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Ready Player One, L’adieu au cinéma de Steven Spielberg

Ready Player One, L’adieu au cinéma de Steven Spielberg

Ah, les longs week-end où l’on emmène les ados au cinéma voir les derniers Blockbusters, un peu heureux de retrouver aussi un cinéaste de son enfance, qui laisse pour Pâques un film « Easter Egg » sur la pop culture.

Regarder Ready Player One, le dernier film de Steven Spielberg, adaptation du roman d’Ernest Cline, est à la fois une joie et une souffrance.

Une joie car c’est un film plein de références pop jouissives et espiègles, qui en fait trop et juste assez sur l’imaginaire de la quête et une souffrance, car ce n’est plus du cinéma, mais un gigantesque scénario dont vous êtes le héros.

Film de passage, entre deux mondes de la narration, celui du cinéma et celui du jeux vidéo. Steven Spielberg l’a compris, Hollywood entame sa mue de machine à raconter des histoires à machine à produire des jeux vidéos, et sa place devient un anachronisme, une nostalgie d’un monde d’hier balayé par la technologie.

Dans le film, les seuls écrans qui existent dans la réalité sont ceux des lunettes de réalité virtuelle, de tablettes tactiles et d’écrans publicitaires. Pour aller dans une salle de cinéma, il faut se rendre dans le jeu, l’OASIS et se retrouver dans l’émulation d’une salle de cinéma des années 60, où l’on joue The Shining, film culte de Kubrick. Un choix de film qui n’est pas anodin, Spielberg ayant effacé les références à ses films et choisi de tirer sa révérence en rendant hommage au dernier cinéaste raconteur d’histoires. Shining, un film adapté d’un roman, renié par le romancier et devenu un jeu de références et de charades sur la folie de raconter des histoires. Jack, le romancier prisonnier des glaces, perd la tête essayant d’accoucher d’un dernier roman et se retrouve comme un vagabond entre la réalité et le rêve.

C’est bien de cela dont il est aussi question dans le film de Spielberg : le rôle de la réalité virtuelle dans la narration et dans la création.

Déjà en 2016, lors d’un festival de Cannes, le réalisateur annonçait propos de la réalité virtuelle : « La seule raison pour laquelle je considère ça comme dangereux, c’est parce que la réalité virtuelle donne au spectateur une grande latitude pour se détourner des intentions des conteurs, pour faire leurs propres choix concernant ce qu’ils veulent regarder »

Ainsi, dans le film, le héros est un ado ressemblant étrangement au réalisateur, qui adore le créateur du jeu l’OASIS comme un dieu et décide de chercher au plus profond de la psyché du créateur les raisons de la narration et du jeu. Ce joueur là respecte l’intention du conteur et trouve les clefs de la virtualité dans la psychanalyse de son créateur.

Malheureusement, Spielberg s’avoue vaincu: après le livre dont vous êtes le héros, il a compris que les producteurs d’Hollywood veulent maintenant travailler sur le film dont vous êtes le héros, les conteurs y auront une place réduite face aux avocats et aux game designers. Ce sont d’ailleurs les avocats qui dorénavant façonnent l’imaginaire collectif de la pop culture. Produit par Amblin et la Warner, le film ne fait aucune référence aux univers Disney pourtant riches en héros de pop culture avec les super-héros Marvel ou la galaxie Star Wars (toujours présente dans les films historiques de Spielberg en clin d’oeil à l’ami Georges Lucas). Le réalisateur n’a eu droit qu’aux licences DC Comics et autres contrats Warner.

Ready Player One est bien plus qu’un film de nostalgie à la pop culture des 80s, c’est un adieu aux armes lucides et ludiques d’un des derniers conteurs d’Hollywood.

Crédits: Gage Skidmore/Flickr

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