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Le climat se gâte pour Macron

Le climat se gâte pour Macron

Après le succès des manifestations pour le climat, samedi 8 septembre, l’urgence environnementale devient une urgence politique. Et, justement, des rendez-vous décisifs attendent le nouveau ministre de l’Environnement et le président de la République.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient dans la rue, à Paris, samedi 8 septembre, pour défendre le climat. Et une petite dizaine de cortèges en province. Sans doute la plus importante mobilisation pour la défense de l’environnement jamais vue.

Le fait mérite d’être souligné. Il démontre que l’urgence environnementale est en train de devenir une urgence politique.

Les canicules à répétition, la fonte des glaciers, les émissions de particules, le glyphosate, la disparition des espèces sont désormais des réalités tangibles. Chacun peut en mesurer les effets au quotidien. La catastrophe n’est plus à venir, elle est en cours.

Mobilisation au-delà des associations

Au sein du cortège parisien, on ne pouvait manquer d’être frappé par la variété des publics présents : à côté des militants associatifs, dûment badgés, on trouvait des familles, bobos ou non, des jeunes, des moins jeunes, des cadres, des techniciens, des étudiants… Toute une population qui n’a pas forcément l’habitude de descendre dans la rue et qui, sans doute, ne glisse pas le même bulletin de vote dans l’urne. Mais elle a répondu à l’appel sur Facebook d’un ancien journaliste, Maxime Lelong, un quasi inconnu – certes épaulé par le réseau des ONG environnementales. Inenvisageable, il y a encore un ou deux ans.

Quelque chose est en train de changer. Et, bien évidemment, la démission de Nicolas Hulot en a été le catalyseur. « Il a essayé. Et il n’y est pas arrivé… » C’était le cri du cœur de la manif. En quittant son ministère, l’ancien animateur avait lancé : « Ne doutez à aucun instant que ma démission signifie une forme de résignation, elle est simplement le signal d’une nouvelle mobilisation« . Message reçu 5 sur 5, lui ont répondu par leur seule présence les manifestants.

En nommant François de Rugy au ministère de l’environnement – faute de mieux – Emmanuel Macron s’est assuré d’une collaboration sans anicroches. La souplesse de l’échine du nouveau promu est légendaire. Mais le chef de l’État prend le risque de déporter devant l’opinion la relation conflictuelle qu’il entretenait avec Nicolas Hulot. Des claquements de portes dans les palais nationaux, on pourrait bien passer à la grogne dans la rue.

Tonfa et gaz au poivre

D’autant que l’exécutif semble ne pas avoir pris la mesure de la réceptivité de l’opinion aux sujets environnementaux. Expulsés, lundi dernier, les 200 occupants de la ZAD de Kolbsheim qui s’opposent au projet de grand contournement ouest de Strasbourg (GCO) apparaît d’une insigne maladresse politique. Le tonfa et le gaz au poivre ne sont pas des réponses convaincantes même si elles ont une fâcheuse tendance à se banaliser.

Le premier rendez-vous du nouveau ministre avec l’opinion interviendra fin octobre. C’est à ce moment-là que François de Rugy rendra public les arbitrages gouvernementaux sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la feuille de route des choix énergétiques de la France pour les 10 prochaines années.

Le calendrier du nucléaire

Votée en 2015, la loi sur la transition énergétique prévoyait de ramener la part du nucléaire dans le mix énergétique à 50 % en 2025. Désormais, ce sera 2035 comme Édouard Philippe vient de le déclarer à l’issue du séminaire gouvernemental. Nicolas Hulot, lui, avait déjà été contraint de transiger à 2030.

Soit le document ministériel indique le nombre de réacteurs qui doivent être arrêtés à partir de 2029 et en dresse la liste nominative, année par année, soit il se défausse sur l’Autorité de sûreté du nucléaire. Celle-ci doit en effet livrer un avis sur les réacteurs en… 2021. C’est à cette aune qu’il faudra évaluer l’engagement de l’exécutif. Et sa capacité à résister à ce lobby qu’est devenu EDF.

La montagne d’or

Autre test en vue, le projet Montagne d’or en Guyane. Il s’agit de l’exploitation, par un consortium russo-canadien, d’une mine aurifère à ciel ouvert au sud de Saint-Laurent-du-Maroni. L’extraction doit débuter en 2022.

Ce projet est condamné par l’ensemble des associations environnementales. Déforestation, pollution des sols par l’utilisation massive de cyanure, consommation massive d’eau… La montagne d’or concentre toutes les tares.

Emmanuel Macron, alors qu’il n’était encore que ministre de l’Economie et de l’industrie avait soutenu le projet. Son nouveau ministre de l’Environnement peut-il aller à rebours ?

Dans une interview accordée au Monde, ce lundi, François de Rugy annonce que « le projet devra être revu de fond en comble et nous serons amenés à trancher rapidement. Mais nous serons respectueux des procédures et des élus locaux. La Commission nationale du débat public vient de rendre un rapport, des données objectives doivent être prises en compte : des éléments de biodiversité, des éléments de pollution, des éléments énergétiques, économiques et financiers ».

Où s’arrêtera le curseur gouvernemental en définitive ? Là encore l’attente est grande.

La COP 24, rendez-vous crucial

Et puis, il y a, à l’horizon, la COP 24. Elle se tiendra début du 3 au 14 décembre, en Pologne, à Katowice.

Ce sommet sera décisif pour l’application des accords de Paris signés dans la foulée de la COP 21 qui s’est tenue en 2015 à Paris. Il prévoit de définir les règles permettant de revoir les engagements climatiques des pays. Et de détailler les mécanismes de contrôle et de transparence de ces engagements. Autrement dit, de démasquer d’éventuels tricheurs. L’Inde et la Chine sont dans le collimateur de la communauté internationale.

Second enjeu, le financement. Aux termes de l’accord de Paris, les pays développés se sont engagés à verser annuellement 100 milliards de dollars aux pays en développement d’ici 2020. En réalité, on atteint à peine la moitié (48 milliards). Et encore une faible partie va-t-elle directement à la lutte contre le réchauffement climatique (autour de 20 milliards).

700 scientifiques appellent à passer aux actes

Vendredi dernier, 700 scientifiques français ont lancé un appel aux dirigeants politiques afin qu’ils passent « de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone ».

« Seuls des changements immédiats et des engagements de court terme, dans le cadre d’objectifs clairs et ambitieux à horizon 2030, peuvent nous permettre de relever le défi climatique » poursuivaient-ils.

Deux jours auparavant, un rapport de l’OMS révélait que la pollution de l’air tue 7 millions de personnes par an dans le monde. Et ce mardi, c’est La Cour des comptes européenne (CCE) qui dans son premier rapport, consacré à la pollution de l’air, affirme que l’UE ne protège pas assez la santé des citoyens. L’époque n’est décidément plus aux postures…

Légendes : Marche du 8 septembre

Crédits : Serge Faubert

5 Comments

  1. yahiacirta

    Excellent article qui montre bien que nous sommes à un moment décisif de la prise de conscience du Peuple. Ce Peuple, il n’est pas dupe de ce quoi est capable un De Rugy qui obéit à la voix de son maître et laisse au vestiaire ses soit disant convictions écologiques.
    C’est donc la rue qui va arbitrer et nous y serons !

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  2. Politicoboy

    Merci pour ce résumé. On ajoutera la publication imminente du dernier rapport du GIEC (prévu pour Octobre) qui devrait faire l’effet d’une bombe, bien qu’il soit généralement moins alarmiste que la moyenne des publications scientifiques (car soumis au contrôle politique des Nations Unies) et que son contenu ne prendra pas en compte les nouvelles données de 2018.

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  3. Rémi973

    Et en même temps, la France s’apprête à autoriser TOTAL à réaliser des forages pétroliers non conventionnels ultra-profonds au large de la Guyane, dans des conditions courantologiques inédites particulièrement risquées, avec une possible marée noire aux Antilles en cas d’accident.

    Le dossier (présentant de nombreuses lacunes) présenté au publique durant l’enquête achevée le 23/08/2018 :
    http://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/total-enquete-publique-ouverte-du-16-juillet-au-23-a2381.html

    Cartes des simulations de TOTAL (voir notamment les figures 13 et 14) :
    https://www.demarches-simplifiees.fr/rails/active_storage/blobs/eyJfcmFpbHMiOnsibWVzc2FnZSI6IkJBaHBBcE1HIiwiZXhwIjpudWxsLCJwdXIiOiJibG9iX2lkIn19–41b4061c428e54bea21d79935ba2b819ae9594f9/M%C3%A9moire%20en%20r%C3%A9ponse%20de%20TEPGF%20%C3%A0%20l%20avis%20de%20l%20Ae%2014%20juin.pdf

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  4. Carole Maertens

    Dites, je suis bien déçue de voir ici aussi la mise en avant d’un inconnu alors que cette journée était MONDIALE et prévue depuis des mois via 350.ORG et autres associations , perso j’avais prévu d’y aller depuis plusieurs semaines bien avant le réveil (enfin semi reveil) de Hulot) et vous faites comme les autres médias en donnant son nom et sans nommer toutes les assos qui ont travaillé sur cet événement depuis des mois……………..

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    • Carole Maertens

      et je rajoute, j’ai decouvert ce mec la veille seulement en lisant un article dans l’humanité et je me demande depuis pourquoi nombre de médias ,dont vous (ce qui me déçoit bien) reprennent son nom et occultent le fait que cette journée est organisé par les ONG depuis un bail par contre celle cis sont rarement invitées par la plupart de ces médias qui invitent le Maxime Lelong

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