Brigitte Bardot et la « population dégénérée » : Décryptage d’une lettre aux relents coloniaux

Brigitte Bardot et la « population dégénérée » : Décryptage d’une lettre aux relents coloniaux

Une lettre de l’ancienne actrice et de sa Fondation suscite une forte polémique à la Réunion : elle y qualifie les habitants de l’île de « population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales ». Une saillie raciste adossée à des arguments faussement antispécistes et scientifiquement infondés.

On ne peut pas faire plus hors sol, plus éloigné de la réalité. Quiconque connaît La Réunion comprendra à quel point Brigitte Bardot mérite les réactions scandalisées qui émanent de la presse et des réseaux sociaux depuis la publication de sa lettre ouverte, le mardi 19 mars. Les réunionnais s’offusquent à raison des propos tenus par l’ancienne actrice de cinéma. Des sorties tellement outrancières que leur authenticité a pu être questionnée. Nos confrères de Réunion Première ont cependant obtenu confirmation auprès de la fondation Brigitte Bardot : il s’agit bien d’un courrier écrit par l’actrice éponyme, devenue l’une des porte-paroles contestées de la cause animale.

Brigitte Bardot et l’île démoniaque

« Je suis débordée, envahie par des lettres me dénonçant la barbarie que les réunionnais exercent sur les animaux ! », écrit la présidente de la fondation BB, qui s’adresse au Préfet de La Réunion pour dénoncer les cas de maltraitances animales. La démarche aurait pu être louable, si elle n’était constellée de propos racistes et scientifiquement infondés. Contacté par Le Média Presse, le député réunionnais Jean-Hugues Ratenon, qui a porté plainte contre ces propos, estime que ce courrier démontre que Brigitte Bardot « ne connaît pas La Réunion ». « Cette dame est une raciste », poursuit-il. Pour le parlementaire, « il suffit de voir la réaction des Réunionnais. On ne peut pas tolérer de tels propos. Cela montre un problème dans ce pays, la France, avec le racisme ». Un autre parlementaire réunionnais, proche des associations de défense de la cause animale, qui préfère garder l’anonymat, assure au Média Presse que ces propos « ne sont pas explicables car ils ne reposent sur rien. Il y a énormément à faire pour la cause animale, mais cette action dessert le travail des associations sur place. Tout le monde est braqué, ça arrive très mal ».

L’ensemble des acteurs contactés par Le Média Presse semblent d’ailleurs réticents à commenter cette actualité, tant elle semble malvenue. La polémique se cristallise sur les propos racistes et les insultes à l’égard des réunionnais. « Les autochtones ont gardé leurs gênes de sauvages  (…) une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches », écrit Brigitte Bardot. Autant de termes qui révèlent une « pensée profondément racialiste qui ne lui est pas exclusive » affirme l’historienne décoloniale Françoise Vergès, interrogée par Le Média Presse. Pour cette spécialiste de La Réunion, le courrier exprime « une approche de l’humanité qui perdure. Ces phrases ne reposent sur aucune étude scientifique, anthropologique. Son opinion passe pour une analyse culturelle et scientifique, alors que ce n’est qu’une opinion raciste qui fait sens commun ». François Vergès décèle « un tronc du vocabulaire racialiste, essentialiste » dans le lexique de celle qui fut l’icône du cinéma français. « Il ne manque plus que l’Inquisition ! », ironise la chercheuse à la lecture de l’expression « d’île démoniaque ».

Les cicatrices de la société réunionnaise

Ce vocabulaire colonial renvoie les Réunionnais à leurs traumatismes, à l’histoire de l’île et au passé esclavagiste. Brigitte Bardot rouvre de douloureuses cicatrices. La Réunion est « une île où le racisme structurel a des effets, où la colonialité s’exerce toujours », précise François Vergès. Dans une société qui supporte au quotidien le poids du colonialisme, il est courant que des communautés soient directement stigmatisées. Brigitte Bardot s’emporte contre « les fêtes indiennes Tamoul avec décapitations de chèvres et boucs en offrandes à leurs Dieux et dont les abats jetés à la mer attirent les requins… d’où les attaques ! », osant même évoquer « des réminiscences de cannibalisme des siècles passés ». Françoise Vergès explique que « certains militants de la protection des animaux peuvent verser dans une idéologie raciste, avec une vision eurocentrée de ce que serait la cruauté envers les animaux. » Pour l’experte, « cette lutte peut verser dans une idéologie blanche et coloniale, parce que la relation au monde animal fait partie de l’idéologie coloniale, qui n’a pas ciblé que les êtres humains mais aussi la manière dont ils perçoivent leur relation au reste du monde, à la nature, aux animaux ».

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Crédits : Nagarjun / Wikimedia Commons – CC.

De quoi parle donc Brigitte Bardot ?

Les sujets abordés dans cette lettre sont de véritables marronniers à La Réunion. Les affirmations assénées par la présidente de la Fondation ne reposent cependant sur rien de scientifique : elle ne fait qu’instrumentaliser des sujets polémiques dans l’île. Le député Jean-Hugues Ratenon concède que le sujet des animaux errants est un réel problème. « On n’en peut plus de la maltraitance à La Réunion. C’est un phénomène condamné par une majorité des réunionnais, mais ce n’est pas un prétexte pour insulter tout un peuple » explique le parlementaire. « Faire croire que c’est une pratique de tous les jours, c’est inadmissible », poursuit-il.

Brigitte Bardot fait référence aux chiens et aux chats errants qui pullulent dans l’île. Des meutes de chiens deviennent sauvages et dangereuses, elles attaquent les troupeaux et certains habitants tirent à vue. Les chats errants prolifèrent : abandonnés dans les montagnes, ils menacent la biodiversité endémique. Pour se nourrir, ils chassent des espèces d’oiseaux en voie de disparition et détruisent leurs habitats. Denise Sula, présidente de la Société Protectrice des Animaux de La Réunion, considère que « la situation est dramatique. C’est lamentable, des milliers de chiens sont euthanasiés dans les fourrières, il y a une surpopulation ingérable, on arrive à des cas de maltraitances extrêmes, des abandons en masse, on est submergés. Il y en a partout. Partout où vous promenez, vous croisez des animaux errants ». Cette militante de la SPA considère que « les campagnes de stérilisation se font à une échelle insuffisante. Les politiques ne suivent pas, la sensibilisation n’est pas faite, il n’y a aucune décision efficace des pouvoirs publics ». Plusieurs centres de stérilisation ont été installés par l’association, mais ces structures restent insuffisantes alors que le contexte impose de plus larges campagnes. De nombreux animaux sont envoyés pour adoption en métropole, mais la solution n’est pas durable. « On ne peut pas faire des charters de chiens », fulmine Denise Sula. Cette surpopulation animale entraîne de nombreuses complications. Les défenseurs de la cause animale sont particulièrement remontés contre la politique préfectorale. « Les fourrières ne peuvent pas tout ramasser, ça déborde ! », tonne la présidente de la SPA. Les animaux sont donc systématiquement euthanasiés.

L’ancienne actrice fait également référence à la crise requin, qui secoue l’île depuis 2011. En accusant les tamouls d’en être responsables, elle prouve une fois de plus sa profonde méconnaissance du sujet. « C’est elle qui m’apprend cette théorie, c’est n’importe quoi ! » réagit Jean-Hugues Ratenon, le député réunionnais, pour qui les nombreuses attaques peuvent s’expliquer par d’autres causes, dont les rejets d’eaux usées de zones de plus en plus urbanisées dans l’océan. « Les requins ne font que se nourrir car nous avons détruit la faune aquatique », poursuit l’élu. Sébastien Jaquemet, maître de conférences à l’Université de La Réunion, spécialiste des requins au sein de l’Institut de Recherche pour le Développement, précise que « les causes de la présence des requins au large de La Réunion sont naturelles. Pour les requins bouledogues, une dégradation des conditions de milieux liés aux activités humaines sur la côte ouest de l’île pourrait favoriser une installation plus pérenne, sans que cela puisse être prouvé scientifiquement. Nous n’avons donc pas plus d’explications à ce jour, puisqu’il n’y a pas de données antérieures à la série d’attaques débutant en 2011 ». D’après cet expert du requin, « il est clair qu’il y a des apports d’organismes d’origine terrestre en mer, dont certains sont consommés par les requins tigre (poulet en particulier), qui sont responsables de très peu d’attaques cependant. A ce jour, on ne peut pas mettre en évidence de relation entre la présence de déchets d’origines terrestres et humaines et l’augmentation des attaques ». Des arguments scientifiques qui contredisent frontalement les affirmations de Brigitte Bardot.

Nouveau coup d’éclat pour une récidiviste

Plusieurs personnes interrogées dans cet article rappellent que Brigitte Bardot n’en est à pas à ses premières saillies racistes. Avant la communauté tamoule, les musulmans faisaient déjà l’objet de ses attaques. En 1996, elle déclare ainsi dans les colonnes du Figaro que « la France, ma patrie, ma terre, est de nouveau envahie, avec la bénédiction de nos gouvernements successifs, par une surpopulation étrangère, notamment musulmane ». L’ancienne actrice est considérée comme un soutien de longue date du Front National. Elle a notamment été condamnée à cinq reprises pour incitation à la haine raciale. Une situation qu’elle pourrait connaître à nouveau, puisque de nombreuses personnes et institutions ont annoncé leur intention de porter plainte. Outre le député Jean-Hugues Ratenon, des associations et des représentants des autorités publiques ont également fait part de leur volonté de poursuivre en justice l’autrice de la lettre : le Préfet de La Réunion, la ministre de l’outre-mer, le président de l’association des maires de La Réunion, la délégation interministérielle français d’outre-mer, ou encore le président de la région.

« Ce sont les propos de Madame Bardot qui sont ancestraux », conclut le député Jean-Hugues Ratenon. « Avec cette vision coloniale des territoires d’outre-mer, elle fait la démonstration qu’elle se croit supérieure mais qu’elle est en fait inférieure ». Quant aux accusations de maltraitance animale, l’élu réunionnais s’indigne: « Le problème de la maltraitance animale est un problème mondial. On en a suffisamment de preuves dans les abattoirs de France ».

Crédits photo de Une : S.Fischer / Wikimedia Commons – CC.

5 Comments

  1. evemarie

    Elle a toujours ete raciste/ ‘a que les bobos qui confondent amour des betes et amour des gens, les anti speciste , les vegan n’aiment pas les autres, combien ont ils d’enfants a nourir, arrivent ils a supporter un autre ? pas trop souvent, ces gens sont celib, pas de gosses, pas trop de boulot, et bien facho. comme les ecolo qui ne sont que mepris pour les prolo alors qu’eux prennent l’avion, chg de portable chaque annee.. meme logique, d’image sans fond, qd qq a du fond on le fait taire, pas trop de femmes sur les plateau du MEdia, a part celles qui bossent , les journalistes, ou sont nos expertes ?

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    • Ainuage

      Bien d’accord avec toi Evemarie. Des écolos, j’en connais plein – une majorité de diplômés, anciens Mao ou ML – qui se sont reconvertis dans l’écologie dès qu’ils sont entrés dans la classe moyenne/haute active (ils demeurent donc des « contestataires », pour sauver la face). C’est la vieille (et nouvelle) base sociale de EELV. Ils n’aiment qu’eux-mêmes mais, pour faire les généreux, ils pleurent sur les animaux. Quand ils pleurent sur les humains, ce sont des larmes de crocodiles (!). Ils veulent mettre l’Humain au centre … et la classe ouvrière en périphérie.

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  2. Ainuage

    Bon ! je viens de lire l’article sur BB.
    Il est clair qu’elle préfère les animaux aux hommes … enfin certains hommes et certaines femmes ; car, dans le monde qu’elle fréquente et qu’elle aime, il doit bien y avoir quelques panthères vêtues de vison, et quelques gorilles vêtus de cuir (leur slip en particulier). Ce sont eux les dégénérés. Quand les animaux menacent l’homme, il est normal que l’homme se protège à proportion.

    A propos de sa phrase :
    « Les autochtones ont gardé leurs gênes de sauvages (…) une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches »
    Remarquons que « dégénérer » signifie « perdre ces gènes originaux »; alors qu’elle affirme que ces gènes originaux, » ils les ont gardés » ???? faudrait savoir !! Bon, contrairement aux écolos de chez nous, BB elle n’a pas bac +5 ! Mais comme eux, derrière sa compassion animal, elle nous cache quelque chose.

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    • Jean-Paul B.

      Et le goût des « informations » insignifiantes chez Le Média çà cache quoi?

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  3. Jean-Paul B.

    Si BB avait le QI d’un prix Nobel cela se saurait,de là à lui consacrer un article dans le Média comme si elle avait une grande influence sur le débat d’idées en France!
    Le Média qui joue petit bras, n’a vraiment rien à se mettre sous la dent.
    À quand un article sur les propos de comptoir sur le réchauffement climatique ou les extra-terrestres?

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