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Médine au Bataclan : halte à l’hystérie nationale

Médine au Bataclan : halte à l’hystérie nationale

L’annonce de deux concerts du rappeur Médine au Bataclan provoque une vraie hystérie à droite. L’artiste serait accusé de promouvoir le djihadisme. La réalité est pourtant toute autre.

Deux ans après Black M, c’est au tour du rappeur Médine de se retrouver au cœur d’une polémique. A l’époque, la venue de l’artiste aux commémorations de la bataille de Verdun avait été annulée. La raison ? Certains, à droite, à l’extrême droite, mais même à gauche, avaient jugé sa venue inopportune, s’appuyant sur certains textes maladroits. Cette fois, c’est un concert en apparence moins solennelle, puisqu’il s’agit d’un événement privé, qui pose problème. Il faut dire qu’il se déroulera dans un endroit hautement symbolique. Il s’agit du Bataclan, lieu emblématique de l’attentat spectaculaire du 13 novembre 2015, où Médine se produire les 19 et 20 octobre prochains. Pour les détracteurs de l’artiste, il s’agit d’une insulte aux 90 victimes. Car, selon eux, le rappeur havrais serait un islamiste, voire un promoteur du djihad. Encore une belle preuve de l’incompréhension que peuvent susciter le rap et les banlieues, le tout sur fond de panique identitaire. Revenons aux faits

Médine, Bataclan et jihad

En mars dernier, Médine balance le troisième extrait de son sixième album, Storyteller. Un morceau émouvant dédié à une salle de concert mythique, intitulé « Bataclan », accompagné de Youssoupha et du chouchou de la presse, Orelsan. Point de référence aux événements qui ont horrifié l’Hexagone, il n’est que question de musique et de prestation scénique. « Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan », y explique Médine. Il profite de ce clip pour annoncer un concert dans la tristement célèbre salle de concert. Une annonce qui, si elle a ravi ses fans -la première date est complète-, était passée sous les radars politiques, jusqu’à peu.

Mais l’inévitable s’est produit. Depuis 2012 et Don’t Panik : n’ayez pas peur (DDB), son livre avec Pascal Boniface, Médine est une des bêtes noires de l’extrême droite. Ajoutons que la gauche “républicaine” l’a aussi en ligne de mire depuis la sortie du titre « Don’t Laïk » en 2015, juste avant les attentats de Charlie Hebdo. Ainsi, depuis la fin de la semaine dernière, -vendredi 9 juin-, un visuel circule sur les réseaux sociaux. On y voit le rappeur portant un t-shirt où il est écrit « Jihad » et une épée, à côté de l’affiche de ses concerts, au Bataclan donc et complets à ce jour. Une agitation qui a “obligé” les responsables politiques de droite à monter au créneau. « Au Bataclan, la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s’y produira un individu ayant chanté “crucifions les laïcards” et se présentant comme une “islamo-caillera”. Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France », a tweeté le président de LR Laurent Wauquiez. De son côté, la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen a déclaré : « Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan. La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! »

Ce ne sont que quelques exemples emblématiques, alors que les demandes d’interdictions pleuvent, avec le hashtag #PasDeMédineAuBataclan. La gauche n’est pas forcément en reste non plus. Habitué aux polémiques sur l’islam et la laïcité, le Printemps républicain a, quant à lui, tenté de tenir une ligne de crête difficile, entre dénonciation du MC et défense de sa liberté artistique. Le collectif de Laurent Bouvet et Amine El-Khatmi semble avoir à cœur de se distinguer, au moins cette fois, de la droite et de l’extrême droite. Mais derrière ces réactions un fil rouge : Médine serait dangereux. Ces indignations seraient tout à faire légitime si le rappeur était effectivement un islamiste rigoriste, ou pire un soutien du terrorisme. Mais il n’en est rien.

Rap et islam : la grande incompréhension

Rappelons d’abord ce qu’est le “jihad”. Ce mot, aussi utilisé par les Arabes de confession chrétienne, ne signifie pas “guerre sainte”, comme il est trop souvent expliqué, mais plutôt “effort“ ou “lutte”. De plus, il ne recouvre pas nécessairement une réalité violente. Le jihad est d’abord une notion spirituelle, qui invite le croyant à avancer vers Allah. La notion ne fait néanmoins l’objet d’aucun consensus, comme beaucoup d’autres dans l’islam. Ainsi, Averroès, célèbre philosophe aristotélicien du XIIe siècle répertoriait quatre jihad : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée. Il est normal que le “jihad” puisse effrayer dans un pays qui a découvert avec horreur le terrorisme islamiste, soit le jihad par l’épée, il y a peu. Pourtant, il faut bien comprendre ce qu’il recouvre lorsqu’il est employé. Médine ne déroge évidemment pas à la règle. Dans « Arabospiritual », morceau d’Arabian Panther, son troisième album sorti en 2008, le rappeur havrais scandait :

« Ma culture devient de la confiture de barbituriques
En 2005 deuxième album en demi-teinte j’emprunte
Les voix de la provocation pour tous les convaincre
Et non les combattre avec un disque en forme de sabre
Mais lutter contre soi reste le plus grand Jihad !
J’amène un message de paix derrière une épée »

L’artiste faisait alors référence à son précédent disque, Jihad, sous-titré « le plus grand combat est contre soi-même ». C’est de cet album qu’est tiré le visuel polémique. Il y décrit l’islam comme « une religion de paix ». Grande fresque sur la guerre dans l’Histoire de l’humanité, le morceau éponyme est en fait un plaidoyer pour la paix. Il invite également à l’introspection pour être un homme meilleur. « Ma richesse est culturelle, mon combat est éternel/ C’est celui de l’intérieur contre mon mauvais moi-même », concluait la chanson. Un an auparavant, dans son premier album, 11 septembre, récit du 11e jour, Médine dénonçait avec vigueur les amalgames entre islam et djihadisme, dans « Ni violeur ni terroriste ». Aboubakar, invité sur le morceau rappait ainsi : « Si nos âmes s’arment c’est pour le combat après la mort ». La spiritualité prime alors. Mais c’est « Hotmail » qui finit par dissiper les doutes qui pourraient encore subsister.

Présent sur Table d’écoute, EP de neuf titres, ce morceau entend clarifier le propos du rappeur. Dedans, il réagit à trois messages laissés sur son répondeur. Dans le deuxième couplet, un auditeur lui dit : « Wallah Medine bsahtek ouah j’ai écouté wallah t’as raison. Faut couper toutes les têtes jihad mon frère. Wallah Faut qu’ils payent wallah. » Le rappeur lui répond alors : « Voici l’idée que tu te fais de mes couplets/ Qu’avec un disque de rap des têtes je vais couper/ Découper les cous des gens hors du coup ». Le Havrais invite alors son auditeur à la réflexion : « Le conseil ne dit pas de tendre l’autre joue/ Mais de réfléchir avant d’agir tous les autres jours/ Si tout est critiquable commence par l’auto-critique/ L’Occident n’est pas responsable de ton slip ». Nous sommes alors loin du prêcheur de haine à l’égard de l’Occident. Dans le dernier couplet, Médine se paye même le luxe de répondre aux salafistes qui lui reprochent de faire de la musique. Après leur avoir rappelé que les hommes ne lisaient pas les cœurs, il conclut ironiquement : « Eux-mêmes philosophes dans tous domaines/ De Mohammed n’ont que le prénom de domaine/ […] Délaisse la paille dans l’œil de ton voisin/ Enseignement chrétien pour attitude de crétin ». Pour finir, soulignons que Médine est un admirateur du commandant Ahmed Chah Massoud, le “Che Guevara afghan”, ennemi des Talibans, qui l’ont fait assassiner le 9 septembre 2001. Le rappeur, qui a rendu plus d’une fois hommage au révolutionnaire, comme dans « Du Panjshir à Harlem » (Jihad), a même appelé son fils Massoud.

Mais il n’y a pas que le rapport au jihad qui gêne chez Médine. Il y a aussi la laïcité. Début 2015, alors que la France n’a pas encore digéré le drame de Charlie Hebdo, le rappeur sort un morceau polémique : « Don’t Laïk », détournement de son fameux slogan « I’m muslim, don’t panik ». Il n’y attaque pas la laïcité, selon des dires, mais les “laïcards” – notion, il est vrai, plus polémique que précise. Il y rappe : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha ». Ce sont ces quelques mots qui ont provoqué la colère de la gauche républicaine, y percevant une menace physique. C’est pourtant bien mal connaître le rap, qui aime multiplier les images, et pour qui la violence est souvent plus esthétique que réelle. Pour le dire plus simplement, aucun auditeur de Médine n’irait s’en prendre physiquement à un “laïcard”.

Médine est bien évidemment critiquable, sur le plan artistique comme sur le plan politique, où il se place volontairement. Encore faut-il que la critique soit pertinente. Le rappeur est plus un musulman pieux et politisé qu’un rigoriste ou un islamiste. Cette doctrine a montré ces dernières années qu’elle était un danger réel en France. Mais fantasmer des djihadistes à tous les coins de rue est contre-productif à tous les niveaux. Enfin, et ce n’est pas le point le moins important, une démocratie bien portante est une démocratie qui laisse s’exprimer librement ses artistes.

Photo de une : visuel qui fait polémique sur les réseaux sociaux

Crédits : Capture d’écran sur Twitter

9 Comments

  1. muriel2449

    L’Europe court à sa perte, l’extrême-droite progresse et elle n’a aucun mal puisqu’on est capable d’écrire que l’islam est une religion de paix.
    Tous les secteurs sont infiltrés par les séides de l’islam. Oui mais bon il y en a des gentils qui font du rap avec des mots violents, des images violentes, mais c’est pas qu’ils voulaient dire, enfin nous sommes idiots de penser qu’ils sont dangereux. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil mais il y a des limites. La gauche se laisse berner, influencer, elle en devient aveugle. Pour ma part, j’ai pas envie de finir avec un torchon sur la tête, j’ai pas envie de voir la république se faire trancher la tête par des fanatiques, j’ai pas envie de fermer ma gueule sous prétexte que ces provocateurs eux peuvent s’exprimer en marchant sur le sang versé.
    Ne nous étonnons pas si la France aux prochaines élections virent à droite toute.

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    • vilet

      Au nom de la démocratie doit-on tout laisser faire et dire ? Au nom de la démocratie doit-on laisser des idées fondamentalistes nauséabondes s’exprimer librement, idées qui poussent à la négation de l’autre, à la haine et qui profanent la mémoire d’innocents morts sous les balles aveugles des terroristes islamistes ? Les grands coupables en définitive se sont tous nos dirigeants qui ont sciemment par intérêt financier ou pire par naïveté laisser l’ennemi envahir insidieusement et s’installer dans ce beau pays qu’est la France pour la soumettre à la barbarie religieuse! Eh oui il serait temps de se réveiller avant que notre vie devienne un vrai cauchemard !

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  2. Marchant

    Je ne suis pas certain que vous défendiez la bonne cause.

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  3. Simon

    Vous devriez citer d’autres textes de Médine:
    « Ici république et Nation c’est que des stations d’métro, encore une phrase qui devrait remplir la gueule de Finkelkraut »
    « Dans les no-go zones, on a les chromosomes
    Bonhomme et amazone, ma peau mon étoile jaune
    J’appelle au Jihad social, pour contrecarrer l’illettrisme
    C’est les politiques qui nous emboîtent le pas, nous on agit que par mimétisme »
    (Speaker Corner)

    « Qui crée du repli et du communautarisme ?
    J’connais aucun gars qui s’est dit « je vais m’auto-ghettoiser »
    J’arrêterai d’parler d’quartier quand l’Élysée sera détribalisé
    Qui a déclenché le plan vigi-primate »
    (Démineur)

    Et pour les deux commentaires au-dessus… je vous répondrais avec Coluche. « Y’a quand même moins d’étrangers que de racistes en France,
    je préfère m’engueuler avec les moins nombreux. »

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  4. TZ

    Désolé de ne rien voir de très spirituel dans ce rap, dans ces paroles pour le moins vulgaires et dans ces analyses de comptoir, fussent-elles chantées. Et pourtant je suis à gauche.

    L’Islam n’est pas plus une religion de paix que les autres religions, ou que certaines idéologies athées, et je peux parfaitement comprendre que la venue de ce rappeur au Bataclan choque.

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    • Simon

      Magnifique… Vous êtes de gauche, la belle affaire.
      Quoi de choquant dans le fait qu’il puisse passer au Bataclan ?
      Est-il musulman ? Et alors ?
      Est-il un artiste ? Oui.
      Le bataclan est-il une salle de concert ? Oui.

      Médine a tout à fait sa place au Bataclan, n’en déplaisent aux Faure, Le Pen, Wauquiez.
      Ces gens veulent qu’on voit dans chaque musulman français un potentiel terroriste. Ils montent la population contre elle-même, chose nécessaire pour maintenir un pouvoir en place.

      Vous êtes de gauche ? Qu’importe. Usez donc votre cerveau plutôt que de justifications.

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  5. oh91

    Merci pour cet article (qui aurait mérité dêtre expurgé de quelques coquilles malheureuses…)
    Médine est un artiste respectable, qui est suivi et en qui se reconnaissent des jeunes parmi ceux et celles qui se voient systématiquement stigmatisé.e.s. L’hystérie en cours entretient les scories de la division et de l’exclusion, elle est en tout point irrationnelle mais s’y vautrent complaisamment un « Printemps républicain » groupusculaire dont c’est le fonds de commerce – et qui offre aux thèses de Manuel Valls leur caisse de résonnance -, et dans son sillage quelques bonnes volontés enfummées qui ne voient midi et le monde qu’à leur porte.
    Qu’on le veuille ou non, notre société est diverse. C’est notre richesse. Retirez aux un.e.s ou aux autres leurs droits culturels, et vous enfermez, vous excluez, vous provoquez l’explosion. Et pour répondre aux commentaires affligeants qui précèdent, on s’en fout de savoir si l’islam est ou pas une religion de paix. par contre quand un poète dit, écrit et chante que sa religion est une religion de paix, en quoi est-ce autre chose qu’un discours d’apaisement ? De pédagogie ? Pourquoi le faire taire ? Pourquoi envoyer des messages de haine à ceux et celles qui s’y reconnaissent ?
    Après, t’aimes ou t’aimes pas le rap, tu comprends ou pas ce langage, tu appartiens à son univers ou tu y es étranger, c’est autre chose. personne en te demande d’aimer. On te demande juste de ne pas interdire !

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  6. alicia deys

    Extrait :  » Il (Médine) n’y attaque pas la laïcité, selon des dires, mais les “laïcards” – notion, il est vrai, plus polémique que précise [je ne vous le fais pas dire] . « Il y rappe : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha »… Du troisième degré sans doute.
    Un bon point pour lui cependant : il admire Ahmad Shah Massoud; Reste que le « Lion du Panshir » , soufie et adepte du grand Jihad, c’est-à-dire du combat intérieur contre ses propres ténèbres », ne se serait pas présenté au Bataclan avec un tee-shirt représentant l’arme des égorgeurs de l’EI. Quant « au plan vigie-primate, c’est un très mauvais jeu de mots qui consiste à dire que l’Etat s’en prendrait uniquement à des personnes considérées comme des sous-hommes , en raison de leur origines ethniques et non parce qu’ils sont des assassins. Je suis et reste « Charlie ». en mémoire de tous les amis du journal décédés ou blessés, de mon ami Mustapha Ourrad, assassiné, français d’origine kabyle et surtout homme de qualité, non pratiquant. Et laïc.

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  7. Gueryam

    Il y’aura toujours des leches boules dans votre genre pour défendre ce genre de raclure de wc qui se pretend « artiste »… Votre aveuglement forcené fais peine à voir et froid dans le dos a la fois

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