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A Jouy-en-Josas, le gouvernement et le Medef marchent main dans la main

A Jouy-en-Josas, le gouvernement et le Medef marchent main dans la main

Neuf ministres se sont rendus aux universités d’été du Medef qui se sont achevés le 29 août. L’occasion de voir que le gouvernement et l’organisation patronale partagent toujours autant.

La sympathie du patronat pour Emmanuel Macron n’est un secret pour personne. En avril 2017, Pierre Gattaz, alors à la tête du Medef, avait expliqué à l’AFP qu’il se sentait « rassuré » par la présence de l’ancien candidat au second tour de la présidentielle. Selon lui, le programme économique de Macron allait « dans le bon sens ». « Nous avons bien compris qu’Emmanuel Macron souhaitait travailler avec les forces économiques de ce pays », précisait Gattaz. Ce dernier désirait être « partenaire » du futur président. Depuis, l’organisation gouvernementale a confirmé son soutien au gouvernement, malgré le changement de président intervenu le 3 juillet dernier. Il faut néanmoins souligner que Geoffroy Roux de Bézieux, le successeur de Pierre Gattaz, est proche depuis plusieurs années de l’ancien ministre de l’Économie. Les neuf ministres, dont le Premier ministre Édouard Philippe, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et le ministre de l’Éducation nationale étaient en terrain conquis à la vingtième université d’été du MEDEF, qui s’est déroulée les 28 et 29 août.

Les croyances libérales d’Édouard Philippe

Édouard Philippe, qui contrairement à ses prédécesseurs Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault, ne s’était pas rendu à Jouy-en-Josas l’année suivant sa nomination, a pris la parole juste après la courte introduction de Geoffroy Roux de Bézieux. On se souvient du « J’aime l’entreprise » de Valls en 2014. Le style du nouveau locataire de Matignon était moins spectaculaire, mais a probablement plus séduit. Il faut dire que le président du Medef avait su le mettre dans les meilleures dispositions en lui glissant : « Votre gouvernement a redonné confiance aux entrepreneurs. » Le Premier ministre a commencé par affirmer ses croyances libérales. « Moi je crois […] à l’initiative et je crois à la prise de risque. Je crois beaucoup au travail, je crois à l’effort, je crois à l’addition des compétences, je crois à l’esprit de conquête, je crois au sérieux, je crois à la liberté, à commencer par la liberté d’entreprendre, dont on oublie trop souvent qu’elle fut une des premières conquêtes de la Révolution française. Je crois à l’entreprise parce que, jusqu’à présent et à mon avis pour longtemps, on n’a rien trouvé de mieux pour fabriquer de la valeur et de l’emploi », a déclaré Édouard Philippe. Il a néanmoins tenu à ajouter qu’il croit « aussi à la fonction publique et au service public », même si le doute est permis. La suite est plus intéressante.

L’opération séduction du Premier ministre

Le Premier ministre s’est appliqué à défendre l’ensemble des mesures prises jusqu’ici par le gouvernement, comme les réformes du code du travail ou la suppression d’une « anomalie française, la surtaxation du capital ». Il a aussi rappelé les derniers arbitrages budgétaires, comme le report de la baisse des quatre points de cotisations patronales au niveau du SMIC. Si cette dernière décision n’a pas plu au patronat, Édouard Philippe a insisté, pour se rattraper, sur le fait que le gouvernement a « confirmé la pérennité pour le crédit impôt recherche » que certains membres de la majorité voulaient revoir. Concernant la baisse du taux d’impôt sur les sociétés, « nous poursuivrons ce chemin », a expliqué d’un ton rassurant le Premier ministre. Il sera ainsi « ramené de 33,3 % à 25 % d’ici 2022 ». Il a aussi mis en avant la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires, la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi en baisse pérenne de cotisations sociales ou le projet de loi Pacte… Selon lui, il ne s’agit pas de « distribuer des “cadeaux” », mais de « répondre à des besoins, à des besoins souvent très concrets, souvent très précis et souvent exprimés dans leur grande diversité par les chefs d’entreprise, les entrepreneurs français ».

« Monsieur le Premier ministre, nous préférons les preuves d’amour aux déclarations d’amour », a néanmoins réagit le président d’un Medef qui en veut toujours plus. Geoffroy Roux de Bézieux a sommé le gouvernement d’« être capable de renvoyer la balle sur la fiscalité du capital et d’investir dans les entreprises »« Nous prendrons notre part au redressement du pays quand les outils nous seront donnés », a-t-il ajouté. Pour lui, « le chômage baisse mais pas assez vite. C’est le moment d’accélérer les réformes, pas pour nous, pas pour le profit des entreprises mais pour la prospérité du pays. » L’opération séduction d’Édouard Philippe néanmoins avoir marché, tant chez le président du Medef que chez ses adhérents, généralement satisfait. Il ne restait plus qu’à ses ministres de terminer le travail.

Muriel Pénicaud et surtout Bruno Le Maire ont eu cette lourde de tâche. « Nous garderons la même stratégie économique et financière » a prévenu le dernier, lors du discours de clôture. « Notre stratégie économique est claire et simple », a insisté le ministre de l’Économie. Pour lui, il faut poursuivre « une politique de l’offre » destinée à assurer « la valorisation du travail et le rétablissement de nos finances publiques ». Le Maire a aussi voulu montrer à Geoffroy Roux de Bézieux qu’ils avaient les mêmes préoccupations politiques. Comme le président du Medef, il s’est montré inquiet de la « montée des populismes », du nationalisme et du protectionnisme. Comme lui, il pense que le défit technologique est essentielle et que le salut ne peut passer que par l’Union européenne et évidemment les (grandes) entreprises. A l’issu de ces deux jours, une seule conclusion s’impose : la séparation de l’Etat et du Medef n’est pas pour demain.

Légende : Geoffroy Roux de Bézieux au micro de France Info en janvier 2017

Crédits : Capture d’écran / YouTube

2 Comments

  1. JP.Rougier

    On annonce de l’inflation, mais des salaires très stables, on ouvre les robinets de l’offre, mais on a ruiné les consommateurs (quand ils ne sont pas au chômage)…
    https://lejustenecessaire.wordpress.com/
    Et toujours une recherche de croissance sur une planète que l’économie s’épuise, et qu’aucun gouvernement ne cherche à freiner.

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  2. Amstramgram

    La collusion entre le gouvernement et le Medef est claire, toujours pour le malheur des peuples et de la planète! Pourvu qu’ils se goinfrent, ils n’ont aucun état d’âme et aucune conscience de l’intérêt général … leur voracité stupide est sans fond. Mais, attention, nous allons les empêcher de nous massacrer comme des moutons, la révolte gronde. Merci Kevin, excellent article

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