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Rumiko Takahashi, deuxième femme lauréate du Grand prix du festival de la BD d’Angoulême

Rumiko Takahashi, deuxième femme lauréate du Grand prix du festival de la BD d’Angoulême

Rumiko Takahashi a remporté le Grand prix du festival de la BD d’Angoulême. Ce nom n’évoque peut-être pas grand chose au premier abord. Pourtant, elle est l’auteure d’un grand nombre de mangas, tous différents les uns des autres, tous adaptés en animé, et c’est d’ailleurs par ce biais que les plus de 25 ans connaissent au moins l’un d’entre eux : Lamu, Juliette Je t’aime, Ranma 1/2 ou encore Inuyasha. Elle est seulement la seconde femme à remporter ce prix après Florence Cestac, il y a vingt ans. C’est également le second mangaka a le remporter après Katsuhiro Otomo (2015), l’auteur du cultissime Akira.

D’une pierre deux coups, en recevant ce prix, elle contribue, d’une part, à légitimer encore un peu plus le manga dans l’univers de la bande dessinée et à légitimer les femmes en tant qu’auteures du 9ème art. L’influence de Rumiko Takahashi sur les mangakas femmes au Japon n’est d’ailleurs pas négligeable, si l’on en croit le succès de Ranma 1/2, premier shonen (manga pour jeune garçon) réalisé par une femme, à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Succès qui a ouvert la voie aux femmes au sein d’un univers – celui des « mangas pour garçon » – résolument masculin.

Une dessinatrice et une conteuse hors-norme

Mais avant de venir casser et parodier les codes traditionnels du « manga pour garçon », Rumiko Takahashi va inventer ses propres codes, à travers ses deux premières œuvres intitulées Urusei Yatsura (Lamu en français) et Maison Ikkoku (Juliette Je t’aime). Deux héroïnes de caractère accompagnées d’hommes un peu loufoques et surtout complètement losers. Dans Urusei Yatsura, Lamu, jeune extraterrestre débarquée sur terre, initialement pour l’envahir, va tomber amoureuse d’Ataru, jeune lycéen raté et obsédé. Dans Maison Ikkoku, Kyoko Otonashi est une jeune veuve qui débarque en tant que nouvelle concierge de la collocation où vit Yasaku Godaï, un étudiant raté et un peu gauche. Dans ce manga, la collocation et le personnage de Kyoko sont autant de prétextes pour aborder des thématiques sociales comme les fins de mois difficiles et des thématiques plus spirituelles comme le veuvage précoce et le deuil.

Rumiko Takahashi invente en quelque sorte son propre procédé narratif, ses propres codes. À travers un humour mêlant l’absurde et le non-sens, elle parvient à traiter de sujet très divers et non moins sérieux. Ranma 1/2 va être à ce niveau-là une forme de consécration et d’aboutissement. L’univers du manga est, certes, plus courant aux « mangas pour garçon » de l’époque, tournant autour des arts martiaux. La femme de tempérament, sous les traits d’Akane cette fois, est toujours présente. Mais cette fois, l’homme qui l’accompagne, en l’occurrence Ranma, n’est plus un bon à rien. Ils sont tous les deux des experts en arts martiaux de haut niveau. La subtilité réside dans le fait que cet homme n’en est peut-être pas tout à fait un. En effet, Ranma se transforme en fille au contact de l’eau froide. Un héros « trans » dans un shonen ? Comme il s’agit d’une malédiction due à une chute dans une source maudite, il n’y a jamais eu le moindre scandale autour de l’identité du personnage de Ranma. Néanmoins, ne peut-on pas voir Ranma comme un des rares (voir le seul) héros transsexuel de l’histoire du manga ? Chacun ira sans doute de son analyse. Dans tous les cas, c’est une manière subtile d’aborder la question de l’identité sexuelle, toujours par le biais de quiproquo absurdes ou totalement dénués de sens. Au début rebuté par cette malédiction, il va finir par s’y faire et même par en jouer, retournant à son profit certains stéréotypes machistes et misogynes. Par ces procédés narratifs, Rumiko Takahashi a réussi à exporter ses œuvres à peu près partout. « Son humour parvient à la fois à s’adapter au public japonais et au public européen », estime Satoko Inaba, éditrice chez Glénat Manga. Il est vrai que l’humour situationnel de Takahashi ressemble parfois à celui des Monty Python.

Au-delà de l’humour…

Le style de Rumiko Takahashi ne saurait se réduire au comique de situation. En même temps qu’elle écrivait et dessinait Maison Ikkoku, Urusei Yatsura et Ranma 1/2, la mangaka était aussi derrière un autre manga, beaucoup moins connu du grand public et qui prend ces trois œuvres à contre-pied. Il s’agit de Mermaid Saga, une trilogie comprenant Mermaid Forest, Mermaid Scar et Mermaid Gaze. L’univers est plus sombre, plus « mature », et un brin pessimiste. Elle traite de la jeunesse éternelle et des maux engendrés par cette quête impossible. Yuta et Mana, les héros de cette oeuvre, tous deux immortels, vont d’ailleurs tout faire pour redevenir mortel.

Plus tard, Takahashi entreprendra la plus longue de ses œuvres, Inuyasha. Publié dans les années 2000, Inuyasha conte les histoires d’une jeune lycéenne, Kagome, qui se retrouve projetée au Japon du XVIème siècle. Elle y rencontre Inuyasha, un hanyo (métis démon-humain). L’auteure nous plonge dans l’univers de la mythologie japonaise, où vivent des démons que les Japonais appellent « yokaï » et qui font partie intégrante de son folklore. À travers un univers sombre, parfois cauchemardesque, Rumiko Takahashi aborde des sujets comme, encore une fois l’immortalité, mais aussi la mort, la résurrection, le sens de la vie. Ce qui démarque Inuyasha des autres shonen de son temps, comme Naruto, Bleach ou One Piece, c’est le triangle amoureux que l’on suit tout au long de l’aventure. Un triangle amoureux né d’une histoire d’amour tragique, prétexte pour évoquer les thèmes de la trahison et du ressentiment. L’humour « Takahashiesque » est toujours présent, mais moins fréquent et sert surtout à détendre une atmosphère parfois lourde et mélancolique.

Le prix reçu par Rumiko Takahashi, en plus de reconnaître les femmes dans le milieu des auteurs de BD, consacre le manga comme un média à part entière au sein de ce qu’on appelle le 9ème art. Loin des clichés que ses détracteurs ont essayés de lui coller, l’univers du manga comporte tout un tas d’œuvres d’une finesse exceptionnelle. Urusei Yatsura, Maison Ikkoku, Ranma 1/2 ou Inuyasha en sont les plus beaux exemples.

Légende : Couvertures de tomes de mangas

Crédits : Capture d’écran / chaîne YouTube de France Culture

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