Les retraites en péril – La Chronique Éco

Les retraites en péril – La Chronique Éco

Emmanuel Macron a prévu de présenter sa réforme des retraites en juin prochain. Le président veut créer un régime universel qui remplacera les régimes existants. En somme, une retraite à points. Quelles en seront les conséquences pour l’économie, les travailleurs et les retraités ? Éléments de réponse avec l’économiste atterré Henri Sterdyniak, dans ce nouvel épisode de la Chronique Éco.

Le système français de retraite est relativement satisfaisant. Il distribue 14% du PIB aux 16 millions de retraités ; il leur assure un niveau de vie équivalent à celui des actifs. Par contre, il est l’objet des attaques des classes dirigeantes et de l’oligarchie financière – qui veulent réduire les dépenses publiques -, des banques et des assurances qui voudraient promouvoir la retraite par capitalisation. En 2018, le gouvernement, en étendant la CSG, a diminué de 1,7 % le niveau des retraites ; celles-ci n’ont pas été revalorisées. En 2019 et 2020, les retraites n’augmenteront que de 0,3 % par an. Ainsi, en 3 ans, le pouvoir d’achat des retraités baissera de 6 %.

Cela ne suffisant pas, Emmanuel Macron a annoncé une réforme des retraites, qui instituerait un système unique par points. Le système français comporte plusieurs régimes : le régime général, les régimes complémentaires, les régimes du secteur public. Jouant sur les sentiments d’injustice provoqués par cette diversité, Emmanuel Macron a annoncé que, dans le nouveau système, « un euro cotisé donnera les même droits ». Il a nommé un Haut-Commissaire à la réforme, Jean-Paul Delevoye. Depuis septembre 2017, celui-ci n’a pas été capable de présenter un projet. C’est une tâche impossible : il lui faut à la fois satisfaire les demandes de l’oligarchie (réduire les dépenses de retraites), les désirs de la finance (faire de la place à la capitalisation) et masquer aux actifs et aux retraités la dégradation du système.

Le nouveau régime sera un système par points. Il pourra être équilibré en jouant sur la valeur du point, donc sur le pouvoir d’achat des retraites, qui deviendra une variable d’ajustement du budget. Le taux de remplacement (le rapport entre la pension et les salaires de la carrière) ne sera pas garanti. Jean-Paul Delevoye a déjà indiqué que les dépenses de retraites devront être maintenues en dessous de 14 % du PIB, ce qui implique, compte-tenu de l’augmentation de 24% du nombre de retraités, une baisse de 24 % du niveau relatif des retraites d’ici 2040. La proposition : « un euro cotisé doit donner les mêmes droits » est contraire au principe même de l’assurance-sociale, qui comporte des mécanismes de solidarité qui font que le taux de remplacement des bas-salaires est aujourd’hui plus fort que celui des cadres. Actuellement, la retraite représente 80% du salaire pour une carrière au SMIC ; pour un cadre, 50%. Le risque est grand que la réforme pénalise fortement les bas-salaires.

Même Emmanuel Macron a promis que l’âge ouvrant le droit à la retraite resterait à 62 ans. Un système de bonus/malus sanctionnerait les départs avant un âge pivot (64 ans au départ, 67 plus tard), au détriment des salariés qui ne peuvent prolonger leur emploi jusqu’à cet âge. Toute année manquante sera payée par une perte de 7,5% du niveau de la retraite. Dans de nombreuses professions, il n’est pas possible de travailler au-delà de 55 ou 60 ans. Il faudrait introduire des dispositifs permettant une retraite précoce, en généralisant ceux du secteur public, mais le patronat l’a toujours refusé. Il faudra recalculer dans le nouveau système les droits déjà acquis par les salariés de 30 à 50 ans. Le risque est grand que ceux-ci y perdent. Enfin, certaines caisses de retraite ont accumulé des réserves (155 milliards d’euros au total), qu’elles se refusent à mettre dans le pot commun.

Le danger est que la réforme aboutisse à un système de bas niveau, qui diminuerait les retraites des travailleurs manuels et des salariés à bas salaires, qui ouvrirait la voie à la retraite par capitalisation pour les cadres. On comprend que Jean-Paul Delevoye ne puisse la présenter ouvertement. Les retraites sont un droit social acquis par les cotisations. Ce droit doit être garanti. Les retraites doivent être indexées sur les salaires. Il faut fixer un niveau minimal de taux de remplacement (85 % pour une carrière au SMIC, 70 % au niveau du salaire médian). Ce taux doit être atteint à 62 ans ou à 42 ans de cotisation. Le système de retraite doit rester solidaire, basé sur les cotisations sociales et non sur les marchés financiers. Les salariés du privé et du public doivent se mobiliser ensemble pour le défendre.

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