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Le trompettiste de génie Roy Hargrove s’en est allé à l’âge de 49 ans

Le trompettiste de génie Roy Hargrove s’en est allé à l’âge de 49 ans

Le trompettiste Roy Hargrove est décédé samedi 3 novembre à New York à l’âge de 49 ans. Endeuillé, le monde de la musique perd un des plus grands génies créatifs et populaires de ces deux dernières décennies.

Roy Horgrove était ce compositeur génial qui savait marier les différents genres de la musique afro-américaine : le jazz et le hip-hop, mais aussi la soul, le funk et le R&B. Ce, dans la même veine que Steve Coleman & The Five Elements, la métaphysique en moins, mais avec la même spontanéité. Il était ce genre musicien qui voulait que le jazz reste une musique, certes exigeante, mais surtout populaire.

Débuts et ascension d’un prodige

Après avoir été repéré par Wynton Marsalis il fait ses débuts – d’abord avec le saxophoniste Bobby Watson, puis auprès du grand ensemble Superblue (Blue Note Records, 1988) – il enregistre Diamond in the Rough, son premier album en tant que leader, chez RCA Novus. Une session sobre, d’inspiration hardbop – marquée par une superbe reprise de « Ruby My Dear », une composition de Thelonious Monk – mais durant laquelle Roy Hargrove exprime déjà une sonorité particulière. Le gamin de 20 ans qu’il était alors avait du groove. On ne saurait effectivement trop reconnaître les mouvements chaleureux et rythmés qu’on pouvait entendre chez les Jazz Crusaders, par exemple. Dès la seconde session, intitulée Public Eye, le trompettiste né à Waco au Texas montre, aux côté de Christian McBride à la contrebasse et de Billy Higgins à la batterie, une maturation précoce.

A côté de cela, ses talents remarqués lui permettent de jouer, alors qu’il a encore à peine plus de 20 ans, avec des légendes telles que les saxophonistes Sonny Rollins et Jackie McLean. Ses contemporains, également, n’hésitent pas à faire appel à lui. Ainsi on peut retrouver Roy Hargrove sur des sessions en compagnie des saxophonistes Joshua Redman, Jimmy Green ou encore Steve Coleman.

De Verve Records vers la consécration

Le son hard-bop mêlé à celui déjà bien funky de Roy Hargrove sera cultivé tout le temps que durera le contrat liant ce dernier avec RCA. Il signe ensuite chez Verve Records. Cette nouvelle collaboration avec le label va marquer un tournant dans la carrière du jeune trompettiste. Son premier enregistrement pour le label est un chef d’oeuvre. Toujours dans la verve hard-bop/post-bop, mais avec des monstres du genre. Les sax ténors Johnny Griffin, Joshua Redman, Joe Henderson, Branford Marsalis, Stanley Turrentine se sont joints à cette session de haute volée. With the Tenor of our Time. Le titre était bien trouvé. Et la session dépote.

Après un disque hommage à Charlie Parker, Parker’s Mood, il part vers de nouvelles directions. Des directions qui le conduiront vers la consécration. En 1997 il fonde le groupe – éphémère mais non moins remarquable – Cristol. Avec ce dernier il va diriger un enregistrement dressant un pont entre le jazz, le funk et la musique cubaine. Habana, c’est le nom de l’album, lui vaudra un Grammy Award. Il a ensuite enregistré Moment to Moment, un album composé de ballades d’une sensibilité pouvant rappeler les plus belles parmi celles que le jazz west coast et notamment Chet Baker ont pu nous offrir par le passé.

Le RH Factor, la bombe hip-hop-jazz

Roy Hargrove était un trompettiste qui ne s’interdisait aucun genre et surtout aucun mélange. Parmi ses différentes collaborations, il y a celles avec des légendes du jazz mais aussi avec des artistes hip-hop et R&B. Ainsi on peut retrouver le jazzman sur des disques comme Mama’s Gun d’Erykah Badu, le cultissime Voodoo de D’Angelo ou encore Like Water for Chocolate du rappeur Common. On peut aussi noter des collaborations avec le rappeur Q-Tip (ancien du groupe A Tribe Called Quest) ou encore le chanteur et guitariste pop John Mayer.

Mais la véritable bombe, si l’on peut dire, est tombée en 2003. Après avoir fondé un nouveau groupe, le RH Factor, Roy Hargrove enregistre son premier disque, Hard Groove, disque étiquetté « Jazz-Hip-hop » mais qu’on pourrait aisément qualifier d’ « Hip-hop-jazz ». Cela paraît rien dit ainsi, mais la différence est plus subtile qu’on le croit. Au-delà des étiquettes, ce disque est aussi bien inspiré par le hip-hop que par le funk et la soul. Ainsi on retrouve dans cette session des collaborations déjà évoquées plus haut. Erykah Badu, Common, Q-Tip mais aussi D’Angelo et Anthony Hamilton sont de la partie et vont contribuer à la production d’un des disques, sinon LE disque, le plus incroyable des années 2000. Les deux albums suivant du groupe : Strength et Distractions, seront dans la même veine mais non sans nouvelles touches. Pour exemple, on reconnaît les influences de l’afro-beat dès le premier morceau ; intitulé « Rich Man’s Welfare », ainsi que dans le dernier, « Universe ». Pour le reste, il paraît clair à l’oreille que les inspirations venues du jazz-funk des Weather Report de Wayne Shorter ou des Head Hunters d’Herbie Hancock n’ont pas été reniées. Bien que sa carrière avait déjà plus de 15 ans, Roy Hargrove n’en finissait pas d’avoir de nouvelles idées.

Retour aux sources

En solo, il revient vers ses fondamentaux avec la sortie de Nothing is Serious, avant de signer avec le label EmArcy et d’enregistrer le magistral Earfood en 2008, une sublime synthèse entre ses sources hard-bop et les années RH Factor. Cet enregistrement a été rendu fameux grâce à sa composition intitulée « Strasbourg-Saint-Denis », en hommage au quartier parisien du même nom. Les problèmes de reins venant perturber son (encore) jeune carrière, il finit un peu comme il avait commencé avec un dernier album auprès d’une formation en big band (grand orchestre) : Emergence. Ce disque avait fait l’objet d’une incroyable performance lors du festival Jazz à Vienne avec, en guest, Jon Batiste au piano.

Roy Hargrove s’en est allé suite à un arrêt cardiaque survenu ce samedi 3 novembre, emmenant avec lui tout le génie et l’inspiration dont il était capable. Son imagination, sa générosité et sa spontanéité avaient permis au jazz de conserver le caractère foncièrement libre et émancipateur qui faisait autrefois sa popularité. Après tout ce qu’il a apporté à la musique, pas seulement au jazz, comment ne pas le remercier, et lui souhaiter bon vent ?

Légende: Roy Hargrove au festival de jazz de Fribourg en juillet 2018

Crédits: Ice Boy Tell/Wikimedia Commons

 

1 Comment

  1. Chic Chic d'Igatou

    Merci pour ce papier en hommage à un très grand musicien.

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