pourrait atteindre rapidement,s’il n’est pas capable de débattre de sa stratégie,le niveau d’audience des groupuscules de type LO ou NPA.
        Dommage car le déni de la réalité est toujours la plus mauvaise solution!

  3. Jean-Paul B.

    Bonjour,
    pour illustrer ce que je disais sur la crise à LFI,voici un article du Monde (hé oui!) consacré au départ de Charlotte Girard,qui lui-même contient le lien de la page Facebook de Charlotte Girard où elle peut expliquer les raisons de sa démission.
    Le Média ferait mieux d’étaler au grand jour ce débat impossible à l’intérieur de LFI pour que les adhérents/sympathisants s’en emparent avant que LFI sombre dans le néant politique.
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/06/08/charlotte-girard-figure-de-la-france-insoumise-quitte-le-mouvement_5473698_823448.html

    Réponse Signaler un abus

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Signez la pétition !

Devenez Socio

Derniers Tweets

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Avec vos amis !