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Les femmes : actrices méconnues de la révolution française

Les femmes : actrices méconnues de la révolution française

La Révolution française, une affaire d’hommes ? C’est ce qu’on apprend à l’école. Pourtant, loin d’être de simples spectatrices, les femmes furent véritables actrices de la libération du peuple, et amorcèrent des idées nouvelles et progressistes. Dans l’ombre souvent, avec courage toujours, les femmes de la Révolution française méritent d’être connues.

Avant 1789,  Mirabeau eut cette phrase célèbre : Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution!” L’Orateur du peuple avait raison. Les femmes de la Révolution française furent nombreuses, mais bien souvent anonymes et invisibilisées. Aujourd’hui encore, elles sont peu présentes dans les manuels scolaires. Chacun a étudié qui étaient Robespierre et Marat, mais surement moins qui étaient Charlotte Corday, Théroigne de Méricourt et Olympes de Gouges. Car si l’Histoire a été écrite par des hommes, elle a aussi été faite par des femmes. Dès 1789, on ne leur octroie aucun droit, comme si elles ne faisaient pas partie du peuple. En août 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est proclamée, mais nulle place ni droits pour les femmes. Pourtant, quelques mois plus tard, les 5 et 6 octobre 1789, ce sont elles, les femmes qui sont les premières à envahir Versailles, canons et armes de fortune à la main, pour ramener le roi à Paris.

La marche des femmes vers Versailles

Le 5 octobre au matin, elles se réunissent place de l’Hôtel de Ville à Paris. La plupart d’entre elles appartiennent aux Dames des Halles, une corporation importante dans la société de l’Ancien Régime. Elles sont souvent reçues par le roi et lui présentent des doléances ou des compliments. Ce sont des représentantes officielles du peuple de Paris. Ces femmes sont chargées de l’approvisionnement de la capitale. Pour les historiens, il est donc tout à fait réaliste qu’elles aient pris les devant pour déposer requêtes et plaintes lors de la disette de pain. C’est vers dix heures du matin, sous une pluie incessante, que plusieurs milliers de femmes, rejointes pas de nombreuses autres en route, partent pour Versailles aller voir le roi. Dans le cortège, on trouve aussi bien des femmes issues des classes populaires que des bourgeoises, comme en témoignent les gravures de l’époque et le journal du libraire parisien Hardy qui décrit dans ses écrits que « plusieurs milliers de femmes » couraient les rues « après avoir racolé toutes les femmes qu’elles rencontraient sur leur passage, même les femmes à chapeaux. » Ces femmes marchent près de six heures à pied, le temps de parcourir la route entre Paris et Versailles, en tirant à mains nues quelques deux ou trois pièces de canon prises place de la Grève.

Cette marche demeurera dans l’histoire comme la première “Marche des femmes”. Un terme souvent repris aujourd’hui lors des manifestations de rues en faveur des droits des femmes dans le monde entier. Cette procession révolutionnaire passera par la place Louis XV (aujourd’hui place de la Concorde), les Champs-Elysées et enfin la route de Sèvres. C’est vers seize heures, épuisées, qu’elles arrivent à Versailles, après ces heures de marche dans la boue, sous la pluie, avec leurs enfants dans les bras parfois, sans boire ni manger, et tirant pour certaines les dits canons. Arrivées à Versailles, quelque unes entrent dans l’Assemblée nationale, ce qui provoqua la colère de certains députés de l’époque, trouvant l’intrusion de ces femmes bien plus dérangeantes que celle du peuple qu’elles daignaient représenter. C’est après cet événement dont elles sont les actrices, que des groupes d’hommes armés arrivèrent de Paris.

Théroigne de Méricourt, l’“Amazone rouge”

Comme le démontrent les événements d’octobre 1789, les députés n’étaient pas habitués à voir des femmes sur les bancs de l’Assemblée. Pourtant, une femme venait prendre place dans les tribunes. Une certaine Théroigne de Méricourt, jeune femme venue de Liège pour assister à la Révolution française. Elle aurait d’ailleurs participé aux journées du 5 et 6 octobre 1789. Vêtue d’une redingote et d’un chapeau à plumes à la Henri IV, Théroigne de Méricourt s’affiche en guerrière, reprenant la mode de l’amazone lancée par Madame du Barry. Elle crée à l’âge de 25 ans, après une carrière de chanteuse ratée, la légion des amazones. Pour elle, la Révolution se fera armes à la main, et avec les femmes et les hommes, se battant côte à côte. Elle déclara, pour inciter les femmes à la rejoindre : « Armons-nous; nous en avons le droit par la nature même de la loi, montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertu, ni en courage ». On la surnomme “l’Amazone rouge”, surement à cause de ses détracteurs qui aiment à la dépeindre toujours vêtue du rouge sanguinaire. Véritable militante, Théroigne de Méricourt clame ses idées sur la place publique et colle des affiches. Pionnière du féminisme, elle souhaite réparer les injustices entre les hommes et les femmes, lutter contre la misère, la pauvreté, et permettre l’accès à l’éducation. Elle est arrêtée en 1793, fouettée nue. On l’accuse d’avoir tué un célèbre journaliste royaliste de l’épique et de vouloir assassiner Marie-Antoinette, peu de temps avant que celle-ci ne soit guillotinée. Pour échapper à la guillotine, elle se fait passer pour folle. Elle sera internée vingt longues années à l’isolement, dans une cellule minuscule de la Salpêtrière. Elle y meurt à 55 ans, en laissant mourir de faim. On dit qu’en 1830, Eugène Delacroix se serait inspiré de Théroigne de Méricourt pour peindre son célèbre tableau La liberté guidant le peuple. Rumeur ou non, peu importe. Théroigne de Méricourt, avant d’être une muse, fut une véritable révolutionnaire.

Olympe de Gouges, visionnaire guillotinée par les révolutionnaires

Autre figure de proue de la Révolution, Olympe de Gouges. Peu connue comme révolutionnaire, c’est à la fin du XXe que la figure d’Olympe de Gouges refait surface grâce aux féministes. Véritable écrivain, Olympe de Gouges rédige la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne en 1791. Reprochant au texte fondateur de ne jamais faire mention de la femme, elle écrit ce texte devenu emblématique des droits des femmes reprenant la forme du texte de 1789. « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune », écrit-elle en préambule. Elle ajoute certains éléments, comme le droit au travail pour les femmes ou encore la reconnaissance des enfants illégitimes (hors mariage), dont elle fait partie. Elle fut battue et violée dès l’âge de 17 ans par son mari, un épicier. Elle dira du mariage qu’il est « le tombeau de l’amour et de la confiance ». Grâce à la mort de son mari, elle devient veuve, une des meilleures situations qu’une femme puisse espérer au XVIIIe siècle. Bien qu’ayant de multiples soupirants elle resta toute sa vie libre, affirmant haut et fort qu’elle n’a nul besoin d’un homme pour mener à bien son existence. Olympe de Gouges était aussi une véritable progressiste et visionnaire. Dans sa Lettre au peupleelle demande l’école gratuite pour les enfants, la caisse de retraites, ou encore un impôt à hauteur du revenu pour payer la dette qui ravage alors le pays. Contrairement à Théroigne de Méricourt, elle estime que la Révolution est trop sanglante, et reste marquée par la mort de nombreux amis. (Ndlr : 17000 personnes sont guillotinées pendant la Terreur) A travers une virulente campagne d’affiche, elle accuse Robespierre de faire couler le sang, ce qui lui vaudra d’être arrêtée et condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire. Pour gagner un peu de temps, elle se déclare enceinte (on attendait toujours qu’une femme accouche avant de la guillotiner pour ne pas tuer le bébé). Elle monte sur l’échafaud à 45 ans, et crie à la foule, avant qu’on ne lui coupe la tête : “Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort!”

Charlotte Corday, l’ange assassine de la Révolution

La femme la plus célèbre de l’époque révolutionnaire fut sans doute Charlotte Corday, qui tient sa notoriété de l’assassinat de Marat dans sa baignoire. Ce n’est pas pour rien qu’on surnomme cette jeune femme de 24 ans, l’“ange de la Révolution”. La descendante de Pierre Corneille, fréquente les Girondins en exil. Elle accuse Marat d’être responsable de l’élimination de la Gironde et d’être un monstre sanguinaire. Pour rappel, Marat appelle au meurtre et à la guillotine dans son journal,  L’ami du peuple. Charlotte Corday a assisté à des scènes d’une violence inouïe à Caen, elle a vu des têtes coupées, un cœur brûlé sous ses yeux et décide de faire cesser ce massacre de la guerre civile. Mais pour elle, les hommes manquent de courage. Alors, elle décide d’agir seule pour tuer Marat. Le 13 juillet 1793,  elle achète un couteau à la galerie du Palais Royal et elle se rend chez le célèbre journaliste. Marat prend alors un bain pour soulager une maladie qui lui ronge la chair, Charlotte Corday le poignarde, et lui perce le cœur et le poumon. Il meurt sur le coup. La jeune femme n’essaie pas de s’enfuir, pour elle, cet acte est politique, et elle compte bien le revendiquer.  Avant de mourir elle écrit une lettre aux Français où elle explique les raisons de son geste. « J’ai tué un homme pour en sauver cent mille », dit-elle. Elle fut guillotinée le 17 juillet 1793 après qu’on lui ait coupé les cheveux. Dans sa lettre d’adieux à son père, on pouvait lire à la fin ces vers de Corneille : « Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud. » 

Comme Olympe de Gouges, Charlotte Corday fut une révolutionnaire tuée par les révolutionnaires. Toutes deux victimes de la guerre entre Montagnards et Girondins. Après la révolution, les femmes n’eurent d’autres droits que leurs homologues masculins, que celui d’être assassinées. Pourtant en 1790, Concordet, ce féministe avant l’heure écrivait le traité Sur l’admission des femmes au droit de cité. Il y écrit que : « Celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens. »

Sources :

Charlotte DENOËL, « Les tricoteuses pendant la Révolution française », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 03 Juillet 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/tricoteuses-revolution-francaise

Dominique GODINEAU, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Aix-en-Provence, Alinéa, 1988, 2e éd., Paris, Perrin, 2003.

Jules MICHELET, Les femmes de la Révolution, Paris, Carrère, 1988.

Martial POIRSON, Amazones de la Révolution : Les femmes dans la tourmente de 1789, Gourcuff, 2016.

Légende :  La marche des femmes vers Versailles en 1789

Crédits : Wikimedia 

 

2 Comments

  1. Michaud

    Bravo pour cet article. Bel hommage rendu à ces grandes dames même si je suis moins admiratif de Charlotte Corday. Concernant l’éducation des femmes, il y eut aussi le projet de Lepelletier de Saint Fargeau qui y était favorable, comme Robespierre, du reste. Après, pour Condorcet, il faut dire que sa femme, Sophie de Grouchy, était érudite et très intelligente…un hasard ?

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  2. roger le goff

    Merci pour ce bel article que je transmets à ma chère compagne 😉

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