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Invasion d’algues sargasses

Invasion d’algues sargasses

Depuis 2011, de façon irrégulière selon les années, mais de manière très massive en 2018, des algues sargasses dérivent sur l’océan atlantique, envahissent les côtes des Antilles, des caraïbes, et même des côtes sud-américaines ou d’Amérique centrale.

Marc Lattanzio vit à La Desirade, en Guadeloupe. Comme beaucoup de ses voisins, il ne peut plus se promener sur le bord de mer. En cause, une algue exotique, qui recouvre les plages de sa commune.

Cette algue brune empeste, et envahit les côtes. Mais les désagréments ne sont pas qu’olfactifs. Si Marc ne se promène plus sur le littoral, c’est surtout pour des raisons sanitaires. S’il est inquiet c’est aussi pour l’écologie et l’économie de son archipel.

Les scientifiques à la recherche des origines des sargasses

Les algues sargasses viennent du nord du Brésil, au large de l’embouchure de l’Amazone.

Plusieurs hypothèses existent sur leur origine. Une zone nommée “petite mer des sargasses” a été mise en évidence via des images satellites.

De là, ces nappes dérivent, se développent et envahissent de nouvelles zones. Des chercheurs pensent que le développement de ces végétaux est lié au réchauffement climatique. L’élévation de la température de l’eau favorise le développement des algues, et modifie les courants marins, facilitant leur déplacement. Le changement du climat n’est pas le seul facteur. Le développement des sargasses serait favorisé par l’apport de nutriments dans les terres agricoles. Or ces terres sont ensuite lessivées par les pluies, encore plus avec la déforestation qui empêche la retenue des sols, qui finissent dans l’océan. Un grand fleuve comme l’Amazone, déverse, charrie, beaucoup plus de sédiments chargés d’éléments nutritifs dans l’Atlantique que dans le passé. L’apport des nutriments en milieu marin à son embouchure favoriserait la multiplication des algues.

Les îles mises au défi par les algues

Une fois échouées sur les côtes, ces algues deviennent un cauchemar pour les populations proches.

Ces échouages posent des soucis sur la santé humaine et animale pour quiconque est en contact avec les plages envahies. Sur le littoral, les algues s’entassent, pourrissent avec la chaleur et larguent de l’hydrogène sulfuré.

D’abord il y a une odeur d’œufs pourris. Plus grave, ces émanations intoxiquent les habitants.

Selon un rapport de l’ANSES, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire et de l’environnement, les personnes exposées à ces algues en état de pourrissement, s’exposent à des irritations oculaires et respiratoires, à des troubles neurologiques, cardio-respiratoires et cardiovasculaires et se traduisent par des maux de tête, des pertes d’équilibre, des nausées et des pertes de mémoire.

Les conséquences sont aussi écologiques. Il y a d’importantes pertes en faune et flore marine sous les nappes d’algues qui pourrissent. L’écosystème côtier s’était jusque là développé sans ces algues. Ce paramètre nouveau bouleverse cet écosystème et menace la survie d’espèces indigènes ou endémiques de ces côtes qui ne sont pas son environnement naturel.

Tant que ces algues restent au large, elles sont un potentiel atout écologique. De nombreuses espèces de poissons ou des tortues s’abritent dans ces algues qui jouent un rôle dans cet écosystème. Certaines espèces y sont de manière permanente, et dépendent de ces radeaux d’algues. Il s’agit d’une véritable nurserie. Ces petits poissons qui s’abritent dans les sargasses, attirent et nourrissent des prédateurs : thons, daurades, marlins. Et visiblement, l’augmentation de la population des ces pélagiques est corrélée à la présence de ces nappes.

Cet apport écologique est à nuancer. Les sargasses participeraient à la dissémination du poisson lion. Cette espèce très invasive, originaire du Pacifique prolifère depuis les années 2000 dans les caraïbes.

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Le poisson lion

Ce poisson qui n’a pas de prédateur naturel déséquilibre l’écologie des récifs et son expansion éclair se fait au détriment des espèces indigènes.

D’un point de vu écologique, la question est donc complexe.

Sur les plages, les tortues marines ne peuvent plus venir pondre, empêchées par ces algues. Si elles pondent avant l’arrivée des sargasses, ce sont les tortues nouvellement nées qui se retrouvent coincées sous la couche végétale.

Ce phénomène est accentué, lorsque les autorités ramassent les algues sur les plages, avec des machines qui peuvent détruire les lieux de ponte.

Ces algues qui forment un tapis empêchent toutes lumières de pénétrer les eaux. Ce qui se trouve en dessous, les herbiers, les coraux, qui ne peuvent pas se passer de lumière, périssent.

Quand les sargasses finissent par couler, elles menacent aussi la biodiversité des fonds marins.

Les scientifiques sont aussi inquiets parce que les sargasses renferment différents composés qui peuvent avoir un impact. Il y a des métaux lourds, comme de l’arsenic. Il peut y avoir des conséquences sur la composition chimique du sable, là où les algues pourrissent.

Cette situation a des effets sur l’économie des îles, où le tourisme prend une part importante. Les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration subissent des baisses de fréquentation.

Une étude demandée par le Syndicat intercommunal de mise en valeur des sites et des plages de Guadeloupe estime que sur le premier semestre 2015, le préjudice économique était à près de 5 millions d’euros.

Les pêcheurs aussi sont atteints. En s’accumulant à la sortie des ports, les sargasses empêchent les sorties en mer. Le rapport de l’ANSES indique qu’au premier semestre 2015, les pêcheurs guadeloupéens ont perdu en moyenne 22 jours. La perte estimée pour les marins pêcheurs est de 10 800 euros minimum.

En Guadeloupe le coût journalier des opérations de ramassages est estimé entre 10 000 et 20 000 euros. L’Etat a investi plus de 11 millions d’euros en Guadeloupe et en Martinique, sans parler des moyens investis par les collectivités territoriales.

Des incertitudes et beaucoup de questions

Des élus locaux de La Désirade s’alarment. Interrogés par Le Média, ils nous ont confié avoir la sensation de ne pas recevoir d’aide, qu’il n’y a aucun plan prévu pour aménager le littoral. Ils veulent des mesures d’urgences. Une situation qui se révèle donc très complexe. Tant qu’il y a des nappes de Sargasses qui flottent au large, il y aura toujours de nouvelles algues qui viendront sans cesse s’échouer. Beaucoup demandent en conséquence à ce qu’il y ait des ramassages aussi en mer. Or, ces algues ont une fonction dans l’océan.

La situation est donc délicate, avec des incertitudes, beaucoup de questions, des hypothèses scientifiques à vérifier, et des solutions à débattre.

Est ce que ce phénomène va durer ? Combien de temps ?

Car si une conjonction de facteurs climatiques et nutritionnels ont contribué au développement des sargasses, ces conditions de développement sont toujours peu connues. Impossible donc d’en estimer l’évolution dans le temps.

3 Comments

  1. Marc Agate

    Et pourquoi ne durerait-il pas ? Aussi longtemps que l’agriculture intensive perdurera dans les régions amazoniennes, associée à la déforestation, le tout pour exporter encore plus de viande, il n’y a aucune raison que cela cesse. Tout est réuni pour que le phénomène s’amplifie, sans que personne ne pointe les responsabilités au niveau international. On sait très bien d’où elles viennent et pourquoi elles se développent à cette vitesse. C’est une pollution et un problème de santé publique (ici, en Guadeloupe, on déjà eu recourt à des fermetures d’écoles pour éviter des intoxications). Existe-t-il une réglementation internationale qui permet de demander au Brésil de rendre des comptes sur la question et surtout de faire le nécessaire pour s’attaquer aux cause du phénomènes ? Je n’en sais rien mais je n’y crois pas trop.

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  2. Didier Blaise

    N’y a-t-il pas des algues sargasses sur les côtes bretonnnes ?

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  3. Arthur Jeannot

    Analyses scientifiques très intéressantes 🙂
    La seule chose de simple, c’est que les libéraux / capitalistes qui ne connaissent que le court-terme sont incapables de répondre au problème

    Réponse Signaler un abus

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