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Romainville et Marseille : deux résistances citoyennes exemplaires

Romainville et Marseille : deux résistances citoyennes exemplaires

En Île-de-France comme à Marseille, des militants entendent préserver des espaces de liberté.

Romainville, ville située à deux kilomètres à l’est de Paris, en Seine-Saint-Denis, voit naître depuis bientôt trois semaines une « FAD » (forêt à défendre), selon les mots de ses propres militants. Tout commence quand la région décide de réveiller un vieux projet de base de loisirs qui en sommeille depuis 1993. Elle fixe un budget de 34 millions d’euros pour amputer la Forêt de la Corniche des forts de 8 de ses 40 hectares, pour les transformer en base de loisir. « C’est une pure folie à un moment où les conséquences de réchauffement climatique s’impose à nous », s’indigne Hélène, militante de la première heure.

De Romainville à Marseille

Les travaux ont commencé dans la forêt située à côté de la cité Gargarine et à cheval sur quatre villes (Romainville, Pantin, Les Lilas et Noisy-le-Sec), le 8 octobre. Plus de la moitié des huit hectares ont déjà été défrichés. Mais depuis le 19, les choses n’avancent plus. Les militants « fadistes », qui sont chaques jours entre 30 et 50, réussissent à bloquer pacifiquement les travaux. Le dimanche, un pique-nique est organisé. « C’est important pour nous de montrer que notre lutte est aussi conviviale », commente Alexandre. Le 21 octobre, ils sont plus de 200, à partir de 13h à venir soutenir les fadistes. Pierre, présent pour l’occasion, perçoit d’un bon œil ce type d’initiatives « qui permet de sensibiliser à un combat essentiel ».

Le lendemain, lors d’une Assemblée générale tenue à Bagnolet, ville limitrophe de Romainville et des Lilas, les militants ont voté pour ne rien lâcher et continuer de bloquer les travaux coûte que coûte. Ils ne sont pas seuls, une pétition en ligne a été signée par plus de 17 000 citoyens. Préserver la Forêt de la Corniche, c’est aussi défendre un rare espace de biodiversité aux alentours de Paris. « Avant, il y a avait même des renards ici, mais les travaux les ont fait fuir », commente Camille. « Les travaux risquent de stériliser définitivement cette terre. Ils vont d’abord vider la nappe phréatique qui se trouve en dessous, avant de couler le béton. Un désastre », nous explique-t-il. Pour Grégory ce combat n’est pas le seul et des « solidarités » doivent se créer. « On va d’ailleurs mettre une banderole en soutien à La Plaine, ils l’ont déjà fait d’ailleurs », nous confie-t-il, en référence à une lutte similaire se déroulant à Marseille.

Un plan de rénovation de la place Jean Jaurès, surnommée « la Plaine », a démarré ce 16 octobre. Le marché, un des derniers lieux populaires pour certains Marseillais, a disparu. Le projet doit durer jusqu’en décembre 2020. Les habitants ne n’ont pas pris de cette oreille. Symbole de la lutte, une cabane venue de Notre-Dame-des-Landes est installée à la Plaine. Elle est détruite par des CRS le 23 octobre. Les militants n’entendent pour autant rien lâcher.

Légende : Entrée de la Forêt de la Corniche

Crédits : Kévin Boucaud-Victoire

2 Comments

  1. Philippe Blache

    La Plaine meurt à petit feu avec d’un côté une Mairie sans projet d’envergure ni pour la Plaine, ni pour Marseille, et de l’autre un groupe qui s’approprie la place, prétendant représenter ses habitants. Le fait que ce groupe ne soit pas des habitants de la Plaine n’est pas un problème. La Plaine est à tout le monde. Mais justement, elle est aussi à ses habitants, comme à tous les Marseillais. Ses habitants qui sont aujourd’hui rejetés voire conspués par ce petit groupe de personnes dont on ne comprend pas très bien quels sont les objectifs.

    Ce que nous disons, nous, les habitants, est très simple : la Plaine est la plus grande place de Marseille, elle a toujours été un lieu convivial, de rendez-vous, de discussion, de promenade, en même temps qu’un terrain de jeu extraordinaire pour les enfants. La Plaine doit redevenir cette place magnifique, ouverte et conviviale qu’elle était.

    Depuis ces dernières années, La Plaine était transformée en parking sauvage, avec une circulation et un trafic insupportable tout autour de la place. Avec des véhicules circulant à toute vitesse, engendrant régulièrement des accidents graves. Comment est-il possible de défendre un tel état de fait, comme le font les « zadistes » ? La Plaine n’est pas un parking et ne l’a jamais été. Au moment où toutes les grandes métropoles du monde éliminent les voitures du centre ville, au moment où la défense de la planète exige que nous réduisions la circulation, nous voudrions au contraire la favoriser et attirer encore plus de véhicule dans nos rues ? Nous voudrions même que celle-ci empêchent les piétons de circuler, les enfants de jouer ? Mais quelle est cette logique, où sont les arguments ?

    Le projet de rénovation de la Plaine n’est certes pas parfait. Mais c’est une occasion inespérée de rénover la Plaine, d’en faire cette place belle, accueillante, ouverte à tous à commencer par les enfants.

    Alors nous, les habitants de la Plaine disons une chose simple : nous voulons un Plaine rénovée, totalement piétonne et ouverte à tous.

    Et je propose même trois trois revendications, simples :

    – Que le projet supprime la voie traversante au centre de la Plaine : nous voulons une Plaine 100% piétonne
    – Qu’un montant significatif, par exemple 10% du montant des travaux, soit investi par les collectivités territoriales pour des logements sociaux sur la Plaine : nous voulons une Plaine ouverte à tous
    – Que les travaux d’aménagement reprennent immédiatement et qu’ils s’achèvent au plus tôt : nous voulons une Plaine qui soit une place digne de ce nom.

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    • Nadette

      Merci Philippe pour ton commentaire qui rétablit ce que pensent beaucoup d’habitants de la plaine et de la place Jean-Jaurès. J’ai été très étonnée du traitement de l’information concernant notre quartier dans le média presse et j’ai demandé dans le forum des socios à ce l’on fasse plutôt une réelle enquête qui s’attache à connaître ce que pensent les gens qui vivent dans ce quartier. En termes d’investigation tout reste à faire car pour l’instant que ce soit La Marseillaise, La Provence, Libération, Bastamag, reporterre net, mediapart – tous n’ont qu’un interlocuteur : L’assemblée de la Plaine qui s’est érigée en porte parole des habitants mais qui refuse les habitants qui exprime un avis contraire (allant jusqu’à les traiter de fasciste!).
      Pour ma part, j’habite ce quartier et j’ai résidé pendant 12 ans sur la place jean-Jaurès même, dans un T3 marseillais. J’ai été obligé de déménager une rue plus loin car notre vie y était devenue un enfer :
      -forains qui s’engueulent au petit matin pour récupérer leur place, qui klaxonnent en espérant que les voitures mal garées sur la place appartiennent à un habitant qui entendra le vacarme et viendra chercher sa voiture avant la fourrière.
      -prostitution sur la place (voitures garées servant de chambres de fortune)
      -dealers guettant les ados du quartier pour les inciter à consommer
      -passage vers le parking souterrain rendu difficile les jours de marché car aucune voie n’est tracée pour les piétons.
      – Sortie du parking dangereuse les jours de marché en raison du stationnement des camions .
      -fêtes ni prévues, ni annoncées aux habitants sur la place même. j’aurai dû faire des prises de son dans l’appartement que j’occupai pour prouver à quel point cela était infernal pour les habitants.
      -Odeur de pisse et de vomi aux abords du jardin (celui qui servait aux jeux de boules) et du parking.
      -voitures circulant sur la place pour raccourcir le trajet d’un lieu à un autre et mettant les enfants en danger.
      -Place devenue un parking à ciel ouvert?
      – Du coup, en tant que parents nous ne pouvions plus laisser nos gamins jouer sur la place seuls et nous pouvions plus les laisser traverser cette place seuls pour rejoindre l’école ST Savournin pour les uns ou Olivier-Gillibert pour les autres.
      J’arrête la liste car elle est trop longue.
      En tout cas même si l’on peut contester certains points du projet, il nous semble (à nous gens du quartier) intéressant. j’aspire à retrouver un quartier vraiment convivial, qui reste mixte. Et j’adhère totalement aux propositions de Philippe pour rendre cette place 100% piétonne et pour garantir l’accès au logement (qui est déjà très difficile sur Marseille).

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